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Jean-Luc Delarue : Fou, mégalo, suicidaire et despotique !

Publié le 9 novembre 2018

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Dans “Jean-Luc Delarue, la star qui ne s’aimait pas”, son ancien collaborateur, Vincent Meslet, détruit l’image de gendre idéal de l’animateur disparu.

Le 23 avril 2012, celui que toutes les mères de France considéraient comme le gendre idéal s’éteignait à l’hôpital militaire du Val-de-Grâce, à Paris, après une lutte courageuse contre son cancer de l’estomac et du péritoine. Après avoir aussi, sans doute, essayé de racheter toutes ses fautes avant de faire l’inévitable grand saut dans l’au-delà.

Le destin hors-norme de l’animateur vedette de la télé pourrait ainsi se résumer en deux mots : grandeur et décadence. Non pas l’une après l’autre, comme c’est le plus souvent le cas, mais en même temps ! Cet homme qui, comme la langue d’Ésope, était la meilleure et la pire des choses, et dont l’existence frôlait à s’y fendre le fil du rasoir, l’ancien directeur exécutif de France 2, Vincent Meslet, nous le décrit dans un livre choc, paru chez Fayard mercredi.

Six ans après la disparition de « l’homme à l’oreillette », cet ouvrage, intitulé Jean-Luc Delarue, la star qui ne s’aimait pas, nous brosse le portrait d’un garçon torturé, doublé d’un patron ivre de pouvoir, qui s’est berné lui-même par un inexcusable sentiment d’impunité, une sorte de « Dr. Jekyll et Mr. Hyde » croyant vainement trouver dans la drogue, l’alcool, le pouvoir et le sexe violent, les moyens d’amadouer ses démons.

Ce fils de profs, perpétuellement en quête de l’admiration de ses parents, croit avoir atteint le sommet de la réussite lorsque Jean-Pierre Elkabbach, alors président de France Télévisions, lui offre un pont d’or pour créer ce qui restera dans les anales comme la première émission testimoniale de la télévision. Nul n’a oublié ce talk-show consacré aux anonymes : Ça se discute fait un carton, et restera quinze ans à l’antenne ! Mais ce programme dans lequel les « vraies » gens confient sans pudeur leurs drames à ce jeune homme si bien élevé et compatissant, contribuera à causer la perte du célèbre présentateur qui cède déjà depuis longtemps à toutes ses addictions…

C’est en tout cas ce que laisse entendre Vincent Meslet, qui œuvrait à l’époque en tant que chargé d’études et qui l’a très bien connu. Cet interlocuteur privilégié de Delarue en profite d’ailleurs pour décrire l’univers de la télé comme un « milieu professionnel si envoûtant et si déstructurant, qui se joue de vous tout en vous intégrant puis en vous détruisant ».

Ce jugement sans appel du monde cathodique est confirmé dans cette anecdote que raconte l’auteur et qui en dit long sur celui qui a fait les belles heures de l’audiovisuel public dans les années 90 : « Le 10 juin 1994, jour où il reçoit son premier chèque de France 2, Jean-Luc Delarue prend une cuite, écrit Vincent Meslet. Il boit des grands crus au goulot en dansant sur la musique de Reservoir Dogs, le film de Quentin Tarantino qui lui a inspiré le nom de sa société. »

également créateur de Toute une histoire, autre émission phare de l’époque, il semble déjà, alors même que cette consécration télévisuelle n’en est qu’à ses prémices, se comporter comme un enfant-roi, un petit dictateur qui serait parvenu à la réussite en claquant simplement des doigts. Mais cet état de toute-puissance, loin de lui donner des ailes, le précipite inexorablement vers sa chute : « Chaque contrat provoque chez lui une intense satisfaction, un sentiment de victoire, écrit aussi celui qui dirige désormais Tel Sète (la société de production du feuilleton de TF1, Demain nous appartient). Mais le soir et la nuit venus, il se “met mal”. Il boit et se drogue de manière violente et autodestructrice. Les jours qui suivent, il se lance dans des dépenses inconsidérées, claque des dizaines de milliers de francs de façon compulsive, comme pour se débarrasser d’un argent qui lui brûle les doigts. »

Au sein de Réservoir Prod, on le sert tel un empereur romain cruel et fou, on le craint, on redoute ses comportements despotiques et imprévisibles. Son associé, Franck Saurat, qui discerne sous les traits du dictateur le mal-être d’un homme seul et perdu, fait ce qu’il peut pour le sauver de lui-même. Cet ami sera toujours présent auprès de lui lorsque la police le trouvera à l’aube dans des lieux incongrus, au milieu des clochards, ou accroché à un radiateur… Il tentera aussi souvent de le persuader de sortir de son appartement où il s’enferme dans l’obscurité durant des jours, quand vivre sous les projecteurs est devenu trop dur pour lui…


Dans son entourage, la peur, à la fois de ce qui peut lui arriver mais aussi du mal qu’il est capable de faire, est tout aussi présente : « Une nuit vers 3 heures du matin, il rentre chez lui avec Elsa [sa fiancée, ndlr] et son demi-frère, relate Meslet. Il conduit la belle Safrane achetée par Réservoir Prod. […] Il passe par les voies sur berges, non loin du pont où la princesse Diana trouvait la mort en 1997. Il pousse la musique à fond […] puis se tourne vers Elsa : “On sera mieux là-haut tous ensemble, non ?” Il accélère, tout le monde crie dans l’habitacle, la voiture finit par se fracasser contre un poteau de la bretelle de sortie avant de faire trois tonneaux. »

Une autre anecdote qui donne des sueurs froides et qui montre bien à quel point l’animateur était perturbé, c’est encore la malheureuse Elsa qui en fera les frais, en 1996, peu après que Jean-Pierre Elkabbach a sommé Delarue de renégocier son contrat à la baisse. L’un des conseillers du président ira jusqu’à menacer le présentateur de briser sa carrière s’il n’obtempère pas. Un chantage qui rend Jean-Luc ivre de colère et de frustration. Se sentant trahi par ceux qui l’avaient porté au pinacle deux ans plus tôt, il part se réfugier en Espagne, à Séville, avec sa compagne : « Il se gave de corridas et s’identifie au taureau que l’on veut tuer sous les applaudissements et les hourras du public », raconte Vincent Meslet. L’animateur perd les pédales, casse tout ce qui lui passe entre les mains et hurle sur Elsa. Devenu incontrôlable, il la prend pour Elkabbach et lui répète à l’envi : « Tu es Jean-Pierre Elkabbach déguisé en Elsa ! Jean-Pierre, sors de ce corps ! […] Je te tuerai ! »

Tutoyer le danger est devenu son credo, se perdre dans les paradis artificiels au risque d’y laisser sa peau ne lui fait pas peur, et côtoyer les mauvais garçons non plus… « Percevant le désert affectif dans lequel Delarue étouffe et se débat, “Human Bomb” [alias Hubert Boukobza, le patron de la boîte de nuit Les Bains douches, ndlr] banalise sa colère contre les femmes. Les deux hommes partent en vacances dans des lieux chics où le tourisme sexuel autorise tous les fantasmes : Maldives, Phuket, Marrakech, Ibiza… […] Le fait qu’Hubert Boukobza soit tombé quelques années auparavant pour trafic de drogue et qu’il ait fait de la prison ne dérange en rien Jean-Luc. Au contraire même, car il est fasciné par les voyous. »

En 2009, Delarue doit cesser la diffusion de Ça se discute. Sa consommation d’alcool et de cocaïne a atteint des sommets et plus rien ne semble avoir d’importance à ses yeux, mis à part la relation amicale qu’il a nouée avec un écrivain célèbre…

« L’une des dernières émissions est tournée. Delarue est en retard, vraiment en retard, écrit encore Vincent Meslet. Ses équipes qui y sont habituées intègrent depuis longtemps ses retards légendaires à leurs plans de production. Mais là, le délai est vraiment dépassé. » Tout d’un coup, après des heures d’attente et d’inquiétude, son nom s’affiche sur l’un des téléphones : « La voix, chuchotante, est presque inaudible : “Je ne peux pas parler. C’est trop drôle ! Il faut annuler. Je ne peux pas venir. Je joue à cache-cache avec François Weyergans. Je me suis caché dans le frigidaire. Il me cherche depuis des heures.” » Une partie de rigolade qui coûtera des milliers d’euros à la production…

Clara MARGAUX

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