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Jean-Louis Trintignant : La vérité sur la mort de Marie

Publié le 11 juillet 2008

Jean-Louis Trintignant parle enfin. C'est à Catherine Ceylac, qu'il vient de confier la vérité sur la mort de Marie.

"Ne pleure pas celle que tu as perdue. Au contraire, réjouistoi de l'avoir connue." C'est ainsi que le 6 août 2003 Jean-Louis Trintignant a dit, la voix tremblante, un ultime adieu à Marie, sa fille, la seconde que ce père enterrait. Tout de blanc vêtu, sous un soleil de plomb, il a laissé à tous l'image d'un homme ravagé par le chagrin.

Puis, les épaules voûtées, la démarche incertaine, il a quitté lentement le cimetière du Père-Lachaise, laissant derrière lui, à jamais, la chair de sa chair...

Ensuite, ça a été un profond silence. Tandis que Nadine Trintignant tentait de surmonter sa détresse en multipliant les interventions médiatiques, Jean-Louis, lui, s'est retiré dans ses terres du Sud, puisant dans son métier et le silence la force de surmonter son épreuve avec une remarquable noblesse.

->Voir aussi - Jean-Louis Trintignant : Ne savait pas qu'il pourrait sortir si vite

Cinq ans se sont écoulés depuis le terrible drame de Vilnius. Cette abominable nuit du 26 au 27 juillet durant laquelle une jeune femme belle, radieuse, talentueuse trouvait la mort sous les coups d'un homme qui disait l'aimer plus que tout.

Immense

Bertrand Cantat a été condamné, Bertrand Cantat a purgé sa peine de quatre ans de prison, Bertrand Cantat a retrouvé la liberté et, lui aussi, s'est drapé dans le silence...

Et voici que Jean-Louis parle enfin. Et ce qu'il nous dit est bouleversant. C'est à Catherine Ceylac, dans Thé ou café, sur France 2, qu'il vient de se confier.

L'immense comédien a reçu la journaliste chez lui dans le Gard, près d'Uzès. Assis chacun dans un fauteuil, au milieu des vignes, à l'ombre d'un olivier, il a ouvert pour la première fois son cœur. Scène bucolique : une jolie blonde, un monstre sacré, qui devisent en tête à tête dans la tiédeur du Midi. Mais propos terribles...

Abandonnée

« Chez elle, il y avait une forme de suicide, a-t-il révélé. Elle s'est sentie abandonnée. »

Abandonnée ? Par qui ? Elle était avec sa mère, Nadine, pour laquelle elle incarnait Colette dans le film qu'elles tournaient. Et puis il y avait Bertrand Cantat, le chanteur de Noir Désir, avec lequel elle partageait depuis longtemps une dévorante passion. Qui manquait-il ?

Jean-Louis Trintignant, justement, qui encore aujourd'hui est rongé par la culpabilité. « Ce jour-là, a-t-il confié à Catherine Ceylac, si j'étais allé la voir comme prévu, ça ne serait jamais arrivé. » Marie aurait pu lui confier son mal-être, ses doutes, sa terrible décision. Car ces deux-là étaient plus que proches. Ce n'était pas simplement un père et une fille complices.« Marie, c'était ma meilleure amie, mon meilleur ami aussi... même », a encore révélé Jean-Louis, tandis que la journaliste, attentive et émue, retenait ses larmes face à ce père blessé. Mais il fallait continuer l'interview. Peut-être sentait-elle que cet homme si pudique avait besoin enfin de se laisser aller...

Que s'est-il vraiment passé cette nuit-là à Vilnius ? Jean-Louis croit le savoir. Il le martèle en trois petites phrases implacables : « Je pense que Marie voulait le quitter. Elle le lui a dit. Il l'a tuée. » S'en est suivi le feuilleton macabre. Marie opérée une première fois là-bas, Cantat incarcéré, Marie rapatriée, réopérée, et puis l'annonce de sa mort, coup de tonnerre au cœur de l'été.

« Ma vie s'est arrêtée, a encore confié Jean-Louis. Je suis resté des mois hébété, à regarder dans le vide ...» Et d'ajouter, après un douloureux silence : « Je n'ai pas été un bon parent [... ]. J'ai eu deux filles, je les ai perdues toutes les deux. »

Jean-Louis a-t-il pensé à se venger ? Il avoue que oui. Mais le désir de vengeance ne peut pas cohabiter longtemps dans l'esprit d'un homme de cœur.

Cantat, qu'en pense-t-il aujourd'hui ? Il trouve que quatre ans de prison, c'est peu pour un meurtre, alors qu'un autre homme a écopé de dix-sept ans pour le viol de sa fille qui elle est toujours en vie... « Je trouve la justice injuste », constate-t-il.

Et Jean-Louis fait toujours preuve de la même remarquable noblesse d'âme quand il dit : « J'aurais pu être ami avec lui, dit-il. Je pourrai peut-être l'être encore ...» Et après un douloureux silence, d'ajouter : « J'ai beaucoup moins souffert que lui. Pendant qu'il était en prison, j'ai eu de bons moments ...»

Bouleversant. Ce tête-à-tête au cœur des vignes entre Catherine Ceylac et l'immense comédien Jean-Louis Trintignant était vraiment bouleversant. Si digne, si pudique, si intelligent et vrai. Chapeau bas.

François Charlonnai

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