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Jean Ferrat : Sa dernière lettre à sa femme

Publié le 27 février 2015

Alors qu’on célèbre le cinquième anniversaire de la disparition de Jean Ferrat, sa veuve Colette publie une vibrante déclaration d’�amour � à celui qui n’a jamais quitté son cœur.

Si Nul ne guérit de son enfance, comme le chantait si justement Jean Ferrat dans un célèbre titre qu’il avait dédié à son père déporté et mort à Auschwitz, peut-on jamais se remettre du décès d’un être qu’on a aimé ?

Alors que le 13 mars prochain, on célébrera le cinquième anniversaire de la disparition de cet immense artiste, sa veuve, Colette, publie Jean, un homme qui chante dans mon cœur, aux éditions Michel Lafon. Un livre hommage, une déchirante déclaration d’amour à son conjoint qui demeure à jamais en elle.

Intimité

Dans cet ouvrage poignant, celle qui l’a accompagné jusqu’au bout de son douloureux chemin, déroule avec pudeur le fil de leur vie commune. Photos, témoignages de sa famille et de ses proches, textes de chansons et lettres personnelles, Colette a décidé de tout faire partager aux fans du poète.

Et quel cadeau elle nous offre avec, notamment, cet adieu que Jean Ferrat, se sachant condamné, lui écrit le 2 février 2008. Si l’on est presque gêné d’entrer ainsi dans l’intimité de leur couple, on ne peut qu’être ému jusqu’aux larmes à sa lecture :

« Mon amour, mon amour, voilà deux ou trois ans que je pensais t’écrire cette lettre mais je n’avais pas le courage de la commencer car il me semblait qu’en même temps, je te disais adieu. »

Celui qui espérait couler des jours heureux dans son cher village d’Antraigues-sur-Volane, en Ardèche, loin de l’agitation parisienne qu’il détestait tant, se sait atteint d’un cancer. Depuis l’âge de 20 ans, il ne vit plus qu’avec un seul poumon, suite à une grave infection.

Il a compris que cette montagne qu’il aime tant et où il a élu domicile depuis les années 1960, ne le protégera plus de la maladie qui le ronge… Ainsi, poursuit-il, conscient de l’issue fatale qui l’attend : « Mais aujourd’hui, voilà, j’ai de plus en plus de mal à respirer, mon cœur bat de plus en plus la chamade et je crains de ne plus avoir trop de temps à vivre. »

Pourtant, cette existence, Jean Ferrat avait pris le parti de la chérir plus que tout : en 1973, en pleine gloire, l’artiste avait décidé d’arrêter de monter sur scène, et expliquait alors au Progrès de Lyon : « Comme je sentais que je m’épuisais dans la course un peu folle des tournées, j’ai fait un choix, celui de vivre. »

Mais, en ce soir de février 2008, il est temps pour lui de prendre une autre décision : coucher par écrit ce qu’il ressent pour celle qu’il a épousée en 1990 et qu’il va devoir laisser seule :

« Mon amour, ma Colette, ma “fille de menuisier”, écrit encore l’auteur de La femme est l’avenir de l’homme. Ce soir, je prends donc mon courage à deux mains pour te dire, pour que tu saches, quand je ne serai plus là – si tu pouvais en douter – à quel point tu as été le bonheur, la lumière de ma vie, à quel point tu as été mon beau soleil. »

Promesse

Puis vient cette dernière volonté qui sonne presque comme un commandement à survivre à Jean Ferrat et à marcher dans ses pas : « Ma Colette, ma chérie, mon beau soleil, vis dans notre maison, prends soin de ce jardin, de ton jardin qui m’enchante. Je sais que tu le feras en pensant à moi avec douceur. Ma Colette, mon amour, mon amour. Ton Jean. »

Ferrat couleurColette a tenu sa promesse. Vivre dans cette maison qui a abrité leur idylle était pour elle une évidence, écrire cet ouvrage en était une autre… « Jean, ce livre, pourquoi ? explique la veuve de la star. Je veux maintenir ta mémoire, continuer à faire entendre tes paroles, ta musique. C’est ce que nous nous efforçons de faire dans la Maison Ferrat sur la place du village que tu aimais tant. Par la force de l’amour partagé, je continue de travailler pour ce qui avait de l’importance pour toi : ton œuvre. »

De fait, au cœur de cette commune de moins de 600 âmes, la deuxième épouse du chanteur a créé, en 2013, ce lieu entièrement dédié à Jean Ferrat, où concerts, expositions et événements sont régulièrement organisés.

Le 13 mars prochain, dans la salle des fêtes de la Maison d’Antraigues, Francesca Solleville, l’une de ses inoubliables interprètes, et François Marthouret feront revivre, le temps d’une belle soirée, les superbes chansons de l’artiste disparu.

Si, bien longtemps avant son dernier souffle, Jean Ferrat ne venait plus jouer aux boules avec les copains du village, ni boire son sirop de cassis au bar du coin ou balader sa belle moustache blanche sur les chemins caillouteux des collines ardéchoises, Jean n’a jamais cessé de chanter dans nos cœurs…

Clara Margaux

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