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Jean-Luc Delarue : Ses dernières confidences à Sophie Davant

Publié le 27 mars 2015

Lorsque Sophie Davant avait remplacé Jean-Luc Delarue en septembre 2010, à la présentation de� Toute une histoire, l’animateur l’avait très mal pris. Ils s’étaient alors donné rendez-vous pour régler leurs comptes…

Chaque après-midi de semaine, de 13 h 55 à 15 h 10, sur France 2, elle écoute, interroge, nous fait partager un pan de la vie de ses invités, abordant par ce biais intimiste les grands thèmes de notre société. Bienveillante, à l’écoute, trouvant toujours le mot juste pour mettre les participants à l’aise, Sophie Davant est à la tête de Toute une histoire comme un poisson dans l’eau.

Au point que l’on en oublierait presque qu’avant elle, un autre animateur, talentueux et doué, était en place. Animateur auquel elle a, bien malgré lui, succédé : le regretté Jean-Luc Delarue.

En septembre 2010, en effet, l’initiateur, producteur et présentateur de l’émission, interpellé dans le cadre d’une enquête pour trafic de drogue, est contraint de mettre sa carrière télévisuelle entre parenthèses. Et c’est la blonde journaliste que la chaîne sollicite alors pour reprendre le flambeau.

À cette époque, Jean-Luc Delarue ignore qu’il est condamné. Il est encore cet homme en colère, victime de ses démons, la cocaïne et l’alcool, qui n’a pas trouvé le chemin de la rédemption. S’il a accepté de coacher Sophie à ses débuts, il vit mal son remplacement par sa ravissante consœur, d’autant que, très vite, cette dernière réalise des audiences plus qu’honorables. En d’autres termes, elle lui a volé son « bébé »…

La guerre, comme il en existe tant dans ce petit monde cruel de la télévision où règne une compétition sans merci, n’était pas déclarée mais latente. Elle n’aura cependant jamais lieu, se muant au contraire en une véritable amitié, grâce à l’intelligence des deux journalistes qui ont accepté de se rencontrer et de tomber les masques.

Comme vient de le révéler la pétillante quinquagénaire, dans une interview accordée à notre confrère Le Parisien, c’est autour de la bonne chère que tous deux sont parvenus à faire la paix. Car Jean-Luc Delarue était une fine gueule, au point d’ailleurs d’avoir ouvert en 1999 et 2001, deux restaurants, le Korova et le Nobu.

Quant à Sophie, si sa ligne de sylphide ne trahit pas son amour de la grande cuisine, elle y fait largement honneur, avec un faible pour la côte de bœuf et le magret de canard accompagnés de pommes sarladaises aux cèpes, comme elle le dévoile dans son dernier ouvrage, Ce que j’ai appris de moi – Journal d’une quinqua, qui vient de paraître chez Albin Michel.

“Petit garçon”

Quel meilleur endroit en effet qu’une table chargée de mets raffinés pour nouer le dialogue ? Rendez-vous fut donc pris un midi chez Thiou, un restaurant de spécialités thaïlandaises situé dans le VIIe arrondissement de Paris… Est-ce ce sens si affûté de l’écoute dont l’animatrice fait preuve dans Toute une histoire qui a mis Jean-Luc à l’aise ?

Toujours est-il que ce jour-là, fendant enfin son armure, lui, le solitaire, si doué pour faire parler les gens de leur vie intime, si réservé quand il s’agissait d’évoquer la sienne, s’est mis à nu.

Comme le raconte Sophie au Parisien, elle découvre alors que derrière cette personnalité complexe, à la fois ambitieuse et à fleur de peau, souffrant d’un insatiable désir de reconnaissance, se cache un enfant, dont les blessures sont encore à vif : « Je ne connaissais que l’homme public, le Citizen Kane des médias. Il m’est apparu comme un petit garçon, émouvant, terriblement touchant et manquant de confiance en lui. »

Delarue + DavantCe parcours aussi génial que chaotique, marqué d’autant de coups d’éclat que de secrètes souffrances, le petit prodige de la télé avait tenté de le raconter dès 2009, dans son autobiographie qui aurait dû s’intituler Serviteur public. Un exercice trop douloureux que Jean-Luc Delarue avait interrompu après une centaine de pages.

Et c’est finalement à Sophie, sa rivale, qu’il avait, lors de ce déjeuner, choisi de se confesser, revenant sur les moments clés qui avaient fait basculer sa vie : le divorce de ses parents quand il avait 6 ans, son alcoolisme précoce, l’absence cruelle de son père, professeur de civilisation américaine, le terrible complexe d’infériorité dont il souffrait au point de se considérer pendant des années comme le « débile de la famille »…

« Il s’est livré sur ses failles et ses blessures d’enfance, et m’a expliqué qu’il buvait et se droguait aussi parce que certaines histoires qu’il recueillait étaient trop lourdes à assumer », a exposé Sophie.

Lorsque, moins de deux ans plus tard, le 23 août 2012, l’animatrice apprend la disparition de Jean-Luc Delarue, elle s’effondre. Elle n’a pas seulement perdu un confrère, un génie du petit écran, mais aussi un ami, pour qui elle a, sans nul doute, une tendre pensée à chaque nouvelle page de Toute une histoire

Lili Chablis

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