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Jean-Louis Trintignant : Ses émouvants adieux

Publié le 18 octobre 2013

Dans le théâtre de Vannes, le silence était palpable. 600 personnes ont écouté Jean-Louis Trintignant livrer son dernier récital poétique. Nous en étions pour ses émouvants adieux.

Ce soir, le rideau tombe sur un immense acteur. Cela se passe dans le Morbihan, dans la fraîcheur d'une soirée d'automne. La sortie sera belle, discrète et élégante, à l'image de l'homme. Ce soir, mercredi 16 octobre, Jean-Louis Trintignant, 82 ans, un demi-siècle de théâtre, quitte la scène.

« C'est l'âge qui me fait arrêter. Je suis de plus en plus un légume, confiait- il avec humour il y a quelques jours au Télégramme. C'est fatigant. Il faut laisser la place aux jeunes. » C'est donc au Théâtre Anne-de-Bretagne (TAB) de Vannes, vaste bâtiment de béton à l'allure stalinienne, que tout va s'achever avec le spectacle Trois poètes libertaires.

->Voir aussi - Jean-Louis Trintignant : Il quitte la scène

Tout ? Une carrière sur les planches débutée en 1950 avec la pièce À chacun selon sa faim. Suivront une quarantaine d'interprétations dont les plus marquantes resteront, peut-être, celle d'Hamlet dans les années 60 ou sa prestation dans La guerre de Troie n'aura pas lieu au Festival d'Avignon.

Pourtant, les souvenirs les plus émouvants de Jean-Louis sont sûrement tout autres... En 2003, avec sa fille Marie, ils lisent sur scène les Poèmes à Lou d'Apollinaire. Quelques semaines après la dernière représentation, Marie meurt.

Pour ces adieux, Jean-Louis Trintignant a catégoriquement refusé de changer sa routine de tournée. Il a repoussé toutes les demandes d'interview, n'a pas tenu de conférence de presse et ne s'est pas plié au jeu des autographes. « Il est fatigué et refuse tout ce qui est périphérique à son métier », confirme à France Dimanche son attachée de presse. « Quel dommage, pour une fois qu'on s'intéresse à mon théâtre ! », sourit la responsable du TAB.

À 20 h 40, 600 personnes occupent la salle Lesage. Sous un tonnerre d'applaudissements, le comédien arrive avec un accordéoniste et un violoncelliste. Sa première phrase est empruntée à Jules Renard : « N'applaudissez pas un mauvais acteur, ça le rend pire. » À son âge, on peut s'abandonner aux délices de la fausse modestie !

Ovation

La pièce rassemble des poèmes de Boris Vian, Jacques Prévert et Robert Desnos. L'acteur et ses musiciens sont sertis dans un rond de lumière, un fond noir comme unique décor. La voix de Jean-Louis est belle, sa mémoire parfaite. Le fauteuil, le pantalon, le pull et les chaussures sont noirs, la chemise blanche. Pendant ses quatre-vingts minutes de spectacle, le monstre sacré sème des petits cailloux comme autant de messages à ceux qui connaissent sa vie.

« Enfants trop tôt grandis, si vite en allés » ; « Le soleil ne brille pas sur ceux qui sont en prison » ; « Voyez comme la douleur a ravagé ce visage enfantin » (Prévert) ; « Le temps passe, on ne sait rien » (Desnos). Finalement, cet inventaire... à la Prévert résume sa vie, tout simplement. Avec, en point d'orgue, ces vers de Boris Vian : « Je voudrais pas crever / sans qu'on ait inventé / la fin de la douleur / Avant d'avoir goûté / la saveur de la mort. »

Entre deux textes, les musiciens jouent, et Trintignant bat la mesure du pied ou de la main. Il les observe avec tendresse et demande au public de les applaudir. Pour compenser des mots souvent très graves, il en cite d'autres plus grivois, qui font friser son œil : « Je voudrais pas crever / sans avoir mis mon zobe / dans des coinstots bizarres. »

Au bout d'une heure, le public se lève pour une première ovation. Rappel. Comme nous sommes en Bretagne, ce sera Paroles, de Prévert : « Souviens-toi, Barbara, il pleuvait sans cesse sur Brest, ce jour-là. » Le rideau se lève et retombe plusieurs fois. À chaque fois, roule un nouveau tonnerre d'applaudissements. Mais les meilleures choses ont une fin. Sourire de chenapan aux lèvres, Jean-Louis Trintignant quitte la scène. Définitivement.

Au sortir du Théâtre Anne-de-Bretagne nous revient cette citation de Prévert : « Il faudrait essayer d'être heureux, ne serait-ce que pour donner l'exemple ». Des mots qu'on jurerait écrits pour un certain Jean-Louis Trintignant.

Benoît Franquebalme

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