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Jean-Louis Trintignant : “Je ne me bats pas contre mon cancer…”

Publié le 8 août 2018

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A 87 ans, miné par le décès de sa fille, Jean-Louis Trintignant se laisse mourir.

Est-ce l’imminence de la date anniversaire – quinze ans déjà – de la mort de sa fille chérie, Marie, terriblement arrachée à la vie le 1er août 2003 ?

Ou seulement une grande lassitude liée au chagrin sans fond, dont Jean-Louis Trintignant a compris qu’il ne s’atténuerait jamais, pas même un peu…

Même s’il est récemment remonté sur scène pour dire des poèmes, dans le spectacle musical, Trintignant, Mille, Piazzolla, l’homme semble avoir aujourd’hui pris le pas sur l’acteur.

L’homme cassé, usé de tristesse jusqu’à l’os, que la maladie avait un temps diverti de sa douleur.

Car, étonnamment, l’annonce de son cancer de la prostate avait calmé certaines de ses angoisses : « Avant j’avais peur du cancer. Plus maintenant, j’en ai un ! », avait-il confié en septembre 2017 au magazine Première, avec un humour noir qui laissait penser qu’il avait encore envie de jouer avec la vie.

Il faut dire que cette maladie avait emporté l’un de ses proches quand il était plus jeune : « J’ai perdu mon seul frère d’un cancer, à 41 ans. Ça m’a beaucoup traumatisé, touché, confiait-il en septembre dernier au micro de RTL. Je me disais : “Mais c’est injuste. Pourquoi est-ce que mon frère a un cancer et que moi je n’en ai pas ?” »

Apprendre que cette maladie ne l’avait pas épargné lui non plus a peut-être, paradoxalement, soulagé l’acteur.

Comme si une injustice avait été réparée…

A l’époque, le comédien semblait avoir retrouvé le goût de vivre et recommençait à avoir des projets : reprendre son spectacle Trintignant, Mille, Piazzolla au théâtre de la Porte Saint-Martin, à Paris, puis aller le donner à Lyon, aux Célestins…

« On va aussi faire un disque et l’enregistrer à la Maison de la radio », confiait-il à L’Obs en mai 2017, avec enthousiasme.

Un album et un DVD ont finalement vu le jour, témoins d’un formidable spectacle enregistré en janvier dernier.

« Je devrais m’arrêter, mais je ne veux pas. Les moments les plus heureux de ma vie, c’est quand je travaille, quand je fais du théâtre », confiait-il encore à L’Obs, visiblement habité par le désir de jouer.

Mais hélas, cette lumière qu’il avait réussi à trouver parmi les ombres semble bien l’avoir quitté.

En juin dernier déjà, alors qu’il acceptait de se confier à Claire Chazal, les mots choisis avaient pris une teinte sombre.

Il rappelait l’évidence, celle qui ne l’a jamais quitté depuis le décès de sa fille Marie : « Je suis mort il y a quinze ans, avec elle. »

Mais il ajoutait aussi, avec une sorte de détachement : « Je sens que je suis en bout de course là… Je sens que je vais disparaître bientôt. »

“C’est fini”

Ceux qui ont vu l’émission Entrée libre diffusée le 1er juin sur France 5 s’en souviennent sans doute.

Comme ils se souviennent certainement de l’émotion qui les a pris lorsque le comédien, assis sur un canapé à côté de Claire, a récité quelques vers d’un poème de Gaston Miron, extraits de son spectacle : « Je marche à toi, je titube à toi, je meurs de toi / Lentement je m’affale de tout mon long dans l’âme »…

Dans une interview au journal Nice-Matin daté du 19 juillet, le comédien apparaît encore plus diminué.

Il renonce désormais à ce qui, jusqu’ici, parvenait encore à lui faire plaisir : « Le cinéma, c’est fini », a-t-il annoncé.

Et il a expliqué qu’il venait de refuser de tourner sous la direction de Bruno Dumont, réalisateur du beau film Ma Loute, sorti en 2016…

« C’était intéressant mais j’ai eu peur de ne pas y arriver physiquement. Je ne me déplace plus tout seul, j’ai toujours besoin d’avoir quelqu’un auprès de moi pour me dire : “Attention, tu vas te casser la gueule” », s’est-il justifié.

Et malheureusement, ce refus semble participer de ce renoncement total.

Au sujet de son cancer, il a en effet déclaré : « Je ne me bats pas. Je laisse faire. J’ai trouvé un médecin marseillais qui essaie un nouveau truc. Je ne fais pas de chimio, même si j’y étais prêt »…

Quand on lui demande s’il voudrait se réincarner après cette existence, il répond : « Non ! Ou sous la forme d’un animal. Je me verrais bien revenir un jour en insecte. Je suis tout petit… »

« Tout petit »…

La douleur a fait se recroqueviller, se replier sur lui-même cet immense artiste, doublé d’un grand humaniste, qui ne semble plus trouver aujourd’hui de repos que dans l’approche de celui qui sera éternel.

Mais Trintignant avait déjà annoncé renoncer au cinéma.

Et Michael Haneke était parvenu à le décider de jouer dans Amour, en 2012… 

Au nom de cet amour, tant de choses sont possibles.

Peut-être pourrait-il y en avoir encore dans sa vie, de quoi lui donner le goût de rester encore un peu avec nous.

Laurence PARIS

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