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Jean-Jacques Debout : Booba lui dit merci !

Publié le 25 août 2018

C’est grâce à la générosité de Jean-Jacques Debout que Booba peut porter son fameux nom de scène.

C’est un peu comme si Ingmar Bergman avait fait tourner Louis de Funès dans « Le gendarme à Stockholm », Picasso peint les étiquettes de boîtes de cassoulet ou encore Annie Cordy chanté Carmen à l’Opéra de Paris.

Certes, les hasards de l’existence font que deux artistes dont les univers semblent aux antipodes l’un de l’autre se rencontrent et se découvrent.

Mais l’alliance que nous allons évoquer pour vous a de quoi faire avaler leurs casquettes aux fans de rap et tomber de leurs bahuts bretons les admirateurs de l’interprète de Bécassine, c’est ma cousine.


Car figurez-vous que lors d’un mariage, au cours d’une discussion à bâtons rompus, rapportée sur le site de Gala, le journaliste Pascal Praud a découvert le lien secret unissant Booba avec Jean-Jacques Debout et sa chère et tendre, Chantal Goya. 

Que peuvent bien avoir en commun le grand méchant Duc de Boulogne (titre que s’est attribué le rappeur) qui passe son mois d’août en prison suite à son
« clash » musclé à l’aéroport d’Orly avec son ancien poulain, Kaaris (lui aussi mis en cellule, en attendant un procès prévu pour le 6 septembre), et l’auteur de Bécassine ?

Eh bien, figurez-vous que cette relation amicale ne date pas d’hier.

Le rappeur aux biceps d’acier cultivés par la fonte s’appelait encore Élie Yaffa et se cherchait un nom de scène.

Et, des années auparavant, Jean-Jacques avait écrit et composé la musique d’une série pour enfants, Bouba, chantée par la femme de sa vie, Chantal Goya.

Les aventures de cet ourson trop mignon qui, pour la petite histoire, aurait été baptisé Jacky si Debout n’était pas intervenu à temps auprès du producteur, Bruno Henchez, font un tabac auprès des gamins.

Et la bande originale, qui figurera dans l’album Absolument Goya, sorti en 2002, marche aussi très fort, avec des paroles qui ne risquaient pas de choquer les âmes sensibles : « Dans la nuit noire et glacée à côté de ta sœur Frisquette / Tu dors et tu dois rêver que tu es le roi de la fête. »

Pas vraiment les mots qui viendraient à la bouche d’un rappeur au style hardcore. 

Et pourtant, Élie a été marqué par cette œuvre, au point de passer un coup de fil à son auteur : « Un jour, se souvient Jean-Jacques, on reçoit un coup de téléphone de Pascal Nègre, alors PDG d’Universal qui a passé à Chantal un jeune rappeur qui démarrait et qui voulait s’appeler Booba. Il a dit : “C’est parce que quand j’étais petit, j’aimais beaucoup cette chanson.” Je lui ai répondu : “Si cela vous fait plaisir, je n’y vois aucun inconvénient”. »

Bisounours

Celui qui passe aujourd’hui aux yeux de certains pour un ours mal léché, et qui, en optant pour un nom de plantigrade aurait pu choisir le grizzli, a d’abord été un enfant – avant de ravager des boutiques Duty Free en rendant coup pour coup à l’un de ses confrères, avec qui la rivalité n’est pas que musicale. 

Une bataille qu’aura sûrement réprouvée sa marraine en chanson.

Car personne n’imagine Chantal Goya se fighter [se battre, ndlr] avec Nana Mouskouri ou Stone dans la salle d’attente d’un aéroport…

Mais les temps changent.

Et à son époque, Élie Yaffa, âgé de 41 ans et vendant désormais des millions de disques, doit cultiver son image dans un monde où la violence, surtout verbale, fait partie d’un jeu, suivi de près par la cohorte des followers, qui se délectent des insultes lancées par leur champion sur les réseaux sociaux contre ses concurrents.

On est loin du pays des Bisounours… 

Pourtant, peut-être que Chantal, dont la bienveillance n’est plus à prouver, aura pitié de son robuste admirateur, et lui enverra l’intégrale de son œuvre pour le distraire un peu pendant les longues journées de canicule passées derrière les barreaux, en isolement, dans la prison de Fleury-Mérogis, en attendant de savoir à quelle sauce le mangera le tribunal correctionnel de Créteil. 

Un séjour qui sans doute ne fera qu’accroître sa popularité auprès d’une bonne partie de ses aficionados, pour qui défier la loi valorise leur idole. 

Et un jour, quand Booba aura retrouvé la liberté, il pourrait bien chanter en duo avec celle à qui le rappeur n’a jamais cessé de dire combien il la respectait.

Tenez, ils pourraient reprendre en chœur l’un des récents tubes du rappeur, Gotham, dont voici un aperçu : « Faites monter ma plus grosse bouteille et la petite Magnez-la / J’lai vue en bas porte-jarretelles, j’avais langue pendue comme Valbuena. »

Claude LEBLANC

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