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Jean-Pierre Coffe : Le scénario de sa mort révélé !

Publié le 15 mai 2016

Christophe, le compagnon de Jean-Pierre Coffe depuis 7 ans, dit tout sur ses  derniers instants.

«Il est mort comme il le désirait : d’une crise cardiaque… » Ces paroles douloureuses, c’est Christophe, son compagnon depuis sept ans, qui les a prononcées, au lendemain de la mort de Jean-Pierre Coffe survenue brusquement dans la nuit du 28 au 29 mars derniers. « Sa hantise, c’était de finir grabataire, dit encore Christophe. Il est parti comme il le voulait. Mais… pour moi, c’est trop tôt. »

Bien sûr, même à 78 ans, la mort vient toujours trop tôt aux yeux de ceux qui restent. Néanmoins, c’est une chose précieuse que de conclure sa vie exactement comme on le souhaitait. Pour le célèbre gastronome français dont l’existence fut bien remplie et mouvementée, ce fut doublement vrai.

Car, toute la journée qui a précédé l’instant fatal, Jean-Pierre a pu savourer pleinement son bonheur en constatant qu’il avait enfin réussi à vaincre la malédiction qui pesait sur lui, quasiment depuis sa naissance, en 1938.

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Cette ultime journée, Jean-Pierre Coffe l’a passée chez lui, dans sa propriété de Lanneray, en Eure-et-Loir. C’était le lundi de Pâques. L’animateur, tonitruant pourfendeur de la malbouffe, s’était une nouvelle fois exprimé dans l’art pour lequel il était si doué : en préparant un repas pour les gens qu’il aimait.

Ces gens, outre Christophe, c’était surtout son fils adoptif, sa belle-fille et ses petits-enfants, avec qui il s’était lancé dans la traditionnelle chasse aux œufs, dans le parc. « On avait passé une journée formidable, il était très heureux », confie Christophe d’une voix éplorée.

Heureux, il pouvait l’être en effet, puisqu’il avait autour de lui cette famille aimante qu’il avait longtemps cherché à construire tout au long de son existence. Elle s’était cruellement refusée à lui, provoquant les seuls véritables drames endurés par cet amoureux de la vie.

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Terrifiant !

La première déchirure survient en 1940 : son père, mobilisé, est tué sur le front. Jean-Pierre a 2 ans. C’est de cette enfance orpheline que naîtra, plus tard, son besoin irrépressible d’une vraie famille. Orphelin, il l’est en quelque sorte doublement, car sa mère, obligée de subvenir aux besoins du foyer, travaille d’arrache-pied dans le salon de coiffure familial de Lunéville où Jean-Pierre est né.

On est en pleine occupation et Gilberte Coffe prône la réconciliation franco-allemande. Elle la prône même trop ouvertement puisque, à la Libération, elle est tondue publiquement. On imagine le choc affreux pour son fils, âgé de 7 ans seulement…

Hélas, la suite de cette enfance ne sera guère plus réjouissante. Elle se déroule désormais à Paris où Gilberte, dite Betty, tombe amoureuse d’un comte, marié. Pour pouvoir vivre pleinement cette liaison difficile, elle met son fils en pension.

Et voilà ce dernier, déjà orphelin de père, privé brutalement de la tendresse d’une mère, avec qui il n’aura jamais de rapports épanouissants, ainsi qu’il le dira lui-même dans son autobiographie, Une vie de Coffe, parue aux éditions Stock en 2015 :  « En fait, on n’a jamais eu d’intimité. Quand elle venait me voir en pension, elle m’emmenait au théâtre pour éviter la conversation. On n’avait rien à se dire ! »

Alors, cette famille qui lui a tant manqué, Jean-Pierre décide qu’il va la bâtir lui-même. Passionné de théâtre, il vient tout juste de s’inscrire au cours Simon lorsqu’il rencontre celle qu’il pense être la femme de sa vie. Elle se prénomme Ghislaine et a déjà une petite fille, à laquelle il ouvre aussitôt ses bras et son cœur. Le voilà père !

Et son bonheur atteint son apogée quand celle qu’il a épousée lui annonce qu’elle est enceinte de lui. Cette fois, il en est sûr, la blessure de son enfance va pouvoir se refermer…

La suite est terrifiante. Elle survient alors que Ghislaine en est à son septième mois de grossesse. Un jour, dans la salle de bains, il tombe sur une scène de cauchemar. Dans son livre, il décrit sa femme « assise sur le bidet débordant de sang, mon fils entre ses jambes. Mon fils, sans vie. […] J’ai nettoyé et j’ai découvert un petit tuyau en plastique rougi […], de ceux que les faiseuses d’ange utilisaient encore à l’époque. »

Ce fils perdu dans des circonstances atroces va hanter le reste de sa vie. Et comme s’il ne souffrait pas assez, il aura en plus le chagrin, des années plus tard, de voir mourir à 37 ans la fille de son ex-femme, qu’il considérait comme la sienne…

Dès lors, on comprend mieux ce qu’a pu renfermer d’infiniment précieux la dernière journée de la vie de Jean-Pierre Coffe, entouré de cette famille qu’il avait enfin réussi à se construire.

Christophe aussi aimait ces retrouvailles, parce qu’il voyait qu’elles rendaient profondément heureux l’homme dont il avait choisi de partager l’existence. Christophe qui témoigne de cette fin de journée qui fut aussi sa fin de vie : « Après leur départ, a-t-il raconté dans Paris Match, Jean-Pierre est monté se reposer dans sa chambre. Je suis resté en bas, à regarder la télé. Vers 23 h, il m’appelle. Il ne se sent pas bien. Il me dit lui-même vouloir aller aux urgences. Inquiet, j’appelle les pompiers. »

Ceux-ci ne mettent même pas un quart d’heure pour arriver à la propriété. Hélas, c’est trop : dans ce bref intervalle, Jean-Pierre s’est effondré et son cœur si généreux a cessé de battre. Les secouristes ne pourront rien faire pour ranimer l’homme qui gît sur son lit. « Il est mort dans mes bras… », conclut tristement Christophe. Amoureux de la vie et heureux jusqu’à l’ultime instant, Jean-Pierre Coffe était parti rejoindre ses fantômes.

Il y a un an, à l’occasion de la sortie de son livre, il disait ceci, à propos de sa maison de Lanneray, où Jean-Pierre Coffe vivait depuis 40 ans : « J’y mourrai. […] Puis, mes cendres seront dispersées dans le jardin. Ensuite, les amis viendront vider la cave. » On espère que les amis en question le feront : ce serait le plus bel hommage que l’on puisse rendre à un homme comme celui-là.

Didier Balbec

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