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Jean-Pierre François : De la gloire à l’oubli !

Publié le 6 septembre 2019

La carrière éphémère de cet ancien footballeur de l’AS Saint-Étienne n’a pas survécu à son tube… À 54 ans, Jean-Pierre François, le natif de Pont-à-Mousson vit désormais retiré dans le sud de la France.

Souvenez-vous… Cet été 1989, un beau gosse bien charpenté, à la gueule d’ange surmontée d’un opulente crinière blonde ultra-brushée, chante, ou plutôt hurle avec entrain et une émouvante sincérité Je te survivrai… À peine sortie dans les bacs, en quelques jours, cette chanson mémorable dont les paroles ont été écrites, d’après la légende, vite fait sur un coin de table par Didier Barbelivien, déboule à la deuxième place du Top 50, juste derrière la Lambada !

Difficile d’oublier ce tube, doublé d’un clip spécial « plage de rêve et courses à cheval en amoureux » si caricatural que même les Inconnus n’avaient en ce temps-là pas songé à le parodier, alors que les groupes new wave tels Partenaire Particulier et Indochine faisaient les frais des moqueries de ces humoristes à la plume acérée…

Rien ne prédestinait pourtant Jean-Pierre François – son vrai nom ! –, petit gars de Pont-à-Mousson, en Lorraine, à briller cet été-là au firmament des stars des hit-parades. Lui, dont l’enfance et l’adolescence très modestes ont été plus proches des romans d’Émile Zola que de ceux de Marc Levy, rêvait en réalité de devenir footballeur professionnel. À la sortie de son unique album, Des nuits, en 1990, France Dimanche l’avait d’ailleurs rencontré, et, dans la maison de ses parents, le bel adonis avait eu ce cri du cœur : « Que c’est bon la gloire quand, à 16 ans, on trimait déjà à l’usine. » Puis le chanteur, ému, nous avait confié : « Nous étions sept à la maison, quatre garçons et trois filles. Mon père n’avait que sa paie d’ouvrier chaudronnier pour nourrir toute sa famille. C’était dur. Il travaillait douze heures par jour pour nous donner un peu plus à manger. »

Ce papa courageux va insuffler à Jean-Pierre le désir d’échapper à la dureté de l’usine. À l’époque, ce n’est bien sûr pas la chanson qui lui offre un espoir de sortir de cet engrenage, mais… le ballon rond !

Le jeune homme s’avère très vite le meilleur sur le terrain et fait la fierté de son père : « Ma seule détente, nous avait alors expliqué ce dernier, c’était d’accompagner mon fils à l’entraînement et à l’extérieur pour les matches. » C’est au CS Blénod, limitrophe de Pont-à-Mousson, que la recrue fait ses classes. Titi Dorget, l’entraîneur de l’époque, raconte cette anecdote savoureuse : « On l’appelait tous Coco, c’était son surnom. Il a vite rejoint le groupe des seniors grâce à ses qualités de buteur et sa personnalité très mature. Il avait 16 ou 17 ans. Un jour, à l’entraînement, alors qu’il était en train de faire le fou, je lui ai dit : “Tiens, Coco, tu n’as qu’à tirer un penalty de la tête’’. Eh bien, il l’a fait ! Il s’est relevé avec le menton tout éraflé, on a bien rigolé. »

À 16 ans, Jean-Pierre obtient un CAP de mécanicien d’entretien et c’est alors que tout s’écroule, car l’adolescent au caractère bien trempé finit par se rebeller contre l’autorité. Du jour au lendemain, l’as du ballon rond se voit intimer l’ordre de quitter le terrain et se retrouve à passer ses journées, balai à la main, à nettoyer l’atelier. Une brimade censée « lui faire le caractère ». Pensant le motiver, son chef lui assène : « Ici, c’est huit heures de balai par jour et il faut qu’il chauffe. » François junior le prend au mot, il ouvre une chaudière, enflamme l’objet et le jette sur son supérieur ! Un geste de colère déterminant pour le garçon : « Je savais que l’usine et le foot, c’était fini, nous avait-il encore expliqué. Je m’étais révolté contre l’ordre établi. Désormais à Pont-à-Mousson, j’étais interdit de séjour. »

Jean-Pierre quitte alors sa ville natale, et intègre le Dijon FC puis le FC Bâle, en Suisse. C’est le début d’une belle carrière, couronnée par l’accession de l’équipe helvète en première division. Il rejoint ensuite, à 22 ans, l’AS Saint-Étienne. Mais là encore, rien ne se passe comme prévu, et l’entente n’est pas au beau fixe avec Robert Herbin, l’entraîneur des Verts à l’époque. Résultat : l’avant-centre rompt son contrat, dont il reste encore trois ans à faire, et abandonne le foot !

Mais alors, et la chanson dans tout ça ? Nous y venons, justement… C’est finalement à la faveur d’un chagrin d’amour – à quelque chose malheur est bon ! – que l’impulsif athlète au regard d’ange se lancera dans cette aventure au succès fulgurant !

Pour oublier sa peine d’avoir été quitté par celle à qui il a proposé le mariage, le beau blond s’enfuit vers la Côte d’Azur, où il écume les bars et les boîtes de nuit. Des vacances forcées au cours desquelles il rencontre Didier Barbelivien. Passionné de football, le complice de Félix Gray propose au sportif en rupture de ban de lui écrire un titre qui relaterait sa récente séparation : « Didier m’a demandé si je voulais chanter, a raconté Jean-Pierre François. J’ai accepté de faire des essais de voix, à tout hasard, mais je ne pensais pas une seconde que cela se terminerait au Top 50 ! » Ainsi est né ce triomphe inattendu de l’année 1989…

Cet incroyable succès, disque d’or avec 521 000 exemplaires vendus, l’enfant de Meurthe-et-Moselle a eu bien du mal à y survivre. En 1990, son album, Des nuits, ne recueille pas le succès escompté. Après avoir été la star absolue sur toutes les scènes de France, et s’être payé cette année-là un retour en fanfare au volant d’une Mercedes rose au stade des Fonderies, pour une fête organisée par son ancien club de Blénod, ce désaveu des fans lui est insupportable.

Peu à peu, c’est l’inévitable descente aux enfers : « Moi, le sportif qui ne buvais que de l’eau, j’ai tout essayé, sauf l’héroïne », nous avouait-il alors. Tout comme il avait mis fin à sa carrière de footballeur, sa passion de jeunesse, Jean-Pierre François, étoile filante de la chanson française, fermera à double tour sa porte au showbiz.

Et pour panser ses plaies, c’est une fois encore vers le sud de la France que ce grand blessé du star-system va se diriger. Sous le soleil de la côte, il ouvre une discothèque à Saint-Cyprien et un restaurant à Cavalaire. Mais l’ancienne idole ne tarde pas à revendre ces établissements pour renouer avec le ballon rond.

Installé depuis de longues années à Saint-Tropez, Jean-Pierre François est devenu, en 2002, président d’honneur du club de Ramatuelle, et s’est attelé, en 2008, à un projet de centre de formation de football féminin. Il n’a jamais accepté de rechanter sur scène, sauf une fois, en 2004, et uniquement pour faire plaisir à Sandy, sa fille.

Alors candidate de la Star Ac’, la belle brune de 17 ans avait interprété avec lui Sang pour sang, l’emblématique chanson écrite pour Johnny Hallyday par son fils, sur le plateau de l’émission… Un très joli moment, qui nous ferait presque regretter sa décision de ne plus donner de la voix ailleurs que dans sa salle de bains !

Clara MARGAUX

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