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Jean-Paul Belmondo : Passé à tabac 
par des policiers

Publié le 24 octobre 2017

Le seul tort de Jean-Paul Belmondo ? 
Avoir voulu sauver 
un homme  blessé.

Gouailleur, parfois grande gueule, ce monstre sacré du cinéma français Jean-Paul Belmondo ne s’est jamais pris pour un dieu du septième art, et encore moins au sérieux. À 84 ans, cet ancien élève du Conservatoire d’art dramatique de Paris a certes flirté avec le cinéma d’auteur, notamment à ses débuts dans le film culte de Jean-Luc Godard, À bout de souffle.

Mais s’il reste l’un des acteurs préférés des Français, c’est surtout pour ses rôles de casse-cou dans des polars taillés sur mesure pour son physique d’ancien boxeur toujours prêt à effectuer ses propres cascades. Et s’il a été très diminué à la suite d’un AVC, Belmondo, véritable force de la nature, a su se relever. Comme toujours.

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Enfin presque, car lors de la diffusion du documentaire Belmondo, le magnifique qui lui était consacré sur Arte le 3 septembre dernier, le comédien a fait une étonnante confession : il a été passé à tabac par des policiers ! Une sacrée mésaventure pour celui qui joua tour à tour les flics et les voyous.

Que ceux qui pourraient craindre pour la vie de leur idole se rassurent tout de suite. Ce n’est pas le Bébel d’aujourd’hui, celui qui affronte la maladie et l’âge plutôt que des brutes mal intentionnées, auquel se sont attaqués les agents de la maréchaussée. Non, cet épisode remonte au siècle dernier, au tout début des années 70, quand l’acteur trentenaire est déjà au faîte de sa gloire après le succès du film Le cerveau, réalisé par Gérard Oury.

->Voir aussi - Jean-Paul Belmondo : Son hommage à son maître ès cascades !

Jean-Paul a encore sa silhouette d’athlète aux épaules robustes, forgée sur les rings et dans les salles dédiées au noble art. Et, face à la caméra, il évoque avec un calme olympien cette histoire qui aurait pu le dégoûter à jamais de jouer les bons samaritains.

Knock-out

L’action se passe à Paris. Sur la chaussée trempée par la pluie, Jean-Paul aperçoit un homme qui ne semble vraiment pas au mieux de sa forme. Au lieu de passer son chemin, comme le font trop souvent les badauds en cas d’accident, il décide de porter secours à l’inconnu, dont le sang s’écoule par les oreilles et le nez. Un temps qui paraît interminable s’écoule avant que ne se fassent entendre les sirènes de police.

« Quand les flics l’ont embarqué, se souvient Jean-Paul, je sentais que cet homme allait mourir et je leur ai dit : “Emmenez-le !” Là-dessus le conducteur du fourgon me dit : “Ta gueule !” Je lui répond : “La tienne !” Comme il n’avait pas été correct envers moi, je ne voyais pas pourquoi j’aurais dû me montrer poli envers lui. »

Mais le comédien n’est pas au bout de ses mauvaises surprises. Au lieu de conduire le blessé jusqu’à l’hôpital le plus proche, les policiers se mettent à mesurer la distance entre la victime et sa moto, à moitié fracassée sur la route, comme pour établir les circonstances exactes de l’accident. Un ordre des priorités qui excède Bébel, conscient que pour le malheureux le temps perdu ne se rattrapera peut-être plus : « Mais, bon Dieu, emmenez-le ! », hurle-t-il.

Le chauffeur de la camionnette, très remonté contre cet empêcheur de tourner en rond, lui rétorque : « Qu’est-ce qu’il y a ? Tu veux prendre le volant ? » Ce à quoi l’acteur, à bout de nerfs, réplique : « J’irai deux fois plus vite que toi ! » Il n’aura pas le temps d’en dire davantage. Car pendant qu’il se chambre avec son nouveau meilleur ennemi, un agent s’est glissé derrière lui et va mettre un point final et brutal à cette querelle :

« Il m’a mis un coup d’une rare violence, explique le comédien au punch légendaire. Un “courageux” qui était derrière moi, parce que s’il avait essayé de me cogner par-devant, j’aurais été ravi de lui en mettre une bonne. J’ai fait beaucoup de sport, mais jamais je n’ai été mis knock-out comme cela m’est arrivé cette nuit-là. »

Inutile de préciser que Jean-Paul ne garde aucun souvenir des minutes qui ont suivi. Sa tempe a heurté le macadam et, parti au pays du sommeil et des migraines tenaces, il ne se réveillera que bien plus tard, après le départ de ses agresseurs. L’épilogue de cette nuit de cauchemar sera connu un peu plus tard, après un passage devant les tribunaux. L’acteur, qui réaffirmera devant le juge n’avoir fait que répliquer aux insultes proférées par les agents, mais contredit par le commissaire présent sur les lieux, sera condamné à payer 1.000 francs d’amende.

Bonne volonté

Quant au policier qui l’avait tabassé, il écopa d’une peine d’un mois de prison. La morale de cette histoire, Jean-Paul la livre sans fard devant l’objectif de la caméra : « Voilà ce qui arrive quand on veut porter secours aux gens. On m’a dit que cette affaire ne me regardait pas. Je m’excuse, mais j’estime qu’elle me regardait un peu. »

Celui qui, malgré ses succès et la reconnaissance du public, gardait une réputation de rebelle, bien qu’intégré dans le star-system, venait de vérifier une vieille antienne, un standard de la sagesse populaire : parfois, la réalité dépasse la fiction. Et, dans le cas présent, elle génère l’affliction du lecteur en voyant le sort que le pouvoir peut réserver aux hommes de bonne volonté. Même quand ils s’appellent Jean-Paul Belmondo

Claude Leblanc

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