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Jean-Luc Lahaye : “Mes années chez Dalida”

Publié le 10 février 2017

Entre éclats de rire et émotion, le chanteur Jean-Luc Lahaye a accepté de nous révéler toute la teneur 
de leur relation  méconnue.Entre éclats de rire et émotion, le chanteur Jean-Luc Lahaye a accepté de nous révéler toute la teneur 
de leur relation  méconnue.

Baskets aux pieds et silhouette de jeune homme moulée dans un jean, Jean-Luc Lahaye ne vieillit toujours pas. Il nous a donné rendez-vous à deux pas de chez lui, dans un bar du XVIIIe arrondissement de Paris, devenu son QG.

À une centaine de mètres de là, au cimetière de Montmartre, repose pour l’éternité celle qui va être le sujet de notre conversation, Dalida. Rien d’étonnant à ce que son ombre semble planer sur nous durant toute la durée de l’entretien. D’autant que Jean-Luc imite à la perfection le célèbre accent de la chanteuse…

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France Dimanche (F.D.) : Comment avez-vous fait la connaissance de Dalida ?

Jean-Luc Lahaye (J.-L.L.) : En 1975, je travaillais comme serveur au Bistrot du port, face à Notre-Dame, dont le propriétaire, Gérard Pédron, n’était autre que le meilleur ami de Dalida. Elle venait souvent y dîner avec des amis. Parfois, j’aidais mon patron à s’approvisionner à Rungis. Il y achetait des fleurs pour son bistrot sans jamais oublier un grand bouquet de becs de perroquet, pour Dalida. Sur le chemin du retour, il faisait un crochet par Montmartre pour les lui installer dans ses vases. En général, je l’attendais dans sa voiture. Un jour, il m’a proposé de l’accompagner dans la maison. Gérard avait raconté à Dalida mon parcours par la Ddass, et elle semblait très touchée. Je lui ai dit que j’aimais beaucoup Montmartre. “Vous habitez où, en ce moment ?” m’a-t-elle demandé. J’ai répondu : “Le XXe arrondissement.” Elle a dit : “Ah, j’ai peut-être une idée…” Elle a disparu dix minutes, je l’entendais farfouiller, puis elle est revenue, un trousseau de clés à la main, et m’a lancé : “Suivez-moi, jeune homme.” On est montés au dernier étage de son hôtel particulier. J’ai découvert un appartement de 60 m2 qui dominait tout Paris avec une belle vue. Gérard lui avait glissé que je faisais du karaté, elle pensait que ça pourrait servir : elle ne se sentait pas toujours en sécurité. Pour le loyer, elle m’a envoyé régler les formalités chez sa cousine Rosie, qui gérait ses affaires. J’ai occupé ce logement jusqu’à la fin de l’année 1979.

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F.D. : Comment était-elle à cette période-là ?

J.-L.L. : Simple et généreuse. On se tutoyait. Elle partait en Corse tous les week-ends avec Richard Chanfray, le comte de Saint-Germain. Pendant son absence, elle me laissait me servir dans son frigo, où il y avait toujours plein de plats à terminer. J’invitais tous mes copains bikers, dont Renaud, avec qui je travaillais dans un magasin de moto, et on se faisait un festin. Parfois, j’allais même à la cave taper des bonnes bouteilles. 
On a fait de ces fêtes !

F.D. : Comment se passait la cohabitation avec Richard Saint-Germain, son compagnon ?

J.-L.L. : Plutôt mal. Nous avions des relations assez difficiles. C’était quelqu’un de bipolaire. J’ai failli en arriver aux mains avec lui. Il était très jaloux et me cherchait à longueur de temps. Comme j’étais célibataire, j’avais pas mal de petites amies qui venaient me rendre visite, telle la fille de Jacques Mesrine, Sabrina, dont j’étais tombé très amoureux. Attiré par toutes ces jolies jeunes femmes qui défilaient, il s’arrangeait pour être chez moi de plus en plus souvent. Il essayait de s’immiscer dans notre petite bande pour draguer mes copines. Je n’en ai jamais parlé à Dalida par délicatesse. Mais je comprenais sa douleur de vivre avec lui. Paix à son âme.

F.D. : Sentiez-vous des failles chez elle, de la mélancolie ?

J.-L.L. : Non. Quand j’ai emménagé, au début, elle était rayonnante. Ils venaient de se rencontrer, et il faisait des efforts. C’était un très bel homme, non dénué de talents. Il peignait de très beaux tableaux. Il savait se montrer charmant, et je peux comprendre qu’elle soit tombée amoureuse, mais il avait aussi des côtés sombres que j’ai su très vite déceler. Il voulait se la jouer mauvais garçon. D’ailleurs, un jour, je lui ai dit : “Ne te prends pas pour un voyou, tu n’es pas un voyou, Richard, moi oui, toi non. N’endosse pas un costume qui n’est pas le tien. T’es un bourgeois qui se tape Dalida, point barre.” Je lui ai même lancé : “T’es monsieur Dalida, rien d’autre !” Ça ne lui a pas plu. On a failli se battre, place de Clichy.

F.D. : Dalida soupçonnait-elle ses infidélités ?

J.-L.L. : Oui, et à raison ! Un jour, elle a voulu en avoir le cœur net. On a décidé de le prendre en filature. On suivait sa Corvette à moto. J’avais prêté à Dalida un casque et un blouson ; je crois qu’elle n’était jamais montée sur un tel engin. Elle a eu tellement peur que j’ai gardé les marques de ses ongles pendant au moins quinze jours sur mes côtes ! Pendant que je le suivais à distance, j’étais à la fois ennuyé pour elle et presque heureux qu’elle le prenne en flag. Mais je ne voulais pas lui faire de peine. Du coup, c’était un peu la panique dans ma tête ! Richard a fini par se garer devant un hôtel. J’ai dit à Dali de m’attendre et je suis rentré pour voir de quoi il retournait. Bingo ! Il était bien avec une de ses maîtresses. Mais Dalida n’en a rien su. Je lui ai raconté qu’il avait rendez-vous avec un galeriste…

F.D. : Un rapport de séduction s’était-il instauré entre vous ?

J.-L.L. : Non, parce que j’étais trop jeune ! J’avais 23 ans, mais j’en paraissais à peine 16. Dalida en avait 42 et elle était sublime. Un jour, j’ai osé lui dire : “Dali, tu sais, franchement, tu es jolie.” Elle m’a tout de suite rembarré en rigolant : “Allons, allons, tu es un beau garçon, mais tu es beaucoup trop jeune.” J’avais dit ça pour la titiller. En fait, je n’aurais jamais osé lui faire la moindre déclaration. J’étais bien trop respectueux de l’immense artiste qu’elle était. De son côté, elle aimait bien me poser des questions sur ma vie sentimentale. Elle voulait savoir quel était mon genre de filles. De temps en temps, je lui massais les épaules. Elle aimait bien ça…

F.D. : Savait-elle que vous vouliez faire carrière dans la chanson ?

J.-L.L. : Je ne lui ai pas dit tout de suite. J’étais trop impressionné. Et puis, j’avais peur qu’elle me dise ce que j’avais déjà entendu, que c’était très difficile et qu’il y avait très peu de réussite. Mais un jour, je me suis confié. Elle m’a regardé droit dans les yeux en me disant : “Ça ne m’étonne pas. Tu as un atout, le physique, mais ça peut aussi être un inconvénient, car on ne pardonne rien aux gens beaux.” Elle me disait souvent qu’elle était pleine de blessures, que ce métier n’était pas facile. Née sous le signe du Capricorne, comme moi, elle se confiait très peu. C’est un signe de souffrance et de solitude. “Je lis aussi cette solitude dans tes yeux, Jean-Luc”, me soufflait-elle parfois.

F.D. : Elle était exigeante avec elle-même…

J.-L.L. : Oui. Elle était au top de sa gloire quand je l’ai connue. C’était l’époque de Paroles… paroles…, de Gigi l’amoroso, mais je la voyais travailler avec acharnement, comme quelqu’un qui débute, après plus de vingt ans de carrière ! Elle faisait des vocalises tous les jours avec un professeur.

F.D. : Que vous a-t-elle transmis ?

J.-L.L. : Soigner sa tenue sur scène en se changeant plusieurs fois pendant un concert, être intransigeant en studio, repousser ses limites pour son public. J’ai découvert toute la rigueur du métier. J’ai même fait les chœurs sur sa chanson Ne lui dis pas. C’est Dali et Orlando qui me l’avaient proposé. C’était la première fois que je mettais les pieds dans un studio d’enregistrement.

F.D. : Vous racontez dans votre livre, Classé confidentiel (éditions Carnets nord /
Montparnasse), que vous lui enseigniez une méthode pour garder la ligne…

J.-L.L. : Moi, j’ai appris à me faire vomir sur commande en effectuant simplement quelques exercices respiratoires. Je trouvais ça très confortable, comme principe, parce que je pouvais manger sans me soucier de ma ligne. J’avais remarqué que Dalida quittait souvent la table durant les repas. Et puis, j’ai entendu de drôles de bruits, qui venaient de sa chambre. Elle crachait, toussait. J’avais compris. J’ai osé lui demander : “Ôte-moi d’un doute, Dali, je te le dis tout de suite : est-ce que tu fais comme moi, est-ce que tu te fais vomir ?” Elle m’a répondu : “Oui, mais ça m’abîme la gorge, et j’ai peur de perdre ma voix. Tu as une autre méthode ?” Voilà comment pendant deux ou trois séances, dans la plus grande discrétion, je lui ai enseigné mes secrets pour déglutir sans douleur…

F.D. : Vous ne pensiez pas que c’était dangereux ?

J.-L.L. : Non, pas du tout. Dalida me disait qu’elle voulait dormir le ventre vide, et je la comprenais. De mon côté, j’ai arrêté tout ça peu de temps après. Je suis devenu végétarien et j’ai réduit mon alimentation. J’ai gardé cette hygiène de vie depuis. Aujourd’hui, je pèse 64 kg pour 1,81 m. Je ne sais pas si Dali a continué après mon départ. Sans doute, car à sa mort, elle était si mince…

F.D. : Comment avez-vous appris son suicide ?

J.-L.L. : En vacances, en Vendée. Je venais de me lever et j’ai mis la radio. J’ai entendu une de ses chansons suivie d’une deuxième chanson. Au ton très grave de l’animateur, j’ai compris. Je suis rentré aussitôt à Paris pour lui dire adieu. Je suis venue la voir sur son lit de mort, rue d’Orchampt. Je n’oublierai jamais. Orlando, son frère, faisait rentrer ses amis les
 plus intimes un par un. En me recueillant, j’ai pensé à toutes ces années où j’ai habité au-dessus de cette chambre. À ce moment-là, je me suis dit que j’aurais peut-être 
pu changer le cours de son destin. Mais Dalida avait tout programmé dans le plus grand secret. Ce suicide qui a surpris tout le monde était pourtant inévitable…

[box type="info" style="rounded"]Qui est vraiment Jean-Luc Lahaye ?

DVD LahayeLe DVD indispensable

Virées en Harley-Davidson, 
sauts en parachute, sa nouvelle passion : grâce à ce DVD 
intitulé Carnet de Route 2016, les fans vont pouvoir suivre leur idole dans sa vie trépidante. Face à la caméra du réalisateur Yves Michel, en coordination avec le photographe 
Patrick Carpentier, l’artiste 
se livre. Quelques rencontres émouvantes, dont celle avec Renaud, des séances de répétition à huis clos, 
des extraits de concerts, ce film permet 
de mieux découvrir 
le chanteur. Disponible 
à la vente à la fin des spectacles et sur le site La boutique des stars : laboutiquedesstars.com, 20 €.[/box]

Véronique Dubois

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