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Jean Rochefort : Il aurait eu 90 ans...

Publié le 21 mai 2020

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"J'appartiens au patrimoine. Il y a le jambon de Bayonne, Noiret, Marielle et moi", plaisant celui qui nous a quittés il y a trois ans. Durant plus d'un siècle, Jean Rochefort a promené sa moustache et sa longue silhouette dans 150 films. Pour notre plus grand bonheur.

Il était de ces comédiens qui font partie de la famille. À la fois chaleureux, drôle et rassurant, Jean Rochefort était cela, et sûrement un peu plus. « Un vieillard déraisonnable » sur la fin de sa vie, comme il aimait à dire…

Avec son long nez, sa moustache légendaire, sa voix grave, ses yeux malicieux, il a illuminé le cinéma français pendant près de soixante ans : des films populaires aux navets, en passant par des longs-métrages d'auteur. Mais, c'est surtout l'homme qu'on appréciait. Sa faconde, ses illuminations, son humour pince-sans-rire et cette allure élégante de gentleman reconnaissable entre mille l'ont doté d'un capital sympathie demeuré intact.


Né le 29 avril 1930 à Paris et élevé à Vichy dans une famille aisée, Jean sera lycéen à Rouen. De son enfance plutôt terne, il dit : « Dieu que je me suis ennuyé ! » Le virus du théâtre le saisit à l'écoute des retransmissions de pièces sur le poste de radio familial. Il prend la décision de faire l'école de théâtre de la rue Blanche à Paris. Avant d'entrer au Conservatoire. C'est là qu'il intègre « la bande » : Marielle, Cremer, Rich, Belmondo… Après avoir joué dans la saga Angélique, il devient l'acteur fétiche d'Yves Robert avec Le Grand Blond avec une chaussure noire ou Un éléphant ça trompe énormément (1976), puis de Patrice Leconte dans Le Mari de la coiffeuse (1990). Sa longue carrière est couronnée de trois César : pour Que la fête commence ! (1975), Le Crabe-tambour (1977) et un César d'honneur en 1999.

Ci-dessus, dans Le Crabe-tambour, pour lequel il reçoit le César du meilleur acteur en 1978, avec Simone Signoret (en bas) qui obtient le César de la meilleure actrice pour La Vie devant soi.

SA MOUSTACHE UNE MARQUE DE FARBRIDNE

Nous sommes au début des années 70. Rochefort tourne pour la télévision la comédie de Molière Le Misanthrope, dans laquelle il incarne Alceste. Un rôle qui nécessite une moustache d'époque. La postiche tombant sans cesse par terre, il décide de s'en laisser pousser une. « Cela a complètement détruit la verticalité de mon visage, dira-t-il. Je me sens mieux ainsi. Avant, j'avais l'air d'un traître… »

“LES COMPÈRES À CRINIÈRE”…

Le cheval reste, avec la comédie, sa grande passion, depuis l'époque où le réalisateur Philippe de Broca lui confie un rôle de cavalier dans son film Cartouche aux côtés de Jean-Paul Belmondo, en 1962. Alors que Bébel monte très bien à cheval, Rochefort, lui, se casse la figure en permanence. À tel point d'ailleurs qu'il faut le filmer en buste, et non en pied, pour éviter de montrer son pied dans le plâtre et son torse bandé… Il renoue néanmoins avec une passion familiale, l'équitation – son grand-père avait des fiacres à Dinan. « J'ai alors eu brusquement l'envie, mêlée d'appréhension, de comprendre enfin ces compères à crinière qui m'avaient fait tant chuter. Avec Noiret, nous nous sommes retrouvés dans des clubs hippiques. Et après des débuts sinistres, j'ai travaillé avec les plus grands et c'est devenu un plaisir. »

C'est aussi grâce aux chevaux qu'il rencontre sa troisième épouse (au total, il aura eu trois femmes et cinq enfants), Françoise Vidal, architecte et cavalière émérite. « Moi, j'étais alors un cavalier convenable mais un éleveur passionné. Les chevaux donnent envie de vivre intensément, d'être à l'écoute des autres. » Il se glisse dans la peau du gentleman-farmer, s'installe dans les Yvelines, près de Rambouillet, et se mue en éleveur réputé dans son haras d'une trentaine de chevaux. En témoigne son palmarès dans de nombreux concours hippiques. On se souvient aussi de sa prestation télévisuelle sur France 2, lors des épreuves équestres des JO de 2004 et de 2008… Une truculence dans les propos que l'on n'oublie pas.

MERVEILLEUSEMENT CON !

En l'an 2000, sur le tournage de L'Homme qui tua Don Quichotte de Terry Gilliam, l'acteur se blesse et doit se faire opérer d'une double hernie discale. Le rôle lui était pourtant taillé sur mesure… Bien sûr, il lui sera interdit de remonter sur un cheval. « Un rêve brisé… Un choc très dur, regrettait-il. Je m'étais énormément impliqué dans cette entreprise et un petit nerf de quelques millimètres n'était pas d'accord… » Le chevalier à la triste figure de l'œuvre de Cervantès ne verra donc jamais le jour sur grand écran sous les traits

de Rochefort. En proie à des dépressions, l'homme reviendra à Paris au crépuscule de sa vie. En 2015, à l'âge 85 ans, il joue son dernier rôle dans Floride où il incarne un vieil industriel victime de confusion mentale. Son chant du cygne. Il annonce ensuite qu'il met fin à sa carrière. Avec humour, il précise même : « Je ne veux pas faire un film d'épouvante donc il vaut mieux s'arrêter. » Plus positif, il dira aussi : « Je veux rester le plus longtemps possible merveilleusement con et merveilleusement gamin ! »

Son livre sur le cheval dans l'art

Écrit à 81 ans, ce livre de commentaires et de photos entraîne le lecteur dans les allées du musée du Louvre à Paris, où l'auteur présente les tableaux qui lui sont chers et qui tous mettent en scène le cheval – avec un faible pour le XIXe siècle et les grands formats de Géricault. ¥ Le Louvre à cheval, de Jean Rochefort, éd. Place des victoires.

“Les Boloss des belles lettres”

Le gentleman à moustache enregistre pendant toute l'année 2016 un programme court désopilant pour France 5, Les Boloss des belles lettres, où il réinterprète, chaque semaine, une œuvre du patrimoine littéraire en langage de la rue. À réécouter sur YouTube pour retrouver ces petites pépites de trois minutes durant lesquelles l'acteur nous résume avec son style inimitable Madame Bovary de Flaubert, par exemple…

Alicia COMET

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