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Jim Morrison : Aux portes de l'éternité !

Publié le 11 septembre 2021

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Le 3 juillet 1971, le leader du groupe californien The Doors est retrouvé mort au 17 de la rue Beautreillis, à Paris. Il avait 27 ans, la beauté du diable et la grâce des anges. Symbole du vent de révolte soufflant sur une jeunesse opprimée par la morale conservatrice, Jim Morrison a traversé la galaxie rock tel un météore pour s’ériger en mythe.

Celui qui se faisait appeler « le Roi Lézard » se définissait comme un « politicien de l’érotique ». Ses concerts mêlaient musique, performances théâtrales, cérémonies sensuelles et rites chamaniques. Dans ses textes, cet adepte de la contre-culture célébrait autant Dionysos que Rimbaud, Artaud ou Kerouac. Cinquante ans après, dans le dédale du cimetière parisien du Père-Lachaise, sa tombe est toujours recherchée : ses admirateurs y déposent des fleurs, des ex-voto, de l’encens, des cigarettes, des poèmes…

James Douglas Morrison, né le 8 décembre 1943 à Melbourne, en Floride, grandit auprès d’un père militaire et d’une mère au foyer, aux côtés de son frère et sa sœur. Jusqu’à l’âge de 15 ans, il déménage dix-huit fois au gré des affectations de son père… Très tôt, il montre un grand appétit pour la lecture. Mais turbulent, caractériel, il semble rétif à tout type de discipline et goûte la provocation, donnant du fil à retordre à ses établissements scolaires. Il passe sa dernière année de lycée chez ses grands-parents, puis suit un cursus sur la « philosophie de la contestation » et un autre sur la « psychologie des foules ».

En 1962, il entre au département cinéma de l’université de Los Angeles. Il aime le rhythm and blues, boit les plaisirs jusqu’à la lie, fréquente les bas-fonds de Venice Beach, le quartier rebelle de la ville, fume des cigarettes qui font partir ailleurs… Il rencontre alors Ray Manzarek, qui joue de l’orgue. Ce dernier comprend vite que Jim a tout d’une star. Avec le batteur John Densmore et le guitariste Robby Krieger, ils fondent un groupe et choisissent leur nom en référence au livre d’Aldous Huxley, Les Portes de la perception.

En mai 1966, ils commencent à jouer en première partie dans les boîtes rock du Sunset Strip : le London Fog, le Whisky A Go Go… À l’automne, Jim rencontre Pamela Courson, étudiante en art et fille de militaire comme lui. Ensemble, ils expérimentent diverses drogues, et le poète coupe les ponts avec ses parents. Le patron du label Elektra, Jac Holzman, repère les musiciens et leur signe un contrat. Avec le producteur Paul Rothchild et l’ingénieur du son Bruce Botnick, ils vont ciseler le son du groupe.

Il fait partie du « club des 27 », regroupant les figures de la musique décédées à 27 ans, comme Janis Joplin, Jimi Hendrix ou Kurt Cobain.

Un soir, lors d’un concert, Jim improvise sur leur chanson The End, autour de l’histoire d’un assassin face à ses parents. Le chanteur déclame : « Père, je veux te tuer. Mère, je veux te baiser toute la nuit… » Ils sont aussitôt mis à la porte et trouvent refuge au club Ondine, à New York ! Le premier album du groupe sort en janvier 1967. Au printemps, les sept minutes et demie de Light My Fire font des étincelles et déchirent les hit-parades !

En septembre 1967, leur second opus, Strange Days, écartelé entre son ambition poétique et sa pop visant à amplifier le succès naissant, n’emballe pas. Mais, avec son teint pâle, ses cheveux noirs bouclés et son physique entre deux sexes, Jim devient objet de désir. Il révèle toute sa puissance érotique et truste les couvertures de magazines. Sexsymbol jusque dans l’outrance, il est même inculpé d’obscénité lors d’un concert qui dégénère à New Haven, dans le Connecticut. Peu à peu, Jim se noie dans l’alcool, mais pas seulement… Après la sortie, en juillet 1968, de l’album Waiting for the Sun, le groupe, à son meilleur, se produit en Europe. Jim ourdit des affrontements entre adolescents et flics au cours de leurs prestations afin de donner de bonnes images à Feast of Friends, le film sur la vie du groupe… En mars 1969, lors d’un concert à Miami, en Floride, il est accusé de conduite lascive en public et d’incitations à l’émeute.

Si le buste placé sur sa tombe parisienne a été volé en 1988, celle-ci continue de faire l’objet d’un culte par tous ses fans.

Le chanteur et écrivain Patrick Coutin – dont le titre J’aime… regarder les filles trotte encore dans toutes les têtes – publie Jim Morrison et les Doors, aux éditions Hoëbeke. Dans cet ouvrage à la fois sensible et personnel, il cherche à percer le mystère Morrison à travers l’analyse de sa biographie, de sa musique et de ses écrits, en les replaçant dans le contexte des sixties, avec de magnifiques photos. Un petit bijou !

Si leur quatrième album, The Soft Parade ne suscite pas l’enthousiasme, le suivant, en février 1970, Morrison Hotel, met tout le monde d’accord ! Mais Jim porte haut son autodestruction, il grossit, arbore une barbe buisson… En zone trouble, il continue de défrayer la chronique judiciaire. En septembre 1970, Jimi Hendrix meurt, suivi en octobre de Janis Joplin, tous deux à 27 ans. Jim pense qu’il sera le prochain. Début 1971, peu après l’enregistrement de l’album L.A. Woman (qui va crever tous les plafonds à sa sortie !), le chanteur décide de partir pour Paris. Le 3 juillet 1971, le jour même où la chanson Riders on the Storm entre dans le hit-parade du Billboard, Pam, sa compagne, le découvre inanimé.

Est-il mort dans son bain d’un arrêt cardiaque ? A-t-il succombé à une surdose d’héroïne comme l’affirme l’écrivain Sam Bernett et Marianne Faithfull (dont le petit ami aurait fourni la dose mortelle) ? Des zones d’ombres persistent. Symbole d’absolu et de liberté, cet ange psychédélique, devenu poète maudit, ne trouvait sens à la vie qu’en en repoussant les limites… jusqu’à son décès, en pleine gloire, une nuit d’été. Ce soir-là, « les portes » de l’éternité se sont à jamais refermées derrière lui. Une rock star est morte, un mythe est né…

Dominique PARRAVANO

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