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Jean Gabin : Pour Marlène Dietrich, il était "Gueule d'amour" !

Publié le 17 janvier 2021

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Tout opposait Marlène Dietrich, l'Allemande fantasmatique, et jean Gabin, le titi parisien. Pourtant, “l'Ange bleu” va vamper “Pépé le Moko”. Et, en pleine guerre, traverser l'océan pour le retrouver ! Une passion plus torride que le meilleur des scénarios d'Hollywood.

Il aura fallu une guerre mondiale pour que ces deux-là se croisent et s'aiment à la folie. Nous sommes en juillet 1941. Marlene Dietrich, au faîte de sa gloire américaine, a refusé de rentrer en Allemagne alors que Goebbels rêve de l'enrôler dans la propagande nazie. Installée à Hollywood où elle a signé un contrat avec la Fox, elle se démène pour accueillir les artistes d'Europe qui fuient ces années noires et collectionne les amants célèbres : Gary Cooper, Yul Brynner, James Stewart, John Wayne… De son côté, Gabin a quitté la France pour ne pas avoir à tourner pour l'UFA, les studios allemands qui lui offrent pourtant un pont d'or, laissant derrière lui sa femme, Jeanne Mauchain, dite Dodo, ex-danseuse nue au Casino de Paris. Arrivé à Hollywood en début d'année, via Barcelone où le consul américain lui a offert un visa et une place sur le bateau l'Exeter, il s'y ennuie, apprend l'anglais, se lie d'amitié avec Ginger Rogers.


Aux antipodes de la sophistication hollywoodienne, la carrière du french lover est au point mort. Il déprime, songe à rentrer en France et part pour New York. C'est là, à La Vie parisienne, un cabaret en vogue, que la divine Prussienne attend le prolo. Marlene y dîne avec Ernest Hemingway. À son entrée, la diva se jette sur lui : « Jean, comme je suis heureuse de vous voir. Venez nous rejoindre. » Ils passent une soirée chaleureuse, au cours de laquelle elle lui propose de lui apprendre l'accent américain et de l'initier aux arcanes d'Hollywood. Comme elle l'a déjà fait pour René Clair. « J'ai besoin de me rendre utile », lui chuchote-t-elle à l'oreille tout en lui prenant la main.

Le lendemain matin, Marlene envoie à son hôtel une paire de boutons de manchette en or et sa Rolls-Royce. Gabin, flatté, accepte l'invitation. Elle a 40 ans, lui 37. Le couple s'installe à Brentwood dans une villa de rêve, au 1066 Cove Way, prêtée par Greta Garbo, star de la Metro Goldwyn Meyer et grande rivale de Marlene. La « Divine » épie le couple et s'étonne de leur liaison trouvant Gabin « vulgaire et mal dégrossi ». Peu importe à Marlene qui a l'habitude de collectionner les amants comme des Kleenex. On lui en prête plus de 500 ! Sauf que, cette fois, elle tombe éperdument amoureuse, se met à la cuisine et lui mijote des petits plats… Grâce à l'entregent de sa maîtresse, Jean signe un contrat à la Fox et tourne La Péniche de l'amour sous la direction de Fritz Lang, ex-amant de Marlene, qui démissionne quand il s'aperçoit qu'elle n'entend pas quitter le plateau de tournage une seule seconde. Le film, repris par Archie Mayo, fait un flop.

Gabin rentre à Brentwood et s'ennuie. Il ne supporte pas que ses copains français aillent au « casse-pipe » tandis que lui « fait le mariole devant les caméras ». En 1943, il reçoit enfin l'ordre de s'embarquer pour Alger afin de rejoindre les Forces françaises libres. D'abord capitaine d'armes, le second maître Moncorgé est enrôlé comme chef de char du 2e  DB du général Leclerc. Marlene fait alors des pieds et des mains pour rejoindre son Jean à Alger. Lorsqu'il la découvre au pied de son char, le Souffleur II, il s'écrie : « Merde, qu'est-ce que tu fous là ? » Ils s'embrassent fougueusement, mais le tankiste Moncorgé doit suivre sa feuille de route qui l'emmènera de la libération de la poche de Royan au nid d'aigle d'Hitler, à Berchtesgaden.

Démobilisé en juillet 1945, le « plus vieux chef de char de la France libre » est décoré de la Médaille militaire et de la Croix de guerre avant de retrouver, à l'hôtel Claridge, Marlene qui, entre-temps, est devenue la mascotte des G.I. en Europe. Le couple reprend la vie commune et s'installe au Plaza Athénée. Marcel Carné et Jacques Prévert leur proposent les deux rôles-titres des Portes de la nuit, mais Jean renonce après que Marlene a refusé d'interpréter la fille d'un collabo. Enfin, ils tournent ensemble, Martin Roumagnac, leur unique film. Malgré un bon accueil du public (deux millions d'entrées), le film de Georges Lacombe est éreinté par la critique.

Marlene tente de persuader Jean de retourner à Hollywood, il refuse. Au départ de « La grande » pour l'Amérique, il se console rapidement dans les bras de Martine Carol. « L'Ange bleu » n'a pas dit son dernier mot. À Paris l'année suivante, elle squatte la terrasse du café en face de l'immeuble de la rue François Ier sans que Jean daigne descendre. La mangeuse d'hommes reste sur sa faim. Gabin se remarie avec Christiane Fournier, mannequin chez Lanvin, qui lui donnera trois enfants. Elle avouera : « Je me suis cramponnée à lui, mais aussi à ma dernière chance d'être une vraie femme. »

Des années plus tard, elle s'installera au 12 avenue Montaigne, juste en face de la suite où elle avait vécu avec Gabin cette passion qui la hantera jusqu'à la fin de ses jours.

Philippe MARGAUX

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