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Jean-Jacques Debout : Ses révélations sur Johnny Hallyday  !

Publié le 17 avril 2018

Jean-Jacques Debout a connu L’idole des jeunes à ses débuts. Il revient pour nous sur un demi-siècle d’amitié.

C’est au Phono Muséum, à Paris, que l’artiste de 78 ans nous a donné rendez-vous pour évoquer les inoubliables moments passés avec son ami Johnny, dont la mort a déclenché une guerre qui l’attriste profondément.

France Dimanche : Quand avez-vous vu Johnny pour la dernière fois ?

Jean-Jacques Debout : Aux obsèques de Mireille Darc. Ça faisait des années qu’on ne s’était pas croisés. Ce jour-là [1er septembre 2017, ndlr], je ne l’avais pas trouvé trop mal, au point de penser qu’il allait encore une fois s’en sortir. On est tombés dans les bras l’un de l’autre et il m’a dit : « J’espère qu’on ne s’embrasse pas pour la dernière fois… » Jamais Johnny ne m’avait tenu de tels propos. Je pense qu’il sentait qu’il allait partir. Du reste, ça a été sa dernière sortie officielle. Après, il s’est enfermé à Marnes-la-Coquette, où ses deux aînés n’ont pas pu le revoir. Quand David et Laura tentaient de lui rendre visite, Læticia faisait barrage, prétextant soit que ce n’était pas le moment, soit qu’il ne voulait voir personne. Alors qu’ils voyaient une grande table dressée pour le déjeuner et une célèbre chanteuse, dont je tairai le nom, sortir de la chambre de leur père. C’est insensé, quand on y pense ! Læticia s’y est quand même très mal prise dans toute cette histoire.

FD : Pensez-vous que Johnny, que vous avez bien connu, a pu ordonner tout ça ?

J-JD : Je n’en sais rien. Je l’ai vu signer des trucs qu’il ne lisait pas, et je lui disais : « Mais tu te rends compte Johnny, tu signes des galas, tu t’engages sur des émissions de télé sans lire une ligne des contrats ! » Il me répondait : « Ça m’emmerde ! » Lui voulait faire de la musique. Le reste, il s’en fichait. Depuis ses gros soucis de santé de 2009, il était très fatigué et souvent déprimé. Un an avant de partir, il m’avait confié : « Mes jours me sont comptés, tu sais. » Je lui avais répondu : « Mais non, ne dis pas ça, la médecine a fait d’énormes progrès. Regarde, moi, comme tu le sais, j’ai eu un cancer il y a cinq ans, et je suis toujours là… »


FD : Vous l’avez rencontré tout jeune…

J-JD : Il n’avait pas 16 ans et s’appelait encore Jean-Philippe Smet. Il est venu m’attendre à la sortie d’un gala pour me dire qu’il rêvait de faire de la chanson et il m’a demandé de venir l’écouter aux Pierrots de Montmartre, une petite brasserie de Pigalle où il se produisait chaque soir. J’ai été époustouflé ! Ce gamin si beau, sa guitare en bandoulière, qui bougeait à la façon de Gene Vincent et chantait plus fort que Bill Haley dont la voix sortait du juke-box derrière lui, c’était magique ! À tel point que je lui ai présenté Jacques Volson, mon directeur artistique chez Vogue, qui cherchait justement des chanteurs. Voilà comment tout a commencé pour Johnny. À ses débuts, il faisait mes premières parties ; et quand il a explosé, c’est moi qui me suis mis à faire les siennes. Ce qui le ravissait, car comme je n’étais pas rocker pour deux sous, je ne lui faisais absolument pas d’ombre. Et on a tourné ensemble pas mal de temps.

FD : Vous avez été très proches.

J-JD : On était comme des frères. Et Johnny était très fidèle en amitié. Bien sûr, nos métiers faisaient qu’on ne pouvait pas se voir tous les jours, mais dès qu’il y avait un anniversaire, il mettait un point d’honneur à ce qu’on soit tous là. Ça a été comme ça du temps de Sylvie, jusqu’à Nathalie Baye. Mais quand Læticia est arrivée, ça a été terminé. On ne se voyait plus du tout, sauf lorsque j’allais dîner dans son restaurant, le Rue Balzac.

FD : Cela vous rendait triste ?

J-JD : Bien sûr, terriblement. Avec les vieux copains, on se disait : « C’est quand même fou ! » et puis on a bien été obligés de se faire une raison. J’ai eu de ses nouvelles lorsqu’il a fait la pub Optic 2000, car il avait besoin d’autorisations pour certaines chansons que je lui avais écrites. Je lui donnais tout ce qu’il voulait. Il avait toujours été si gentil avec moi. Johnny avait un cœur d’or, il vous aurait donné sa chemise. Et il n’avait aucune notion de l’argent. Un jour, on déjeunait tous les deux en terrasse chez Lipp, quand il voit soudain passer une magnifique Excalibur et s’écrie : « Oh, c’est la voiture de mes rêves ! » Il en existe quatre modèles, paraît-il, et ça coûte la peau des fesses. Bref, il laisse tout en plan, se précipite vers le type qui est arrêté au feu rouge et lui lance : « Combien vous la vendez ? Je vous l’achète ! » L’homme, qui l’avait reconnu, était très flatté et, coup de bol, il songeait à se séparer de son engin. Du coup, Johnny lui a fait le chèque, comme ça, sur le trottoir. C’était un gosse. Et il n’était jamais le dernier pour faire des conneries. Un soir où on l’avait hébergé rue des Saints-Pères, alors que j’étais en gala, il m’avait appelé pour me dire qu’il avait mis mon pyjama et avait pris ma place dans le lit, à côté de Chantal. Ça le faisait marrer !

FD : Vous êtes-vous recroisés ensuite ?

J-JD : Oui, lorsqu’on avait repris Le mystérieux voyage de Marie-Rose au Palais des Congrès, je me souviens qu’il était là avec Læticia et leurs filles. À la fin du spectacle, ils étaient venus dans la loge et, comme les deux petites voulaient voir les personnages, Chantal les leur avait montrés. Johnny, lui, filmait tout ça. Mais, c’est tout.

FD : Il paraît que vous n’étiez même pas invité aux obsèques à la Madeleine…

J-JD : Exact, c’est Sylvie qui m’a emmené avec elle. Du reste, je ne suis pas allé saluer Læticia. Que voulez-vous, elle m’a toujours tenu en dehors de tout, jusque dans la mort de mon ami. D’ailleurs, c’est tout juste si elle me disait bonjour quand on se croisait. Après, quand il m’arrivait de tomber sur Johnny, tout seul, on allait boire des coups et on se remémorait les bons moments… Finalement, l’aboutissement de toute cette histoire ne me surprend pas vraiment. Et il y en a une qui est encore moins étonnée que moi, je vous le garantis, c’est Sylvie ! Il y a plus d’un an déjà elle me disait : « Tu verras Jean-Jacques, s’il arrive malheur à Johnny, toute la famille sera déshéritée ! » Je ne peux pas croire que Johnny ait déshérité ses enfants, il les adorait.

FD : Johnny avait-il le sens de la famille ?

J-JD : Oui, et pourtant il avait eu des rapports compliqués avec ses parents. J’ai assisté à ses retrouvailles avec sa mère. Vous connaissez l’histoire : son père a foutu le camp juste après sa naissance et, très vite ensuite, sa mère l’a confié à la sœur de ce dernier, Mme Mar, chez qui Johnny a grandi auprès de ses cousines, Menen et Desta. Et bien des années plus tard, un dimanche après-midi, au tout début des années 60, alors qu’on se préparait chacun dans sa loge caravane à chanter dans le théâtre de verdure de Grenoble, une très jolie femme avec de grands yeux bleus s’est présentée à ma porte, accompagnée d’un homme et de deux jeunes garçons. Elle m’a dit : « Bonjour, je suis Mme Galmiche, je suis la maman de Johnny, et voici ses deux frères que j’aimerais lui présenter. Je sais qu’il chante ici ce soir, donc auriez-vous la gentillesse de lui dire que je suis là et que j’aimerais beaucoup l’embrasser ? S’il refuse, ce n’est pas grave, je comprendrais. » J’ai donc filé voir Johnny, qui a changé de couleur en m’écoutant, et m’a dit : « Tu ferais quoi à ma place ? » Je lui réponds : « Vas-y et écoute ce qu’elle veut te dire, ça ne t’engage à rien… Et puis, ça reste ta maman. » En fin de compte, tout s’est très bien passé. Johnny les a fait placer au premier rang pour le concert et, ensuite, nous avons tous dîné ensemble. Il se trouve que cette Mme Galmiche ressemblait comme deux gouttes d’eau à Laura. Les mêmes yeux, le même port de tête, c’était fou ! Plus tard, quand il regardait sa fille, il me disait d’ailleurs : « Elle ne te rappelle pas quelqu’un que tu as connu ? » Et il faut reconnaître que c’est Læticia qui avait tenu à prendre la maman de Johnny chez eux pour qu’elle finisse sa vie. Il m’avait dit à ce propos : « Tu connais beaucoup de femmes qui insisteraient pour prendre ma mère, après tout ce qu’elle m’a fait et l’état dans lequel elle se trouve ? » Il lui en était très reconnaissant.

FD : Jeune, vous étiez tous les deux amoureux de Sylvie, ça n’a jamais créé de tension entre vous ?

J-JD : Oh si, on a été fâchés pendant un an et demi ! C’est à Marseille que tout a commencé. Sylvie terminait sa tournée avec Bécard. Quant à Johnny et moi, nous nous produisions au théâtre du Gymnase. Un soir, on nous invite à l’inauguration d’une pizzeria au Grand Hôtel de Nouilles, et je propose à Sylvie – qui n’avait jamais croisé Johnny, ou alors juste une fois, en coup de vent, dans les coulisses de l’Olympia – de se joindre à nous. Je précise quand même que nous n’étions pas ensemble, même si j’étais très amoureux d’elle. Je lui écrivais de nombreuses chansons, ce qui rendait d’ailleurs Johnny très jaloux. Il me disait : « Tu ferais mieux de les écrire pour moi, j’en vendrais bien plus qu’elle ! » Bref, lorsqu’elle a débarqué, accompagnée de son frère Eddie, et s’est attablée face à Johnny, ça a été le coup de foudre. Après le dîner, tout le monde est parti en boîte de nuit sur le Vieux-Port. Sentant que je m’apprêtais à vivre des choses douloureuses, je décidais de rentrer à Paris. On ne s’est plus appelés, pas revus, et je ne suis même pas allé à leur mariage à Lpconville (Oise). Et puis, après un an et demi, on s’est recroisés par hasard au New Jimmy’s, la boîte de nuit de Régine, à Montparnasse. Je faisais d’abord comme si je ne les voyais pas, avant que Johnny fonce sur moi pour me dire que ça suffisait, que tout ça avait assez duré…

FD : Et vous avez renoué ce soir-là ?

J-JD : Oui, on a beaucoup parlé et retrouvé notre belle complicité. Le temps avait passé, m’aidant à me soigner de Sylvie. Alors qu’elle partait le lendemain enregistrer un nouvel album à Londres, elle me demandait de lui écrire en urgence une chanson qui lui manquait en me disant : « Je te fais confiance, tu ne m’as jamais écrit de mauvaises chansons ! » Et comme l’après-midi même, au volant de ma MGB, j’avais eu un accrochage avec une motarde blonde – un peu le style de Sylvie – qui m’avait arraché le rétroviseur et enfoncé tout le côté de ma voiture, j’ai écrit « Comme un garçon, j’ai les cheveux longs / Comme un garçon, je porte un blouson »… Comme ça changeait un peu de ce qu’elle faisait à cette époque, beaucoup étaient sceptiques, mais moi j’y croyais dur comme fer. Et je ne m’étais pas trompé, car la chanson a fait le tour du monde. C’est d’ailleurs l’une des plus belles ventes de toute sa carrière.

FD : Et qu’en est-il du projet d’un éventuel monument parisien en souvenir de Johnny ?

J-JD : Ça avance, j’ai même vu la maquette. Très motivée, Delphine Bürki, la maire du axe arrondissement – où Johnny est né et a longtemps vécu – met tout en œuvre pour que le projet se réalise. J’ai pensé que Mme Breguet, une grande sculptrice qui a beaucoup travaillé pour l’Opéra de Paris et qui a un talent fou, serait formidable pour réaliser cette stèle ou cette sculpture en bronze, qui devrait être installée dans le square de l’église de la Trinité, où Johnny a d’ailleurs été baptisé. Cela représentera Johnny assis avec sa guitare sur l’avant de sa première voiture de sport, une Triumph blanche avec l’intérieur en cuir rouge, qu’il adorait. C’est prêt, mais avec tout ce qui se passe en ce moment, je ne sais pas si ça aboutira un jour. En attendant, les fans continuent d’affluer par centaines à la Madeleine, le 9 de chaque mois, pour assister à une messe en sa mémoire.

FD : Il paraît aussi qu’à ses débuts, Johnny a vécu rue Jean-Baptiste Pigalle, où vous habitez depuis longtemps.

J-JD : Oui, et j’ai découvert, il y a peu, que Victor Hugo a également résidé ici, rue Jean-Baptiste Pigalle, avec Juliette Drouet. D’ailleurs, il devrait bientôt y avoir une plaque, car c’est un oubli de la Ville de Paris. À l’époque, l’écrivain occupait tout l’hôtel particulier, alors que bien des années plus tard, Johnny, qui s’appelait encore Jean-Philippe Smet, logeait dans une petite chambre de bonne du dernier étage de cette même bâtisse. Ces deux-là ont donc vécu au même endroit et ont tous deux eu droit à un hommage national. C’est fou cette coïncidence !

Caroline BERGER

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