France Dimanche > Actualités > Jean Carmet : Il aurait eu 100 ans d'âge...

Actualités

Jean Carmet : Il aurait eu 100 ans d'âge...

Publié le 13 mai 2020

.photos:bestimage

Le 20 avril 1994, Jean Carmet s'éteignait à Sèvres, à 73 ans. Flash-back sur la carrière foisonnante (200 films à son actif) de cet épicurien, amoureux de la vie simple, des plats savoureux et du bon vin !

Comme il le disait volontiers : « Je suis né dans la vigne ! À Bourgueil [en Indre-et-Loire, ndlr], tout le monde était viticulteur, y compris mon père qui était bourrelier. » Voilà pourquoi les premières émotions du jeune Jeannot tournent autour du vin dont il entend parler toute son enfance. Il est élevé dans l'amour du nectar des dieux qui, c'est bien connu à l'époque, « tue les microbes » ! Et d'ajouter : « Longtemps, j'ai cru que Bourgueil était la capitale mondiale de la vinification. C'étaient toujours des récits d'agapes, avec les histoires des uns et des autres. Rabelais, enfant, devait entendre des récits similaires de la bouche de son père. Ces récits-là, on ne les oublie pas, c'est tout l'art des conteurs de mon pays… »


À L'OMBRE DES VIGNES

Jean Carmet passe donc son enfance à l'ombre des vignes, entre l'école de Bourgueil et le lycée Descartes de Tours, jusqu'au bac. Puis, il file vite à la capitale afin d'étudier au Conservatoire, car son envie la plus pressante est de devenir comédien. Côté physique, pas grand-chose à signaler. Une tête de Français « normal ». Pas vraiment beau, ni vraiment grand (il mesure 1 m 65 !), mais avec cet air insignifiant, cette « mine de rien », ce regard fixe, vide même, qui fera de lui un acteur monumental, reconnu par le public et, plus tard, par la profession qui lui décernera deux Césars de meilleur acteur dans un second rôle (en 1983 pour Les Misérables, l'adaptation réalisée par Robert Hossein, et en 1992 pour Merci la vie, de Bertrand Blier), ainsi qu'un César d'honneur pour l'ensemble de sa carrière en 1994.

Mémorable dans “La Soupe aux choux” !

Souvenez-vous : dans ce film hilarant, réalisé par Jean Girault et sorti en 1981, Jacques Villeret joue un extraterrestre allumé et offre à Louis de Funès et à son acolyte Jean Carmet, deux paysans portés sur la bouteille, une homérique rencontre du troisième type. De la science-fiction de terroir qui fleure bon la campagne profonde. Et qui nous fait toujours autant rire !

Nommé six fois aux Césars (ici en 1988 avec son épouse, Raymonde) l'acteur a aussi beaucoup tourné pour la télévision.

En France, c'est le long-métrage Le Grand Blond avec une chaussure noire (sorti en 1972) qui le propulse définitivement sur le devant de la scène. À l'international, ce sera La Victoire en chantant, dès 1976. Et les succès au cinéma et à la télévision, où il joue dans des adaptations d'œuvres littéraires comme Bouvard et Pécuchet ou Eugénie Grandet, ne se démentiront plus.

Au théâtre comme au cinéma, Jean Car met aimait jouer entouré de ses amis : Bernard Blier, Gérard Depardieu, Jacques Jouanneau, Francis Blanche…

LES VIRÉES ARROSÉES

Jamais, toutefois, Jean Carmet ne fut un acteur « installé », lui qui revenait toujours dans sa ville natale, « son » Bourgueil. C'était surtout un homme à hommes, avec toute une ribambelle d'amis, de potes dont il parlait avec émotion. Jean-Pierre Coffe, le « copain de goulot », avec qui il multipliait les virées arrosées, mais aussi Francis Blanche, sans oublier l'inénarrable Gérard Depardieu dont il disait : « Chez Gérard, tout vient de l'odorat. Il ne vous regarde pas, il vous hume ! » L'amitié entre ces deux-là fut longue, rare, quasi filiale. De ces proches, il disait aussi : « Je crains la mort mais je crois à l'immortalité des amis. Ils reviennent sans cesse. Je les retrouve tous les jours au coin d'une bêtise ! » Il pensait à Michel Audiard, Jean-Claude Carrière, Lino Ventura…

Monstre d'amitié, gastronome émérite et œnologue averti, cet amateur de bonnes bouteilles n'était pas si facile à vivre, d'autant qu'il adorait séjourner à l'hôtel pendant ses tournages. « Pour qui vit avec moi, j'ai des moments redoutables car je pars et je ne rentre pas. C'est lié à des élans, des impulsions… Je suis toujours en voyage et en provisoire, même chez moi. »

Un espace Jean-Carmet à Bourgueil

La demeure familiale de Jean, une bâtisse du xve  siècle située en plein cœur de la cité, abrite aujourd'hui la Maison des vins de Bourgueil.

Toute l'année, on peut y déguster une dizaine de vins, rouges et rosés.

On part à la découverte des terroirs de l'appellation, qui donnent des vins souples et légers comme des vins de grande garde. Dans cette maison, il existe un espace Jean-Carmet, qui présente une exposition permanente dédiée au comédien, avec bibelots personnels, photos-souvenirs, médailles anciennes… Rens. : 02 47 97 92 20.

UN FOU DE TRAINS

Outre son métier d'acteur, Jean Carmet s'était entiché du rail. On le disait même à l'époque « ferrovipathe » ! Il fut un fervent lecteur des indicateurs Chaix, qui recensaient tous les chemins de fer, et il connaissait par cœur les horaires de départ et d'arrivée de nombreux trains français, sans oublier les correspondances ! Aujourd'hui, dans la gare de Port-Boulet (sur la ligne entre Tours et Saint-Nazaire), une plaque rappelle sa passion. Enfant, Carmet parcourait à pied les cinq kilomètres qui séparaient Bourgueil de Port-Boulet juste pour venir regarder passer les locomotives. Plus tard, il fut un habitué des halls de gare qui lui servirent parfois de logement, surtout à ses débuts. Le comédien est d'ailleurs enterré au cimetière Montparnasse, tout près de la gare du même nom qu'il adorait… Alicia COMET

Un florilège de bons mots

Écrivain à ses heures et surtout adepte de la phrase choc qui fait mouche, Carmet a rédigé, avant sa mort, un recueil d'aphorismes et de pensées rigolotes et tendres, Je suis le badaud de moi-même, publié en 1999 aux éditions Plon.

“Le vin, c'est une émotion de l'instant.”

“Depuis que les jours raccourcissent, j'ai de plus en plus de mal à me regarder dans la glace.”

“Il n'y a pas de petits vins, il y a des vins honnêtes et d'autres qui ne le sont pas !”

“Le mot 'sérieux' a été inventé pour emmerder le monde.”

“J'ai peur des courants d'air parce que j'ai peur qu'ils m'emportent…”

“La seule arme qui m'intéresse, c'est le tire-bouchon !”

“Celui qui dit qu'il est arrivé, c'est qu'il n'est pas allé bien loin.”

“Boire ou conduire, il faut choisir, mais on ne va tout de même pas rentrer à pied…”

Alicia COMET

À découvrir