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Jean Benguigui : “Depardieu a bien failli m’envoyer au ciel !”

Publié le 3 juillet 2017

Dans “Les fugitifs”*, il incarne Labib
aux côtés de Gérard Depardieu et de Pierre Richard. L’acteur Jean Benguigui se souvient des coulisses 
de ce tournage haut en couleur…

C’est l’un des éternels et l’un des meilleurs seconds rôles du cinéma français. Et, à 73 ans, cet excellent comédien n’est pas prêt de dételer. Depuis sa cuisine, où il mitonnait une ratatouille, Jean Benguigui est revenu pour nous sur sa rencontre avec ces deux monstres sacrés lors d’un tournage sur lequel il a bien failli laisser sa peau.

->Voir aussi - Jean Benguigui : Sa vie, ses amours, ses emmerdes

France Dimanche (F.D.) : Vous souvenez-vous dans quelle région Francis Veber a filmé Les fugitifs ?

Jean Benguigui (J.B.) : Pour les plans en extérieur, ce fut à Bordeaux et à Meaux, en Seine-et-Marne.

F.D. : Il paraît que Gérard Depardieu est ingérable sur les plateaux. Vous confirmez ?

J.B. : C’est faux et archifaux ! J’adore Gérard : j’ai fait plusieurs films avec lui, je n’ai jamais eu aucun souci. Avec les gens qui le respectent, il est formidable. Travailler avec lui est un véritable plaisir : il a le panache, la puissance et la fragilité, en plus. Les gens racontent n’importe quoi sur lui, sur ses rapports à la bouffe et ses excès avec l’alcool. Sur un tournage, il reste un grand professionnel, un immense comédien, généreux avec ses partenaires… On n’en a pas deux comme lui ! Moi j’éprouve une admiration éperdue pour ce géant : qu’il fasse ce qu’il veut de son ventre, de sa vie, c’est son problème ! Vous savez pourquoi c’est un incroyable acteur ? Comme sur Buffet froid, lui seul peut se permettre des improvisations qui déconcentreraient n’importe quel autre comédien. Il a une véritable envergure : comme on dit en peinture, il est toujours le motif, le sujet au centre de la toile…

F.D. : Vous n’êtes pas rancunier, car il aurait failli vous tuer lors d’une scène de cascade…

J.B. : C’est la fameuse histoire du camion ! J’ai eu la peur de la vie… Cet accident de tournage s’est déroulé au cours de la séquence du film où Depardieu pulvérise mon bar au volant d’un 10 tonnes. Normalement, ce n’était rien, juste une cascade. Moi, j’étais derrière le bar, qui était monté sur vérins et pouvait reculer pour garder une distance de sécurité. Mauvais présage : le matin même, Pierre Richard me dit : « Je ne la sens pas, cette scène… » Gérard déboule donc dans son camion avec l’accélérateur bloqué, il rentre dans le café et il s’arrête contre le bar. Le problème est que le technicien préparateur des cascades avait fait une grosse bêtise : il devait fixer un câble de sécurité en acier qui stoppe l’engin et il l’a mal attaché… Le câble s’est brisé net et j’ai pris le camion sur la gueule, de plein fouet ! J’ai été projeté contre le mur, il me restait 30 cm entre le mur et le bar et, pourtant, je m’en suis sorti vivant, vivant ! Un vrai miracle !

F.D. : Vous auriez pu finir écrasé…

J.B. : Oui. D’ailleurs, Gérard est sorti du camion en disant « Je l’ai tué, je l’ai tué ! Jean, Jean, je l’ai tué, je l’ai tué ! »

F.D. : Vous ressortez de cette scène salement blessé, non ?

J.B. : Bien amoché en tout cas. Un assistant m’accompagne à l’hôpital de Corbeil pour faire un scanner. L’interne de service hallucine et ne comprend rien ! Il faut être du métier pour concevoir ce genre d’histoire incroyable… Mais je n’ai rien du tout. Par la suite, la production s’est montrée royale avec moi : Francis Veber, Depardieu et Pierre Richard, qui produisaient le film, ont doublé mon cachet.

F.D. : Quel genre de réalisateur est Francis Veber ?

J.B. : Avant d’être metteur en scène, il a été un immense scénariste de comédies. Et c’est un vrai perfectionniste. Sur un plateau, il exige que ses acteurs respectent la musique du texte, le bon tempo de la comédie. Il est donc capable de faire 52 prises d’affilée si les dialogues ne lui conviennent pas ! À la fin de la journée, les acteurs sont sur les rotules… Je me souviens d’un long dialogue avec Pierre Richard : on a mis 24 heures pour le tourner ! On ne savait plus du tout ce qu’on racontait. Et Francis a dit : « Non, c’est pas ça, on reprend, j’entends pas, j’entends pas mon texte. » Oh là là ! Mais c’est le prix à payer pour obtenir une bonne comédie.

F.D. : Que faites-vous actuellement ?

J.B. : Là, je suis en train de faire une ratatouille [il éclate de rire]. Non, plus sérieusement, je vais partir en tournée avec Le chat, pièce de théâtre [d’après Georges Simenon, ndlr] que j’ai jouée cet hiver avec Myriam Boyer. J’ai aussi un projet de film pour bientôt. Mais pour l’instant, c’est top secret !

* Sur France 3 lundi 3 juillet à 20 h 55.

Jean-Baptiste Drouet

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