France Dimanche > Actualités > Jean-Claude Drouot : "Je ne souhaite à personne de connaître jeune un tel succès !"

Actualités

Jean-Claude Drouot : "Je ne souhaite à personne de connaître jeune un tel succès !"

Publié le 31 octobre 2011

Sur les planches, il donne la réplique à Francis Lalanne. Chez lui, il s'occupe de ses ruches et de sa femme avec qui il vient de fêter ses 50 ans de mariage.

Inoubliable dans son rôle de Thierry La Fronde, Jean-Claude Drouot nous a accueilli dans sa maison, à Evry, au sein d'une large propriété où il se ressource, jardine et s'occupe de ses ruches. Devant un feu de bois, l'artiste se dévoile avec sérénité.


France Dimanche (F.D.) : Depuis le 29 septembre, vous jouez dans la pièce Le Visiteur d'Eric-Emmanuel Schmitt...

Jean-Claude Drouot (J.C.D.) : Oui, l'histoire se passe quelques semaines après l'Anschluss, en 1938, alors que les troupes allemandes marchent sur Vienne. J'interprète Sigmund Freud, père de la psychanalyse, juif laïc, qui reçoit un étrange visiteur, qui prétend être Dieu.

F.D. : Un visiteur incarné par Francis Lalanne. Vous connaissiez-vous auparavant ?

J.C.D. : Non, mais j'ai découvert un très bon acteur. Alors, je sais qu'on le juge trop exalté, mais, quand on est généreux, comme lui, est-ce qu'on peut dire qu'on peut l'être « excessivement » ? Je ne le pense pas.

F.D. : Votre credo est celui de Freud ou du visiteur ?

J.C.D : Je ne suis pas athée, mais panthéiste, c'est-à-dire que je crois que Dieu est partout. Je profite de l'existence, et accepte, à ma mort, la dilution de mes molécules et de mes atomes.

F.D. : Est-ce que votre actualité, très riche, arrive à faire oublier Thierry La Fronde ?

J.C.D. : Les gens m'en parlent toujours, il était vraiment aimé. C'était un personnage, généreux, plein de qualités. Mais je ne souhaite pas à un jeune comédien de connaître d'emblée un tel succès. Parce que ça peut vous couler Au début c'est sympathique, c'est le Père Noël, et puis après on se dit qu'il faut faire attention à ne pas être prisonnier d'un personnage. On est presque dépossédé de soi-même. J'ai connu à l'époque ce que connaissaient Claude François et d'autres... Quand j'ai refusé de continuer à jouer Thierry La Fronde, on me disait : « Drouot, il veut pas être une star. ». Je n'avais pas envie de me mythifier, d'être une tête de gondole. Ce qui m'a permis d'identifier ce que je voulais faire de ma vie, de ma carrière.

F.D. : Mais comment tout cela est arrivé ? Vouliez-vous vraiment jouer dans un grand feuilleton comme celui-ci ?

J.C.D : Je jouais Oreste au théâtre. Pendant un entracte, le metteur en scène de Thierry La Fronde vient me voir et me dit : « Je cherche un archange, vous êtes un archange déchu. Écoutez, si ça vous amuse, venez demain, je fais passer des essais filmés.». Là-bas, ô surprise, il y avait sept archanges, tous blonds aux yeux bleus, ou verts. J'étais comme le vilain petit canard, le cygne noir... Et, vous savez, enfant  j'aimais ce jeu, alors j'ai participé à cet exercice avec joie, et ça a complètement modifié l'idée qu'ils avaient du personnage. Au final, ils ont retenu deux comédiens. J'ai alors reçu, par la suite, un télégramme chez moi qui me disait sobrement : « On espère ne pas se tromper mais c'est vous que l'on choisit. »

F.D. : Avec le recul, quel regard portez-vous sur votre parcours ?

J.C.D. : Vous savez, avec ma femme nous avons fêté l'an dernier nos 50 ans de mariage. J'en suis très heureux. On ne l'a pas vu dans les journaux, car notre intimité est discrète. Une longue vie de couple, ça ne se passe pas sans turbulences, évidemment tout cela existe... Ce n'est pas facile, on n'est pas Philémon et Baucis du jour au lendemain. Dans une vie, on peut être sollicité, j'aurais pu céder, mais c'est là que l'on choisit. Et à ce moment-là, oui, on sait que ça ira jusqu'au bout. Et quand on dit « c'est ma moitié », c'est qu'à un moment donné, si on coupe la moitié, l'hémorragie est mortelle. On est vraiment fusionné.

F.D. : Vous jouerez  bientôt avec l'un de vos enfants...

J.C.D. : Oui, dans la pièce Mozart, Père et Fils, en janvier, d'après les correspondances entre Leopold Mozart et Wolfgang Amadeus, avec mon fils aîné, qui est chanteur lyrique. On a une tribu, nos enfants, nos sept petits-enfants sont tous dans le métier : musiciens, comédiens, scénographe, chef opérateur, régisseur... Nous sommes une famille naturellement unie, Et aujourd'hui, j'ai encore une énergie intacte. Je suis vieux, mais j'ai encore la pêche !

Interview : Jérôme Loisy

À découvrir

Sur le même thème