France Dimanche > Actualités > Jean-Pierre Mocky : « Tous mes acteurs sont morts ! »

Actualités

Jean-Pierre Mocky : « Tous mes acteurs sont morts ! »

Publié le 7 février 2019

INTERVIEW EXCLUSIVE. Ce lundi 4 février, Jean-Pierre Mocky présentait le livre « Une vie de cinéma » durant le rendez-vous mensuel littéraire « Le Lundi des écrivains » au café « Les Deux Magots » à Paris. Rencontre.

Contestataire, originale, indépendante. Nombreux sont les qualificatifs attribués à l’œuvre de Jean-Pierre Mocky.

Au travers de plus de 80 films, l’homme de 85 ans aura abordé de nombreux sujets variés comme la religion, la pédophilie ou encore les violences dans le sport. Sa motivation ? Faire ce qui n’a jamais été fait.

Alors qu’il a fêté ses 56 ans de carrière dans la réalisation, deux étudiants passionnés par son travail, Laurent Benyayer et Philippe Sichler, ont travaillé en étroite collaboration avec le réalisateur pour retracer l’intégralité de sa carrière dans le livre « Une vie de cinéma », sorti en octobre 2018. Bonnes et mauvaises critiques : rien ne lui est épargné.

Ce 4 février, le Lundi des Écrivains, un rendez-vous littéraire qui a lieu chaque premier lundi du mois dans le café mythique des Deux Magots (Paris), mettait à l’honneur cet ouvrage de plus de 600 pages. France Dimanche est parti à la rencontre de son protagoniste.

France Dimanche : Est-ce un nouvel accomplissement pour vous de voir cinq décennies de votre carrière imprimées sur du papier glacé ?

Jean-Pierre Mocky : Aux Etats-Unis, ce type de livre est très fréquent. Tous les acteurs et les metteurs en scène ont le leur. J’étais en admiration devant cela. Sa particularité, c’est que j’ai demandé aux deux auteurs, Philippe Sichler et Laurent Benyayer, d’y faire figurer les bonnes, mais aussi les mauvaises critiques. Au-delà de mon œuvre d’ailleurs, c’est la vie du cinéma que ce livre raconte. Au travers du cheminement de ma carrière, qui a commencé en 1963 et qui se termine bientôt – j’espère pas trop tôt (rire), j’ai rencontré beaucoup de personnalités. J’ai assisté aux débuts de Charles Aznavour ou de Bourvil. Puis à ceux de vedettes plus jeunes comme Gaspard Ulliel ou Jean-Paul Rouve. Ce livre, c’est devenu presque une encyclopédie. Il y a 800 photos – dont plusieurs inédites. D’ailleurs, les femmes n’aiment pas trop ce livre car il est très lourd. Il pèse 4 kg (rires).

FD : Vous avez confié que vous étiez étonné parfois de la diversité des idées que vous avez eues au cours de votre carrière.

JPM : Oui, on se demande comment j’ai pu faire tout ça. La vie, c’est quelque chose de bizarre. C’est le hasard, le destin, des rencontres… J’ai connu beaucoup de personnes qui m’ont beaucoup aidé. Des femmes célèbres que tout le monde connaît comme Claudia Cardinale, puis Brigitte Bardot.

FD : Pourquoi avoir abordé principalement des questions sociétales dans vos films ?

JPM : Quand j’ai commencé ma carrière, je me suis dit : « Qu’est-ce que je peux faire ? ». Le cinéma, c’est quelque chose qui existe depuis 1900. Or, il n’y a que 36 situations dramatiques [d’après l’ouvrage de Georges Polti, ndlr.]. Tous les films avaient déjà été faits ! Alors, j’ai décidé de faire des choses que les autres ne faisaient pas ! J’ai fait un film sur Lourdes [Le Miraculé -1987]. Personne n’avait fait ça. J’ai fait un film sur les pilleurs de tombes [Un drôle de Paroissien – 1963]. J’ai pu comme ça réaliser des films extrêmement variés. Il y a encore de grands sujets que je n’ai pas abordés, mais en tout j’ai quand même fait 80 films ! Aujourd’hui, les cinéastes travaillent pour deux raisons : avoir de l’argent et avoir des femmes. Ils ne s’intéressent plus tellement aux problèmes sociétaux…


FD : Regrettez-vous que la jeune génération n’ait pas vu vos films ?

JPM : Mon public, ce sont surtout des séniors – c’est-à-dire des gens de plus de 50 ans. Ce que je constate actuellement, c’est qu’il  y a tout de même de plus en plus de jeunes qui s’y intéressent. J’ai commencé à faire des masters classes dans les écoles qui proposent des cours de cinéma. L’intérêt pour moi, c’est que les jeunes me découvrent. Certains d’entre eux cherchent aujourd’hui un cinéma différent que ce qu’on leur propose. L’autre jour, un jeune est venu me demander comment faire un film. Aujourd’hui, on peut en faire un avec relativement rien ! Que ce soit en Angleterre, en Italie ou encore en Amérique, on peut faire un film pour 15 000 euros. C’est beaucoup, mais pas insurmontable.

FD : Vous-même vous avez tourné de nombreux films avec très peu de budget

JPM : À cause des thématiques que j’abordais, personne ne me suivait. Quand j’ai voulu faire un « Un drôle de paroissien », ça a été très compliqué car les gens de la télévision me disaient que les catholiques n’iraient pas voir ce film qui parle de profanation. Finalement, ça a été un triomphe. Il a fait 50 millions d’entrées en 50 ans !

FD : Au cours d'une de nos interviews en 2016, vous nous aviez confié que vous viviez seul avec votre chien Titi…

JPM : Les animaux, c’était mon aventure avec Brigitte Bardot. Elle s’y est investie totalement. Je m’y suis investi partiellement. L’un comme l’autre, on a toujours eu des animaux. On a lutté ensemble pour la vie des phoques… Et là, ils viennent d’autoriser à nouveau la pêche à la baleine ! Alors j’essaye d’en parler dans mes films ou dans la presse afin de sensibiliser les gens à cette cause.

FD : Récemment, vous avez fait une sortie remarquée sur Nabilla dans « Touche pas à mon poste ».

JPM : C’est mon côté franc. Quand on m’a demandé « Qu’est-ce que vous pensez de cette fille ? », j’ai dit : « Elle est baisable ». Ça me paraît bête comme chou. Elle était furieuse. Alors que c’est un hommage ! Dire à une femme qu’elle est baisable, ce n’est pas une insulte. C’est le contraire.

FD : Quels sont vos projets actuels ou à venir ?

JPM : J’ai eu une chance extraordinaire ! Il y a de nombreuses années, j’ai rencontré Alfred Hitchcock avec François Truffaut. Lorsqu’il est mort en 1980, j’ai gardé contact avec sa fille Patricia. Et là, je viens de réaliser 66 films de trente minutes en reprenant la série d’Alfred. J’ai appelé cette série « Hitchcock by Mocky ». J’ai tourné avec 66 vedettes différentes. Là, je commence à ne plus avoir de vedettes. Là où je me retrouve un peu embêté, c’est que tous mes acteurs sont morts ! Gabin, Bourvil, Fernandel, de Funès… Je suis un peu dans un désert car je travaille avec des acteurs que je ne connais pas. Récemment, j’ai tourné avec le chanteur Cali et l’humoriste Anne Roumanoff ! Je n’imaginais pas tourner un jour avec elle. Comme il n’y a plus beaucoup d’acteurs, on se tourne vers les chanteurs et les humoristes. Je commence aussi à réaliser un nouveau film avec Depardieu, et peut-être Franck Dubosc.

Julia NEUVILLE

À découvrir