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Jean-Pierre Coffe : “Ici, c’était son paradis !”

Publié le 5 mars 2018

Un an et demi après la disparition du critique gastronomique Jean-Pierre Coffe, Christophe Dolbeau, son compagnon nous ouvre les portes de son jardin secret…

On le connaissait surtout pour ses mémorables coups de gueule et son goût pour la bonne bouffe, mais beaucoup moins pour sa main verte.

Et pourtant… L’homme qui a partagé sa vie pendant plus de dix ans, Christophe Dolbeau, en collaboration avec Catherine Delvaux, nous fait aujourd’hui découvrir dans un magnifique ouvrage intitulé Le jardin secret de Jean-Pierre Coffe, aux éditions Larousse, son amour infini pour la nature, les fleurs, les plantes et surtout les arbres !

Un très beau recueil de photos prises au fil des saisons, étayées par des témoignages d’amis de toujours, connus ou inconnus. Que ce soit Alain Baraton, jardinier en chef du château de Versailles, qui signe la préface, Catherine Ceylac, Philippe Geluck, Laurent Ruquier et bien d’autres, chacun y va d’un souvenir savoureux avec l’homme aux éternelles lunettes rondes.

Discret

La Duchaylatière est un paradis discret niché à Lanneray, près de Châteaudun, entre Beauce et Perche, que nous avons eu la joie de visiter pour vous. Désormais unique maître des lieux, Christophe nous a accueillis autour d’une bonne terrine et du traditionnel verre de blanc.

Il s’est confié sur ce merveilleux héritage qu’il a, en mémoire de Jean-Pierre, choisi de continuer à faire vivre : «Son jardin, c’était son repaire et celui des amis. Son trésor !»


Il y a un an et demi, lorsque Jean-Pierre est parti, Christophe avoue s’être laissé aller durant une quinzaine de jours, avant de se réveiller un matin en se disant qu’il n’avait pas le droit. «Le coup dur a été le côté extrêmement brutal de son départ. Quand les gens partent des suites d’une longue maladie, on peut s’y préparer un peu. Ce qui, malgré tout ce qui a pu être dit, n’a pas été le cas de Jean-Pierre, puisqu’il a été victime d’une crise cardiaque. C’était le jour de Pâques, on venait de passer une belle journée à la maison avec son fils et ses petits-enfants. En fin d’après-midi, il est monté se reposer dans sa chambre, comme il le faisait souvent. Quand soudain il m’a appelé, il ne se sentait pas bien. Et j’ai compris que c’était grave lorsqu’il m’a demandé d’appeler les secours, qui n’ont malheureusement pas eu le temps d’arriver. Il s’est éteint dans mes bras. J’aime dire qu’il est parti comme un voleur, mais aussi comme il le voulait… Sans souffrir ni se voir diminué. Il ne supportait pas cette idée. L’hommage de Philippe Geluck m’avait beaucoup plu : “78 ans, c’est jeune. Mais, quand on a mangé huit douzaines de troupeaux de porcs, fait vivre toute sa vie le Beaujolais et l’Anjou, et fumé la moitié de La Havane… C’est quand même pas mal !”»

Fier Jean-Pierre n’était plus là, mais il fallait aller de l’avant. «Lui-même ne regardait d’ailleurs jamais en arrière. Il fait partie de ma vie, de mon histoire, et je n’oublierai jamais ce qu’on a vécu ensemble, mais c’est justement pour ça qu’il me faut désormais avancer. Car cet endroit est le plus bel héritage qu’il pouvait me laisser et il est de mon devoir de l’honorer »

Jean-Pierre et Christophe s’étaient rencontrés il y a une dizaine d’années, lors d’un salon où le regretté critique gastronomique signait l’un de ses nombreux ouvrages. «Il logeait dans la maison d’hôte où je travaillais à l’époque, et moi qui ne regardais pas souvent la télé, je le connaissais surtout en homme de jardin. Jean-Pierre aimait les fleurs et les plantes, bien sûr, mais avant tout les arbres, qu’il considérait comme ses fils. Il appelait ses vieux chênes centenaires “ces messieurs” et aimait en planter pour les regarder grandir. Il entretenait avec eux un vrai rapport parent-enfants, était heureux de les voir s’élever, mais aussi soucieux d’harmoniser l’espace, d’en déplacer certains si c’était nécessaire, et était très triste quand ils mouraient… Vous avez devant vous trente-quatre ans de boulot, et quand on regarde les photos du début, il fallait vraiment y croire. Jean Carmet lui avait d’ailleurs dit : “Oh là, ne te lance pas là-dedans, ça va être un gouffre !”»

Mais porté par sa passion de la nature héritée de son grand-père maraîcher, Jean-Pierre n’a écouté que son cœur et s’est lancé à corps perdu dans cette aventure titanesque. «Il n’avait pas un rôle à la télé et un autre à la maison, il était le même. Un personnage à l’image du jardin, généreux, avec de belles qualités, et en même temps un peu tortueux. Jean-Claude Carrière résume très bien son caractère : “Jean-Pierre Coffe lui-même était un grand, beau et aimable jardin.”»

Très pris par l’entretien de son écrin de verdure, Christophe consacre le peu de temps qu’il lui reste au gîte et à son activité d’antiquaire. «En donnant évidemment priorité au jardin, car lui est vivant. Tous les jours, il frappe au carreau pour dire : “Hello, je suis là, ne m’oublie pas ! Regarde, j’ai encore perdu 200 feuilles…”»

Quant au livre, Christophe espère que, de là où il est, Jean-Pierre en est fier.
«S’il nous voit, il doit bien rigoler !»

Le jardin secret de Jean-Pierre Coffe, de C. Dolbeau et C. Delvaux. Si vous êtes intéressé par les dates des prochaines visites du jardin, le gîte ou les antiquités, rendez-vous sur le site laduchaylatiere.com

Caroline BERGER

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