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Jean-Paul Belmondo : À Cannes, la revanche flamboyante du "Magnifique" !

Publié le 6 mai 2011

Le 17 mai prochain, l'acteur Jean-Paul Belmondo devrait savourer particulièrement cette montée des marches à Cannes, lui pour qui ce festival fut toujours si cruel... "C'est, avec Gabin et Michel Simon, l'un des plus grands comédiens français de tous les temps", souligne Gilles Jacob, le président du Festival

C'est, sans nul doute, la tête haute, un large sourire accroché aux lèvres et des étoiles plein les yeux que Jean-Paul Belmondo montera les marches du Festival de Cannes, le 17 mai prochain... Ce soir-là, l'acteur de 78 ans sera, pour la première fois, reconnu, fêté et même porté aux nues par ses pairs ! Une revanche qu'il prend enfin, lui qui déjà au conservatoire, n'avait pas eu les honneurs qu'il méritait.

C'était en janvier 1956, le jeune Jean-Paul venait d'interpréter avec un brio extraordinaire un texte de Georges Feydeau. Ses amis, Jean-Pierre Marielle, Claude Rich et Jean Rochefort le portent en triomphe sur la scène, l'assemblée est entièrement sous le charme de cet acteur au potentiel hors du commun...

Mais les membres du jury, eux, ne sont pas conquis, loin de là, et ne lui décernent qu'un simple accessit, lui interdisant, du même coup, l'entrée à la Comédie-Française ! Piqué au vif, se sentant incompris, Jean-Paul leur adresse alors un bras d'honneur, un geste de frustration hautement symbolique. Il n'a que 23 ans et, étrangement, ce scénario cruel se répétera tout au long de sa vie de comédien.

->Voir aussi - Jean-Paul Belmondo : Privé de sa fille

Bredouille

En cinquante ans de carrière, après avoir tourné avec les plus grands, conciliant cinéma d'auteur et succès populaires, et attiré près de 130 millions de spectateurs dans les salles obscures, Bébel a toujours divisé. À part le César du meilleur acteur, reçu en 1989, pour Itinéraire d'un enfant gâté, la grande famille du cinéma français ne s'est hélas jamais précipitée pour honorer celui qui, sans conteste, reste l'un de ses plus grands artistes.

Et de À bout de souffleà L'as des as, en passant par Le professionnelet Borsalino, Belmondo n'a cessé de conquérir le cœur d'un public varié, réconciliant toutes les générations, sans en tirer des lauriers plus que légitimes... Mais, outre ces regrets, une blessure, plus douloureuse que les autres, peine encore à cicatriser : en effet, la grand-messe annuelle du Festival de Cannes l'a toujours rejeté...

Six fois, l'homme a monté les marches, et six fois, il les a redescendues, bredouille. Pire, à plusieurs reprises, Jean-Paul a dû affronter la critique et les sifflets ! Comme lorsque Cent mille dollars au soleil est choisi pour représenter officiellement la France au Festival de Cannes en 1964. Le film va même jusqu'à déchaîner les critiques les plus acerbes du monde entier. « Si c'est là un exemple du goût populaire français, que Dieu sauve la France ! » publiait à l'époque le journal anglais The Guardian.

Rejets

Mais, dix ans plus tard, une nouvelle attaque atteint durement le comédien, avec l'accueil glacial qui lui est réservé lorsqu'il présente son dernier film, Stavisky, un long-métrage qui lui tient à cœur : « Je ne voulais pas que le film aille à Cannes. On m'a persuadé du contraire. Un massacre ! Alain Resnais n'avait pas tourné depuis cinq ans et c'est la seule fois où il s'est fait traîner dans la merde. [...] Les critiques ne m'ont jamais empêché de dormir, sauf sur Stavisky. Il y a eu un tel déchaînement. Là, j'ai dit : "C'est vraiment des cons !" » déclara-t-il par la suite.

Une véritable succession de rejets qui pèseront lourds dans le cœur de Belmondo. Comme en 1960, tandis que Jeanne Moreau décrochait le prix d'interprétation féminine pour Moderato cantabile, notre Bébel en repartait snobé par le jury. La paysanne aux pieds nus et Le mauvais chemin, en 1961, Les mariés de l'an II, en 1971... Autant de succès publics, de partenaires récompensées, et rien, toujours rien pour l'acteur préféré des Français !

Mais il semble que, enfin, la roue soit en train de tourner ! Le 17 mai prochain, en plein cœur des festivités, qui se tiendront du 11 au 22 mai, le Festival accueillera Jean-Paul Belmondo pour une soirée spéciale donnée en son honneur.

« Nous sommes heureux qu'il ait accepté d'assister à la soirée festive donnée pour saluer son talent et son itinéraire, a tenu à souligner Gilles Jacob, le président du Festival. L'étendue de son registre, le charisme de sa personnalité, la précision de son jeu, la gouaille de ses propos, l'aisance de son allure en ont fait, avec Jean Gabin et Michel Simon, l'un des plus grands comédiens français de tous les temps. »

Pour la première fois de sa vie, Bébel sera donc à l'honneur sur la Croisette ! Entouré de ses proches, le grand acteur assistera à la première du documentaire de Vincent Perrot et Jean-François (Jeff) Domenech qui lui est consacré, Belmondo, itinéraire..., puis il se joindra au dîner et à la fête qui clôtureront cette journée hommage.

Et comme un bonheur n'arrive jamais seul, au bras de l'acteur se tiendra certainement Barbara Gandolfi, la femme qu'il aime depuis 2008. Dix ans après son accident vasculaire cérébral, Jean-Paul s'apprête à vivre une revanche, un moment exceptionnel que toute la profession lui devait bien, et qui sera le plus bel hommage de sa vie.

Et pour ce 64e Festival de Cannes, « Le magnifique » Jean-Paul Belmondo ne sera plus un marginal..."Les critiques ne m'ont jamais empêché de dormir... sauf pour Stavisky. Il y a eu un tel déchaînement !"

Florian Anselme

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