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Jean Renard : “Mike Brant ne s’est pas suicidé, j’en ai la preuve !”

Publié le 30 novembre 2018

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Jean Renard se souvient de Mike Brant qu’il a catapulté vers les sommets des hit-parades.

A 84 ans, Jean Renard peut se vanter d’avoir travaillé avec les plus grands de la chanson française comme Sylvie Vartan, Johnny Hallyday, Claude François, Jeane Manson et tant d’autres. Mais un chanteur occupe une place à part dans son panthéon de producteur : Mike Brant. Alors que Yona, nièce de l’idole disparue voilà quarante-trois ans, sort aujourd’hui Mike Brant, un grand bonheur (CD + livre Warner Music) réunissant ses plus grands succès, ainsi que sept inédits et des photos rares, Jean Renard replonge pour nous dans son étonnante boîte à souvenirs.

France Dimanche : D’où est venue l’idée de ce coffret ?
Jean Renard : C’est grâce à Yona Brant, qui a toujours fait vivre l’œuvre de son oncle. Et une fois encore, c’est très réussi. Mike Brant en rose, il fallait quand même oser ! Elle m’a appelé un jour pour me demander s’il me restait des souvenirs de lui. J’avais des bandes, des notes, des photos, un hangar rempli jusqu’au plafond. Je lui ai donc dit de venir avec sa voiture et de prendre tout ce qu’elle désirait.

FD : En 1972, vous vous êtes séparé de lui. Pourquoi ?
JR : Parce que je n’étais pas d’accord avec une émission qu’il se disposait à faire alors qu’il n’était pas prêt. Et je ne pouvais pas supporter de le voir se ridiculiser ainsi. On voulait juste profiter de lui et ça me rendait malade. J’ai alors dit à Mike : « C’est cette télé ou moi ! » Il a choisi. Le soir même, il m’a appelé pour me demander si je l’avais vue. Je lui ai répondu que non et qu’il n’avait plus de producteur. J’ai raccroché et ne l’ai pas revu pendant trois ans.


FD : Savez-vous comment il a vécu cette séparation ?
JR : Oui, ça l’a perturbé. Il était aussi très inquiet car il vendait beaucoup moins de disques, passant de 1 million de 45 tours à 150 000. [Ce qui incitera d’ailleurs Mike à composer lui-même ses futurs tubes tels C’est ma prière, Tout donné, tout repris ou C’est comme ça que je t’aime, nldr]. Au moment de notre rupture, on venait d’enregistrer Qui saura et Mike savait que j’avais cette chanson dans mes tiroirs. Il m’a demandé de la lui donner, ce que j’ai fait sans rien attendre en retour. D’ailleurs, quand je l’ai quitté j’ai tout don né, mes parts, les droits, et je n’ai plus jamais touché un centime. Je n’ai de toute façon jamais écrit une chanson pour l’argent. Avec Qui saura, Mike a fait un véritable carton. Mais il n’était pas bien et connaissait de gros soucis avec les gens qui s’occupaient de lui à cette époque. Alors, que s’est-il passé ce 25 avril 1975 ? C’est la grande question…

FD : Et donc…
JR : Le connaissant mieux que personne, j’affirme qu’il ne s’est pas suicidé. J’en ai la preuve. Un soir d’avril 1975, j’enregistre des maquettes pour Johnny au studio 92 à Boulogne. Lors d’une pause, je me mets au piano. Là, la porte s’ouvre et Mike entre. On ne s’était pas revus depuis notre séparation, alors on tremblait comme deux amants qui se retrouvent. Il me dit : « Je savais que c’était toi. » Ensuite, il m’explique que ça ne va pas très fort, que ses producteurs le pressent pour sortir des titres, alors qu’il a besoin de temps. Je sens sa détresse. Et il finit par me lâcher : « Veux-tu qu’on recommence tous les deux ? » Ce que j’accepte avec une joie infinie. C’était un jeudi. Un rendez-vous est fixé pour le lundi dans mon bureau, à Paris. J’avais prévenu tout le monde, un photographe devait immortaliser nos retrouvailles. Mais il est mort le samedi…

FD : Que faisiez-vous ce jour-là ?
JR : J’étais en week-end près de Noirmoutier et je venais de m’arrêter boire un coup dans un troquet. Quand soudain j’ai entendu à la radio : « Nous interrompons nos programmes car une triste nouvelle vient de tomber : Mike Brant s’est suicidé ! » J’ai lâché mon verre et lancé au barman : « Mais c’est impossible, on a rendez-vous lundi et on recommence tout à zéro ! » On était si heureux de s’être retrouvés, c’était impossible qu’il ait décidé d’en finir. Je n’y ai jamais cru. D’ailleurs, un peu plus tard, un journaliste a interrogé une femme de l’immeuble d’en face qui affirmait l’avoir entendu crier avant de le voir tomber. On ne crie pas lorsqu’on saute volontairement. Sa mort m’a brisé, je ne m’en suis jamais vraiment remis. Je rêve de lui très souvent et j’aime imaginer ce qu’il serait aujourd’hui, s’il était encore parmi nous.

FD : Comment l’aviez-vous rencontré ?
JR : Je m’occupais de Sylvie Vartan, et Carlos, son secrétaire particulier, m’a appelé un jour de 1970 pour me dire qu’il voulait absolument me présenter quelqu’un. Je lui ai répondu : « OK, qu’il passe me voir demain. » Là, j’ai vu débarquer un gars magnifique, qui passait à peine dans l’encadrement de la porte. Et j’ai pensé : « S’il chante aussi bien qu’il est beau, alors je signe tout de suite. » Pendant la moitié de la nuit, il a chanté en hébreu, en anglais. C’était phénoménal ! Mike était venu au monde avec ce don exceptionnel, presque une voix de ténor d’opéra. J’avais pressenti qu’on irait loin ensemble et je ne m’étais pas trompé, on a fait des choses incroyables. Je lui apprenais à chanter en français, mais il écorchait tous les mots. La première fois que je lui ai montré Laisse-moi t’aimer, il a adoré et m’a dit : « Lâche-ma ta mie »… Là, j’ai compris qu’il allait y avoir du boulot. Pendant un an, tous les soirs, on a ajusté sa voix. Un travail de longue haleine, c’était un vrai challenge. J’avais dirigé de nombreux artistes, mais là, c’était quelque chose !

FD : Comment était-il ?
JR : C’était quelqu’un de simple qui n’avait qu’une seule envie : plaire et donner du plaisir aux autres. Petit, il ne parlait pas. Sa maman croyait même qu’il était muet. Et puis un jour, à l’âge de 5 ans, en voyant passer un marchand de glaces devant sa maison, il a crié : « Je veux une glace ! » Sa mère en est tombée à la renverse. Il adorait aussi le saucisson français, les cornichons aigres-doux et faisait très attention à son look. Surtout à ses cheveux. Qu’est-ce que j’ai pu le peigner !

FD : Il plaisait beaucoup aux femmes ?
JR : Elles étaient folles de lui ! À une époque, il habitait un petit appartement dans un immeuble au pied duquel je l’ai raccompagné vers 5 h 30, après une longue nuit de travail. Je le regarde taper le code, entrer dans le hall. Je n’ai pas eu le temps de redémarrer qu’il ressortait déjà avec une jeune femme à son bras et une poubelle à la main. C’est là que j’ai compris qu’il couchait avec la fille de la concierge. Une autre fois, on était au Luxembourg pour un concours qu’il venait de gagner et la présentatrice était ravissante. À la fin du dîner, tout le monde regagne sa chambre, lorsque quelqu’un frappe à ma porte. J’ouvre et quelle n’est pas ma surprise de découvrir la jolie fille du repas à qui je m’empresse de montrer la porte d’en face. La pauvre était toute gênée. Des anecdotes comme ça, j’en ai des dizaines. Quelle aventure !

Caroline BERGER

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