France Dimanche > Actualités > Jean-Paul Belmondo et Alain Delon : Drame la veille du nouvel an !

Actualités

Jean-Paul Belmondo et Alain Delon : Drame la veille du nouvel an !

Publié le 12 janvier 2021

.photos:bestimage
© BESTIMAGE -

Sous le choc depuis l'annonce de la terrible nouvelle, les deux monstres sacrés Jean-Paul Belmondo et Alain Delon ne pensaient jamais passer un réveillon aussi triste…

Tandis que nous nous réjouissions de pouvoir bientôt faire nos adieux à cette terrible année 2020, deux acteurs, eux, sombraient dans un abîme de désespoir… Mardi 29 décembre, quand leur téléphone a sonné, Alain Delon et Jean-Paul Belmondo ne pensaient sans doute jamais recevoir un tel choc. K.-O., les deux monstres sacrés n'ont pas réalisé tout de suite ce que la voix au bout du fil leur annonçait, tristement. Dans leur cœur meurtri, la mort de Claude Bolling est tout sauf anodine. Car dire adieu à ce génial musicien – décédé à 90 ans, à l'hôpital de Saint-Cloud – c'est surtout dire adieu à leur jeunesse flamboyante, à leur beauté du diable, à leur insouciance perdue. Dire adieu aux meilleurs souvenirs de leur vie… En effet, le pianiste de jazz, disciple de Duke Ellington, a laissé une empreinte indélébile sur le cinéma français, en composant nombre de musiques de films.


Parmi ces petits bijoux restés dans nos mémoires, tels Le Magnifique ou Les Brigades du Tigre, il y a bien sûr la bande originale de Borsalino, de Jacques Deray, avec Alain Delon et Jean-Paul Belmondo. « C'est la musique la plus fameuse que j'ai faite, expliquait le musicien en 2009. Mais le thème avait été fait pour un disque de variété, un producteur ami m'avait demandé de faire une chose gaie, de “jungle”, pour un disque qu'il avait l'intention de produire. Puis, lorsqu'Alain Delon et Jacques Deray m'ont contacté pour ce film de gangsters, ils ne me connaissaient pas vraiment, je leur ai donc envoyé des disques, dont celui-ci. Ils aimaient le piano mécanique et ont voulu l'utiliser tel quel. »

Pour ces deux monstres sacrés qui, en 1969, tournaient ensemble pour la première fois, nul doute que cette triste nouvelle les replonge avec nostalgie dans la plus belle époque de leur vie. Celle de leur gloire bien sûr, mais aussi de leur stimulante rivalité ! Une guerre d'ego commencée dès leurs débuts… Jusqu'à la fin des années 60, Bébel refuse en effet obstinément toutes collaborations avec Delon, « ce bellâtre que les cinéastes de la Nouvelle Vague ont superbement ignoré », dixit Belmondo, moqueur.

Et comme seules les montagnes ne se rencontrent pas, les deux stars vont malgré tout partager pour la première fois l'affiche dans Borsalino de Jacques Deray, sorti en 1970. L'idée de les rassembler dans cette épopée de gangsters vient curieusement de Delon, qui veut adapter au cinéma le livre d'Eugène Saccomano, Bandits à Marseille, qui relate l'ascension de François Spirito et Paul Carbone, deux truands notoires ayant fait main basse sur la cité phocéenne dans les années 30. Un projet ambitieux et prometteur… Mais le tournage, sur les lieux mêmes de l'histoire de ces mafieux, est un enfer : il est précisé par contrat visé par leurs avocats que les deux stars doivent prendre exactement le même nombre de coups de poings et apparaître un temps identique à l'image, à la seconde près. Ainsi, le plan où les deux têtes d'affiche sortent de la mer après un bain dans les calanques est recommencé trente fois ! À chaque prise, l'un des acteurs se trouve à son désavantage…

Delon, qui produit le film, aura le dernier mot dans cette guerre ouverte des ego : il ne dévoile qu'à l'ultime moment à Belmondo l'affiche promotionnelle sur laquelle son propre nom figure deux fois. Piqué au vif, Bébel intente un procès à la production en déclarant : « On m'a mis devant le fait accompli ! » Retenant la leçon, l'homme trahi décide de produire lui-même ses films, emboîtant le pas à son rival. Les deux acteurs-producteurs ne s'adressent plus la parole… Seul rayon de soleil dans cette bataille rangée, Claude Bolling présent chaque jour de ce tournage houleux, avec sa bonne humeur et son amitié pour les deux comédiens, attentif à chaque plan afin de composer sa musique…

Il faudra attendre dix-huit ans pour que Delon et Belmondo, les deux éternels rivaux, jouent à nouveau ensemble, en 1998. Ce film événement, Une chance sur deux, réalisé par Patrice Leconte, marque la réconciliation de deux seniors s'affrontant dans un duel musclé, à plus de 60 ans. Au fond, les deux stars ont fini par forger dans leur rivalité une forme de respect mutuel.

Aujourd'hui, unis dans la douleur, ils ont laissé derrière eux leurs désirs de conquête et ne sont pas les seuls à avoir été touchés par l'annonce de la disparition de celui que Boris Vian surnommait “Bollington”. Une autre étoile des années 60 a rendu hommage au musicien qui avait arrangé pour elle La Madrague : « Claude Bolling, mon “dubol”, est parti, emportant avec lui ma jeunesse et 60 ans d'amitié fidèle, de joie de vivre, de chansons rigolotes et d'une complicité insouciante », a écrit Brigitte Bardot, 86 ans, dans un message adressé à l'AFP. Et d'ajouter : « Il me laisse orpheline de nos plus joyeux souvenirs, de son immense talent, de sa rigueur au travail, et de sa rassurante présence. “C'est un jour comme un autre et pourtant tu t'en vas”, je le chante pour toi aujourd'hui les larmes aux yeux. » Des larmes sans nul doute partagées par tous ceux qui ont connu et aimé cet inoubliable artiste…

Clara MARGAUX

À découvrir