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Jean-Paul Belmondo : Foudroyé par la mort de son grand ami

Publié le 3 décembre 2004

Jean-Paul Belmondo pleure le grand cinéaste. Philippe de Broca s'est éteint le 26 novembre à l'Hôpital américain de Neuilly, des suites d'une longue maladie.

Depuis une semaine, Jean-Paul Belmondo n'est plus que tristesse et chagrin. En effet, lui qui est arrivé à surmonter de multiples souffrances, se trouve soudain confronté à la plus tragique d'entre elles : la mort de son grand ami, Philippe de Broca.

Le 26 novembre, le grand réalisateur s'éteignait en effet à l'Hôpital américain de Neuillysur Seine, où il avait été conduit d'urgence quelques jours auparavant.

Le cinéaste connaissait très bien la nature du mal qui le rongeait et ne voulait pas qu'on dise, après son départ, qu'il «était mort d'une longue et douloureuse maladie».

->Voir aussi - Jean-Paul Belmondo : Interdit de caméra !

Dernière fois

Conscient de ce qui le conduisait à l'issue fatale, il avait ainsi déclaré : «Lorsque ce sera la fin, dites honnêtement que je suis mort du cancer du fumeur.» Et c'est ce cancer qui l'a terrassé, à l'âge de 71 ans, alors qu'après quelques années de traversée du désert, son dernier film, Vipère au poing, d'après le roman d'Hervé Bazin, rencontre actuellement un triomphe...

Dès qu'il a appris la nouvelle de la mort de son meilleur ami, Bébel s'est effondré : « Je suis totalement bouleversé, a-t-il déclaré au Parisien. On a beaucoup ri ensemble, beaucoup déliré, parce que, pour nous, tout était prétexte, alors, à faire des farces. Il y a une dizaine de jours, je suis allé le voir à l'Hôpital américain de Neuilly et, là encore, nous avons passé un bon moment. Malheureusement c'était la dernière fois...»

Cette amitié, pourtant, pendant de longues années, a été mise entre parenthèses. Oui, les deux hommes ont refusé de se rencontrer et même de se parler au téléphone pendant près de... vingt-cinq ans ! Que s'était-il donc passé ?

Pour le savoir, il faut remonter bien des années en arrière. Un peu avant que ces deux monstres du cinéma ne se rencontrent... À cette époque, on est en plein dans la Nouvelle Vague.

Philippe de Broca de Ferrussac, de son vrai nom, vient d'obtenir son diplôme de l'école de cinéma de Vaugirard, à Paris, et devient l'assistant de Claude Chabrol. Jean-Paul et Philippe se rencontrent sur le film de Claude Chabrol, À double tour. Et tout de suite, entre le fils de sculpteur et le fils de peintre, le courant passe. Car tous deux ont le même avis sur le cinéma : la Nouvelle Vague c'est bien beau, mais il ne faut pas oublier le cinéma «populaire».

Cinéma de papa

Ensemble, ils décident donc de renouer avec le cinéma de papa. Mais avec des moyens techniques à la mesure de leurs envies. C'est ainsi que naissent Cartouche en 1961, puis, encore plus génial, L'homme de Rio, en 1963. Désormais le duo Bébel-de Broca est incontournable. Deux ans plus tard arrive Les tribulations d'un Chinois en Chine, qui sera suivi par Le magnifique, et L'incorrigible, en 1975.

Mais c'est justement sur le tournage de ce film, que la brouille éclate : «Jean-Paul Belmondo en faisait trop, a raconté Philippe de Broca, c'est pourquoi j'ai coupé certaines scènes au montage. Et cela, il ne me l'a pas pardonné.» Du coup les deux inséparables se fâchent. Belmondo ne veut plus entendre parler de Philippe, l'homme qui a pourtant fait de lui la vedette la plus populaire du cinéma français...

Mais le plus surprenant, peut-être, dans cette histoire, c'est que les deux hommes aient réussi à s'ignorer pendant si longtemps, alors qu'ils habitaient... dans le même quartier : c'est-à-dire le bas des Champs-Élysées! Chaque matin, ils sortaient leurs chiens à la même heure. Et chaque matin, ils faisaient mine de ne pas se voir. Jusqu'à ce matin de 1999, où ils décident enfin de se reparler...

C'est ainsi que, tandis que leurs toutous font ami-ami, ils tombent dans les bras l'un de l'autre. Une réconciliation qui vient à pic puisque Bébel n'a qu'une envie, tourner un nouveau film avec Philippe et que Philippe a précisément un nouveau projet en tête.

Dès le lendemain, Bébel se retrouve chez le réalisateur, qui lui propose bien sûr le premier rôle de son prochain film, Lulu, dont le tournage est prévu à Cuba... Un film qui sortira en 2000 sous le titre Amazone et auquel participera aussi Arielle Dombasle.

Hélas, très vite, la maladie s'est abattue sur chacun des deux hommes. Bébel a dû surmonter un tragique accident cérébral tandis que le cancer commençait à ronger Philippe petit à petit.

Ce cancer dû aux innombrables cigarettes qu'il fumait à longueur de journées et dont il savait qu'un jour ou l'autre elles le conduiraient à la mort. C'est le vendredi 26 novembre que la Grande dame en noir est venue le chercher.

Laissant sa famille, sa femme, ses deux filles, et Jean Paul Belmondo, son ami de toujours, mais aussi des milliers d'admirateurs, seuls et désespérés.

Gérard Chagnon

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