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Jean-Paul Belmondo : Il n'a pas pu dire adieu à Stella !

Publié le 17 septembre 2021

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Jean-Paul Belmondo était très fatigué depuis quelque temps, il s'est éteint tranquillement, entouré de tous les siens. Hélas, Stella, sa fille chérie, son astre adoré, est arrivée trop tard…

Notre As des as se sera battu jusqu'au bout, livrant face à la mort un valeureux combat avant de rendre finalement les armes, le 6 septembre, chez lui à Paris à l'âge de 88 ans. « Il était très fatigué depuis quelque temps. Il s'est éteint tranquillement », a confié son avocat et ami, Me Michel Godest sur BFM. Oui, Jean-Paul est parti en paix, heureux d'avoir pu voir sa fille Stella devenir bachelière et fêter ses 18 ans le 13 août. Stella, l'astre de sa vie, la petite dernière, son enfant chérie. Stella qui, hélas, n'était pas là au moment où son père est parti. Retenue à l'étranger à cause de ses études, elle est arrivée trop tard. Mais père et fille s'étaient déjà fait leurs adieux en secret, quelques semaines auparavant…


« Vedette populaire », comme Belmondo lui-même aimait à se définir, il a eu droit à un hommage national ce jeudi aux Invalides.

Sa vie, menée jusque-là avec panache, avait basculé en 2001. Celui que l'on pensait invincible est victime d'un accident vasculaire cérébral alors qu'il séjourne en Corse chez son ami Guy Bedos. Très diminué, il entame ensuite une longue convalescence, car cet AVC d'une extrême gravité a causé des dommages considérables. Au prix d'un courage exceptionnel, notre Magnifique s'en sort, mais ses apparitions se font de plus en plus rares. Son dernier tour de piste au cinéma s'effectue en 2008 devant la caméra de Francis Huster dans Un homme et son chien.

En 2017, à l'occasion des César où il recevait un vibrant hommage, il était monté sur la scène canne à la main, impérial dans son smoking noir sous le regard ému de sa fille cadette Stella, née de son union avec Natty Tardivel, qui se trouvait au premier rang.

« Une enfance heureuse est le plus beau cadeau que le destin puisse réserver à un homme », écrivait Jean-Paul Belmondo dans son autobiographie, Mille vies valent mieux qu'une (Fayard). Il est vrai que de ce côté-là, le sort l'aura plutôt bien servi.

Quand le comédien en devenir pousse son premier cri, dans une clinique de Neuilly-sur-Seine, le 9 avril 1933, sa mère Madeleine est là pour le rassurer. Elle se voulait artiste mais a renoncé à sa vocation de peintre lorsque son regard a croisé celui de Paul Belmondo aux beaux-arts de Paris. Difficile de trouver un bambin plus heureux et épanoui que le petit Jean-Paul ! Son papa qui, par tradition familiale, lui a transmis son prénom, est l'un des plus illustres sculpteurs français. Il est aussi et surtout, pour son fils, un être « aimant, attentionné et doux ».

Dans l'atelier du père, dans le quartier Denfert-Rochereau, à Paris, règne une atmosphère studieuse. Revêtu d'une blouse blanche chaque matin, respectant des horaires stricts, l'artiste de génie est un bosseur, qui répète : « Le don est comme un diamant : si on ne le travaille pas, il ne sert à rien ». Le petit Jean-Paul est donc à bonne école. « Il faut s'accrocher, disait-il, travailler, travailler, travailler et je crois que j'ai retenu cela. Lui-même, jusqu'à la fin de sa vie, travaillait sans arrêt », se souvenait-il sur France Inter en 1985.

Paul, espérant les sensibiliser à l'art, emmène tous les dimanches ses enfants au Louvre. Sa maman, si elle continue à peindre en amateur, leur consacre le plus clair de son temps. À son petit Jean-Paul, bien sûr, le chouchou de la famille, mais aussi à son frère aîné, Alain, qui deviendra attaché de production de ses films et à sa sœur, Muriel, futur petit rat de l'Opéra.

Il a découvert avec sa mère dans les salles obscures de Denfert-Rochereau, Volpone avec Louis Jouvet, Les Visiteurs du soir avec Jules Berry, La Femme du boulanger avec Raimu. Il est aussi un habitué de la Comédie-Française. Une révélation pour ce pitre qui, à la façon d'un Scapin, amuse tout le monde à la maison.

À l'École alsacienne, dans le quartier de Montparnasse, cet élève indiscipliné devient l'idole de ses camarades de classe tout en rendant chèvre ses professeurs. Passionné de boxe, il n'est jamais le dernier à participer à des bagarres. Un engouement à risques qui lui vaudra de se faire casser le nez. Renvoyé par le directeur de cet établissement très chic, il débarque à l'école Pascal, à Auteuil, où il ne brille pas pour ses talents en mathématiques mais pour son don pour le football ! Mais après une infection pulmonaire qui l'envoie dans le Cantal où il a le temps de faire le point, il annonce à son père qu'il veut arrêter ses études pour être comédien.

Avec l'aval paternel, il déboule au cours Raymond Girard. Là encore, il fait le zouave, et quand il déclame les vers de Phèdre, la tragédie de Racine, il provoque l'hilarité générale. Après avoir été recalé deux fois, il intègre finalement le Conservatoire d'art dramatique en 1952. Il s'y lie d'amitié avec Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle et Bruno Cremer mais aussi Claude Rich, Pierre Vernier et Michel Beaune. La bande à Bébel, emmenée par le facétieux Jean-Paul, malmène avec délice la vénérable institution… Jamais une promo n'aura été aussi prometteuse !

L'aspirant comédien arpente les planches dans Médée (1953), Le Malade imaginaire (1954), Fantasio (1955), Oscar (1958). Il décroche ensuite un petit rôle au cinéma dans Sois belle et tais-toi de Marc Allégret. Quelques mois plus tard, mobilisé, il part en Algérie. À son retour, il obtient son premier rôle important dans À double tour, de Claude Chabrol. Séduit par son côté désinvolte lors du tournage d'un de ses courts métrages, Jean-Luc Godard tient sa promesse en lui confiant le principal rôle d'À bout de souffle en 1960, énorme succès en salles de cette année-là. Il le retrouve l'année suivante pour Une femme est une femme et, en 1965, Pierrot le Fou.

Quand, en 1961, Henri Verneuil lui propose de jouer aux côtés de Jean Gabin dans Un singe en hiver, l'adaptation du roman éponyme d'Antoine Blondin, Belmondo est aux anges. Méfiant, le monstre sacré de La Bête humaine lui réserve pourtant un accueil glacial. Héros de la Nouvelle Vague ou pas, ce Belmondo, il n'en a jamais entendu parler. Sur le tournage, Gabin reste impénétrable, jusqu'au jour où les deux acteurs se découvrent une passion commune pour le vélo et, surtout, pour la boxe. Le Dabe va finir par discerner dans ce jeunot si doué son digne successeur.

Pour le réalisateur Jean-Pierre Melville, Bébel endosse la soutane dans Léon Morin, prêtre en 1961. Un superbe rôle de composition. Melville le fait tourner ensuite dans Le Doulos (1962) et L'Aîné des Ferchaux (1963). En 1964, L'Homme de Rio de Philippe de Broca réalise un gros succès au boxoffice avec 5 millions d'entrées.

En 1974, tout juste sorti du tournage du Magnifique, de Philippe de Broca, il enchaîne avec celui de Stavisky, d'Alain Resnais, qu'il finance sur ses fonds propres. Mais l'accueil médiocre qu'il reçoit amorce un tournant dans sa carrière. Vers un genre où il va exceller : les films d'action, où son rival de toujours, Alain Delon, brille lui aussi.

Ces deux fortes têtes, grands séducteurs devant l'éternel, ont même été réunis en 1970 dans Borsalino, chronique de gangsters marseillais filmée par Jacques Deray. Par la suite, les deux icônes se défient par fictions interposées dans des histoires de flics et de truands rivalisant de virilité. À Peur sur la ville s'oppose Flic Story, à L'Animal répond La Mort d'un pourri, au Marginal s'affronte Le Battant, et Le Professionnel à Trois hommes à abattre.

Dans Peur sur la ville d'Henri Verneuil, sorti en salles en 1975, Jean-Paul interprète pour la première fois le rôle d'un flic. Suspendu à un hélicoptère, sautant sur les toits d'un métro lancé à 70 km/h, l'acteur casse-cou exécute les cascades les plus folles. Un tournage à haut risque qui lui vaudra quelques blessures !

Dans Le Guignolo, en 1980, avec Georges Lautner aux manettes et Michel Audiard aux dialogues, Bébel culmine dans sa veine comique. En roue libre, il s'amuse et amuse dans des saynètes à base de bons mots, de cascades, de biceps saillants, de sourires en coin et de poursuites en voitures.

Puis il enchaîne avec L'As des as, Le Marginal ou encore Les Morfalous qui cartonnent au box-office. Mais le cador du cinéma d'action, coaché par le cascadeur Rémy Julienne, commence à fatiguer. En 1987, il défouraille une fois de trop dans Le Solitaire, de l'inaltérable Jacques Deray. Le film obtient un bide. Belmondo comprend, à presque 55 ans, qu'il est temps d'arrêter d'incarner le justicier de service.

Au même âge, il fait son grand retour sur les planches dans Kean. Il retrouve ensuite Robert Hossein pour interpréter Cyrano de Bergerac en 1989. Il achète même le théâtre des Variétés à Paris, après avoir revendu sa société de production, où il jouera La Puce à l'oreille de Feydeau pendant deux ans, de 1996 à 1997.

Parallèlement, il accepte avec parcimonie des rôles au cinéma (L'Inconnu dans la maison, Les Misérables, Une chance sur deux). En février 1989, il se paie le luxe de snober le César du meilleur acteur décerné pour Itinéraire d'un enfant gâté de Claude Lelouch…

Loin des plateaux de cinéma, il n'en oublie pas pour autant ses copains auxquels il restera toujours fidèle. En témoigne son amitié avec Charles Gérard, disparu en septembre 2019, à 96 ans. Pendant plus de sept décennies, ce boxeur devenu comédien sera l'ombre de Bébel, comme l'acteur Mario David. Sans oublier tous ses potes de la joyeuse bande du Conservatoire qu'il a fini par rejoindre tout là-haut. Vous allez terriblement nous manquer cher Jean-Paul…

Valérie EDMOND

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