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Jeane Manson : "Je reviens de loin !"

Publié le 19 novembre 2020

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Après avoir échappé de justesse à un accident cardio-vasculaire, la chanteuse Jeane Manson est de retour plus en forme que jamais.

Victime cet été d'un sérieux pépin de santé qui aurait pu lui être fatal (elle a été opérée en urgence d'un grave problème vasculaire, FD n° 3854), la chanteuse nous revient plus en forme que jamais, et cela fait plaisir à voir ! En tournée avec la comédie Des larmes de crocodiles, elle ne pouvait pas espérer plus chouette projet pour son grand retour sur les planches, après seize ans d'absence ! Et si elle n'a encore pas pu communier avec son public sur les quatorze chansons de son nouvel album aux couleurs espagnoles, Latina Sensación, elle lui donne rendez-vous au théâtre et promet de beaux moments de rigolade. Auréolée de 70 printemps et quarante-cinq ans de carrière, l'interprète de l'inoubliable Avant de nous dire adieu s'est confiée sans détour…


France Dimanche : Comment allez-vous ?

Jeane Manson : Merveilleusement bien ! Mais je reviens de loin. Si ma manageuse Sophie n'avait pas insisté pour que je consulte son ami, le docteur Kader Aras, qui m'a fait entrer en urgence dans son service de chirurgie vasculaire du centre médico-chirurgical de Tronquières, à Aurillac, où je me trouvais en vacances, je ne serais peut-être plus là ! Il est l'un des rares en France à pratiquer une chirurgie non-invasive, ce qui m'a évité toute séquelle physique (cicatrice). Après dix jours en soins intensifs, j'ai été totalement remise sur pied, avec toutefois une surveillance et un traitement de quelques mois encore. Mais, je peux vous assurer que je me sens en pleine forme et je ne remercierais jamais assez ces extraordinaires médecins de m'avoir sauvée. De plus, j'ai l'immense chance de travailler, d'être sur scène, donc c'est fantastique !

FD : Vous êtes d'une nature toujours très positive…

JM : Oui, j'essaie ! Même si je ne suis pas vraiment d'accord avec tout ce qu'il se passe en ce moment, tant pis, je vais survivre. « I will survive ! » [Rires.] J'ai traversé pas mal d'épreuves dans ma vie, mais ce qu'on est en train de vivre est le pire. Un vrai drame pour l'humanité. Néanmoins, il faut se battre et tenter de conserver sa joie de vivre. Et poursuivre sa quête du bonheur. C'est pour cela que je suis si heureuse de cette pièce de théâtre…

FD : On vous sent en effet ravie !

JM : Très ! D'abord parce que, depuis Un homme parfait, avec Guy Montagné [en 2004, NDLR], je n'étais pas remontée sur les planches. Jusqu'ici, aucun projet ne me plaisait, mais celui-ci est formidable. Je joue avec Popeck que j'adore et qui, comme moi, est polonais. Je me suis toujours intéressée à mon passé, mes origines, mes grands-parents qui ont quitté la Pologne pour partir en Amérique. Et c'est une pièce très drôle dans laquelle j'interprète une diva, ce qui me plaît beaucoup. Moi qu'on a souvent accusée d'en être une, eh bien aujourd'hui je vais prouver que j'en suis une ! [Rires.] De plus, quand j'ai su que le metteur en scène était Olivier Lejeune, j'ai foncé les yeux fermés. Je me suis dit qu'on allait vraiment s'amuser. Et on en a besoin en ce moment, je n'en peux plus de ne voir que des gens masqués, ça me pèse énormément. Plus de sourires, plus d'expressions, c'est terrible !

FD : Ce 1er  octobre, vous avez eu 70 printemps… Vous les avez fêtés ?

JM : Et comment ! J'étais dans le sud de la France, près de L'Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse), avec des amis très proches, ainsi que deux des plus grands cavaliers et dresseurs de chevaux au monde, Frédéric Pignon et Magalie Delgado. J'ai pu monter à cheval, mais surtout les voir œuvrer avec leurs animaux, c'était fabuleux. Ils m'ont offert une fête inoubliable !

FD : Cette année, ce sont aussi vos quarante-cinq ans de carrière…

JM : Oh God, que la vie passe vite ! Ça a été beaucoup de travail, mais cela m'a passionnée et me passionne toujours. La musique, c'est ma joie de vivre ! Ma mère était chanteuse, et moi j'aime ça depuis l'âge de 4 ans. Toute petite, j'ai appris le chant, la guitare, le piano, même si, au départ, je souhaitais être comédienne. Mais lorsque j'ai débarqué en France, j'avais un tel accent américain que c'était très compliqué ! Du coup, j'ai bifurqué dans la musique, et comme je me suis mise à vendre des millions de disques, il était devenu impossible de m'embaucher en tant que comédienne, j'étais cataloguée « chanteuse » ! C'est Jean-Laurent Cochet qui m'a donné ma chance, en 1984, au théâtre Hébertot, dans Le Sexe faible, avec Patachou et Michel Creton. Aujourd'hui, j'ai le plaisir infini de renouer avec mes premières amours.

FD : Vous vous partagez toujours entre l'Espagne, les États-Unis, Israël où vivent vos filles, et la France à nouveau, où vous chercheriez une maison dans le Cantal ?

JM : C'est vrai. J'adore la ville d'Aurillac et ses environs, et puis c'est là qu'ils m'ont sauvé la vie. J'ai pour toujours un attachement particulier à cette région. J'aime aussi la campagne, la verdure, et c'est un endroit fantastique pour mes chevaux. Je voudrais faire de cette maison un vrai lieu de vie, de rencontres, y organiser des expos, des mariages…

FD : Quelle grand-mère êtes-vous pour Liam, 13 ans, Luna, 12 ans, et Adiel, 2 ans ?

JM : Une grand-mère de loin, ces derniers temps ! À cause de la crise et aussi parce qu'ils sont en Israël. Ça fait un moment que je n'ai pu y aller. Heureusement, il y a Internet ! Je me contente de les voir sur écran, mais c'est toujours une immense joie. Je me languis de les serrer dans mes bras, tout comme mes filles d'ailleurs [Shirel, 42 ans, et Marianne, 32 ans, NDLR]. J'espère que l'an prochain nous pourrons être réunis !

FD : Comment vont-elles, vos filles ?

JM : Elles me manquent beaucoup ! Ensemble, nous sommes en train de travailler sur une nouvelle chanson en hommage à Joe Dassin [disparu il y a quarante ans, NDLR], dont j'étais très proche. Elle s'intitule Numéro 1, c'est mon aînée, Shirel, qui me l'a écrite. Elle parle de tous mes amis, les Carpentier, Carlos, Dave… Cela fait quarante ans que j'entends mon public me dire que les artistes de cette époque leur manquent, alors voilà, j'ai eu envie de leur rendre hommage… en musique ! Quant à Marianne, ma cadette, elle est productrice de i24News, la chaîne de télé d'informations en continu israélienne. Je suis très fière de mes enfants !

FD : Vous venez aussi de sortir un album…

JM : Oui, juste avant le confinement ! Du coup, je n'ai pas encore eu le bonheur de le chanter sur scène, mais je fais des clips vidéo. Bien sûr, ça ne remplace pas la chaleur et le contact avec le public, mais c'est mieux que rien ! C'est ma manageuse Sophie qui me filme, on fait ça avec les moyens du bord, et on rit beaucoup. Je viens de publier sur YouTube et Facebook Dejame Soñar, un très beau clip tourné en Espagne, sur la Costa Brava. Sinon, j'ai fait beaucoup de live pendant le confinement et j'en referai. J'espère qu'on pourra à nouveau être sur scène l'an prochain, faute de quoi ça risque de ruiner la culture. Et un pays sans culture, c'est la mort.

FD  : Si tout était à refaire que changeriez-vous ?

JM : Rien, je crois. La France m'a beaucoup apporté et je n'aurais jamais eu le même succès en Amérique. Comme je dis : « Il vaut mieux être un grand poisson dans un petit bocal, qu'un petit poisson dans un grand bocal ! » [Rires.] J'ai fait de mon mieux et quand je regarde mon public, toujours plus nombreux et heureux, je me dis que je n'ai pas trop mal réussi… Maintenant, j'aimerais juste pouvoir le retrouver en chair et en os !

Recueilli Caroline BERGER

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