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Jean-Pierre Pernaut : Il lutte contre la mort !

Publié le 1 octobre 2014

Jean-Pierre Pernaut connaît la  terrible réalité  depuis des mois. Mais, refusant l’inéluctable, le directeur adjoint de l’information de TF1 a décidé de se battre jusqu’au bout.

Ce sont toujours deux moments terribles, auxquels personne n’est vraiment préparé. Le premier, c’est celui de la condamnation. À l’issue d’une consultation qui devait être banale, on vous annonce que la maladie mortelle est déjà là, et qu’elle a commencé son inexorable travail de destruction.

Cette épreuve Nathalie Marquay l’a affrontée avec vaillance et courage lors de l’annonce de sa leucémie.

« J’avais envie de me battre. J’y ai cru à fond. J’ai cru à ma bonne étoile, à mes grands-mères là-haut », disait-elle lors d’une interview pour l’association Ti’toine* dont elle est la marraine. Depuis l’ex-Miss France s’en est tirée. Mais son époux, Jean-Pierre Pernaut a découvert à ses côtés combien la volonté, l’énergie et la force d’âme pouvaient se dresser contre ce mal épouvantable. Et le vaincre.

Pourtant, depuis mai dernier, il doit encore affronter l’effroyable perspective d’une mort programmée. Mais s’il s’est battu pied à pied, chaque jour, il sait maintenant que c’était en vain, et que le « malade », à moins d’un miracle, ne verra probablement pas l’année 2015.

Le malade en question, c’est LCI, cette chaîne d’information continue créée par TF1 il y a tout juste vingt ans. Au mois de mai, le Conseil supérieur de l’audiovisuel refusait qu’elle passe à la TNT gratuite, ce qui lui aurait permis d’élargir son audience et, donc, d’assurer sa survie. Ce refus équivalait à une condamnation à mort. Le PDG du groupe TF1, Nonce Paolini, ne s’y est pas trompé, lui qui vient de déclarer que LCI n’émettrait probablement plus après le 31 décembre 2014.

Pour Jean-Pierre Pernaut, directeur adjoint de l’information sur TF1, c’est un crève-cœur. Cette chaîne « sœur » qu’il a vue naître et grandir est presque comme son propre enfant. Et il faudrait la voir agoniser puis mourir sans un murmure ? Ce n’est pas son genre ! Lorsque, au cœur de l’été, la disparition de LCI est devenue de plus en plus probable, il a immédiatement réagi, par deux tweets.

Dans le premier, il écrivait : « Tristesse, colère, écœurement… Cette décision condamnant LCI m’inspire le plus profond dégoût… et “à bulletins secrets” en plus. Beurk. » C’était le 29 juillet, en début d’après-midi. Moins de dix minutes plus tard, il en publiait un second, nettement plus incisif : « C’est scandaleux pour la liberté d’informer. Une administration tue 247 emplois. Consternant. On ne peut pas laisser faire ça !!! »

JP Pernaut en chemiseAussitôt, parce que la voix de Jean-Pierre porte, d’autres défenseurs de LCI sortaient à leur tour du silence. Le premier à le faire, toujours par le biais d’un tweet, est Harry Roselmack. Il écrit : « Rejet du dossier LCI : mauvais coup porté à la pluralité de l’information télévisée en France. Une pensée pour mes confrères et collègues. »

Croisade

Alors, derrière le général Pernaut, c’est toute une armée qui s’est levée ! Avec, dans ses rangs, quelques gloires du petit écran, dont il est difficile d’ignorer les cris d’alarme. Par exemple, Nikos Aliagas : « Quand je suis arrivé à LCI en 2004 pour une émission culturelle (Ça donne envie), je présentais Star academy. Ils auraient pu dire : « Que vient faire ce mec ? », mais on m’a accepté dès la première conférence de rédaction. Ce n’est pas bien de bâillonner une chaîne info. Ce n’est pas mort mais c’est mal parti. »

Guillaume Durand, qui a lui aussi fait ses armes sur LCI, se veut plus optimiste : « Faire disparaître une marque si célèbre, ce serait suicidaire de la part de TF1, je n’y crois pas. » Mais ce qui domine avant tout, ce sont les sentiments que, le premier, Jean-Pierre Pernaut a exprimé : la tristesse et la colère.

JP Pernaut interviewC’est le cas d’Anne-Claire Coudray, le « joker » de Claire Chazal pour les journaux de 20 heures du week-end sur TF1 : « Contrairement à la concurrence, LCI a une certaine élégance, une qualité de l’image et aussi une culture de la distance par rapport à l’information. C’est un gâchis en termes d’emplois mais aussi d’un point de vue journalistique. »

Colère et déception partagées par Michel Field, lui aussi passé par LCI avant de rejoindre Histoire : « LCI est un modèle alternatif qui privilégie l’analyse et le débat, le CSA aurait dû juger sur cet aspect. Mais non, voilà une haute autorité qui se contente de considérer une chaîne d’information sous le strict angle du marché publicitaire, les bras m’en tombent. »

La croisade de la dernière chance, lancée par Jean-Pierre Pernaut, n’en finit pas de recruter de nouveaux chevaliers. Suffiront-ils à éviter la mort programmée de LCI ? Rien n’est moins sûr, hélas. Mais on sent bien que, jusqu’à l’ultime minute, le journaliste et ses camarades se battront.

*www.titoine-normandie.org

Pierre-Marie Elstir

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