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Jean Rochefort : Il a tenté de se suicider !

Publié le 22 novembre 2013

Sa joyeuse image de légèreté et de comique décalé en prend un sérieux coup. L’acteur Jean Rochefort révèle aujourd’hui à quel point ces dix dernières années ont été extrêmement pesantes  pour lui.

Il se plaît souvent à vouloir convaincre ses interlocuteurs qu’il est l’un des rares acteurs zoologiques au monde, sinon le seul, se proposant alors avec un regard malicieux d’interpréter « la taupe enthousiasmée par l’arrivée du printemps », « le coït du lion » ou « le chimpanzé satisfait »… Et il est vrai que, pour la plupart d’entre nous, Jean Rochefort, c’est la joie incarnée, avec cette classe naturelle qu’il a su insuffler à tous ses rôles, de l’inoubliable Étienne Dorsay dans Un éléphant ça trompe énormément au comédien has been des Grands ducs, en passant par le truculent marquis de Bellegarde de Ridicule. Des personnages qui, même en cherchant bien, n’ont rien à voir avec les héros de la tragédie grecque ou du drame cornélien !

Mais, sous le masque du clown facétieux qui manie les bons mots avec aisance et décontraction se cache un homme blessé qui lutte âprement contre un mal qui le ronge depuis de longues années : une grave dépression ! « Embryon, j’espérais que ma mère ferait une fausse couche », écrit-il dans Ce genre de choses, paru aux éditions Stock, et dont nous vous parlions il y a peu (France Dimanche n° 3507). Une boutade, sans doute, mais qui en dit long sur ce grand monsieur, qui a préféré répondre par le sourire aux épreuves qui ont brisé son existence…

Pourtant, comme il vient de le confier à nos confrères de Libération, quand la plaie est à vif, il est presque impossible de supporter la souffrance et de rester debout et digne. « Cinq dépressions ces dix dernières années, couché sept à huit mois chacune, a-t-il expliqué au quotidien. C’est arrivé après Don Quichotte. Dépression suicidaire très violente. La seule joie de mes journées, c’était quand j’avais trouvé un endroit pour me tuer. À ce moment-là, il faut faire très gaffe, ne pas rester seul. »

Défection

Certes, il n’était un secret pour personne que L’homme qui a tué Don Quichotte, le film inachevé de Terry Gilliam, avait été pour Jean Rochefort une expérience destructrice, à la fois physique et psychologique. En effet, au bout de quinze jours d’un tournage très pénible, le comédien avait été terrassé par une double hernie discale, qui l’avait contraint à déclarer forfait et à partir en urgence se faire soigner. Une défection dont il ne s’est jamais remis. « De faire ce film avec Terry Gilliam, d’interpréter Don Quichotte auprès de Johnny Depp, l’un des plus grands acteurs mondiaux, je me suis senti gratifié, a-t-il confié à Paris Match en mars dernier. J’étais si fier d’être là que j’ai accepté des choses inimaginables.

Pour faire une Rossinante [nom du cheval de Don Quichotte, ndlr], Terry avait interdit qu’on nourrisse un cheval pendant quarante jours. La pauvre bête, que je montais, se traînait douloureusement […]. Ça m’a rendu malade, mais je me suis tu. Et puis mon cerveau et ma colonne vertébrale ont dit : “Pas d’accord.” Mais c’était trop tard : je m’étais trahi parce que je me sentais gratifié. Quelle révélation effroyable sur moi-même ! » Comme si renoncer à incarner ce personnage dont il rêvait depuis si longtemps n’avait pas suffi à le mettre à terre, le verdict des médecins sur son état de santé a bien failli l’achever.

Car ce passionné d’équitation depuis les années 60, aussi à l’aise sur une selle qu’à la scène, devait du même coup apprendre que plus jamais il ne pourrait remettre les pieds dans les étriers ! Propriétaire d’un haras en région parisienne, cavalier émérite, Jean a dû se résoudre à redevenir un simple marcheur. Ce deuil, qu’il a, sans aucun doute, eu beaucoup de mal à supporter, ne devait, hélas, pas être le seul à l’abattre. Car en novembre 2006, son cher ami Philippe Noiret, avec qui il partageait cette passion pour les équidés, rendait les armes face à la maladie.

Dépression

Plus tard, en 2010, c’est Bruno Cremer, le grand copain de la bande du Conservatoire, qui tirait, à son tour, sa révérence. Chagrin inconsolable ? Sentiment de solitude ? Peur de la mort ? Sans doute tout cela à la fois. Malgré la présence de Françoise, sa femme bien-aimée, et de ses cinq enfants, Jean ne parvient pas à surmonter cette lourde période de malheurs.

Il a toutefois fini par trouver la sortie de ce long tunnel obscur, lui qui avouait en 2010, dans Paris Match : « Je tutoie le spleen depuis toujours. La dépression, je l’ai connue et je la connais encore. » Ainsi, l’acteur vient de se confier dans Le Monde. « J’ai été sauvé par un psychiatre qui, à force de travail sans succès avec moi, m’a dit : “Il y a une solution, c’est Paris.” J’habitais Rambouillet, où j’élevais des chevaux : parti de Paris à 30 ans, j’y suis revenu à 80. »

Et aujourd’hui, à 83 ans, le comédien a renoué avec lui-même et promène désormais sa nonchalance élégante dans les rues de la capitale. « Lorsque la Grande Faucheuse arrivera, je ne veux être en dépendance de rien. Ni de personne », affirme Jean Rochefort. Debout. Et digne jusqu’au bout…

Clara Margaux

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