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Jeanne Moreau et Moustaki : Une brouille qui a duré trente-cinq ans

Publié le 18 février 2011

L'actrice Jeanne Moreau n'avait pas "la mémoire qui flanche", mais plutôt une solide rancœur contre le chanteur Georges Moustaki.

Dieu sait si, avec sa gueule de métèque, Georges Moustaki a été tout au long de sa vie le chouchou de ces dames ! Mais il en est une qui, pendant des années, l'a cordialement détesté : Jeanne Moreau. Le cœur de cette grande dame du cinéma avait pourtant battu très fort pour le chanteur lorsqu'ils s'étaient rencontrés, à la fin des années 60.

« Elle m'a accordé ses faveurs pendant quelques mois idylliques », raconte en effet Moustaki dans le très beau livre qui retrace son parcours, La sagesse du faiseur de chanson, qui vient de paraître chez JC Béhar. Mais si cette aventure amoureuse a laissé des souvenirs impérissables à Georges, il n'en a pas été de même pour Jeanne.

Pendant longtemps, bien après leur rupture, celle-ci a en effet gardé une dent contre son pâtre grec. Une rancœur que cet incorrigible coureur de jupons, incapable de s'attacher longtemps à une femme, aussi belle soit-elle, explique par son « inconduite ».

->Voir aussi - Jeanne Moreau : Les souvenirs d'une femme amoureuse...

Il faut dire qu'au moment où elle fait la connaissance de Georges, Mlle Moreau a déjà conquis le cœur d'hommes puissants et célèbres comme Pierre Cardin, Louis Malle ou encore Marcello Mastroianni. Femme forte et libre, Jeanne n'est pas du genre à accepter les indélités d'un amant sans réagir. « Je n'aime pas l'idée d'être abandonnée, je préfère abandonner moi-même. Ça doit venir de l'enfance », reconnaissait d'ailleurs l'actrice dans un documentaire diffusé sur Arte, en 2008.

Rien d'étonnant, par conséquent, si pendant trente-cinq ans, elle va ignorer son ancien amant. « Les rares fois où nous nous croisions, même si, par civilité, elle m'accordait deux mots en guise de salutation, ils étaient aussi chaleureux que des glaçons », se souvient ce dernier.

Retrouvailles

La comédienne n'aurait sans doute jamais enterré la hache de guerre si, par une belle journée de juillet 2004, et un heureux hasard, elle n'avait pas retrouvé l'objet de son ressentiment sur le tournage du film Akoibon, d'Édouard Baer, qui se déroulait dans une calanque près de Marseille.

Des retrouvailles qui ne s'annonçaient pourtant pas sous les meilleurs auspices... La veille, lors du dîner réunissant toute l'équipe, Georges avait en effet passé un mauvais quart d'heure.

« J'essayais de ne rien dire qui puisse la courroucer ou faire naître des propos désagréables. Mais Jeanne se saisissait de n'importe quelle réflexion pour m'asséner des répliques cinglantes », note Moustaki.

Le lendemain, lorsque tous les acteurs se retrouvent sur le port de la madrague de Gignac, lieu paradisiaque qui tenait lieu de plateau, Georges s'attend donc au pire. Et quand, guitare à la main, il commence à fredonner les premières paroles de sa chanson Et pourtant dans le monde, qui sera le générique du film, il est persuadé que l'actrice ne va pas lui faire de cadeau.

Mais, à sa grande surprise, et pour son plus grand bonheur, comme sous l'effet magique de la musique, c'est exactement l'inverse qui se produit ! « Ma guitare et ma voix remplirent l'atmosphère, et j'eus droit à une ovation retentissante, écrit-il. Quand le calme fut revenu, Jeanne Moreau vint vers moi et se jeta dans mes bras : "Ne restons plus jamais fâchés pendant trente-cinq ans", soupira-t-elle... » Il n'y a vraiment pas à dire, la musique adoucit les mœurs !

Catherine Venot

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