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Joana Balavoine : Son père, sa bataille !

Publié le 2 février 2019

Au bout d’un long et douloureux parcours judiciaire, Joana la fille du chanteur a enfin pu porter son nom avec fierté.

Longtemps, elle s’est tue. Comme si elle ne se trouvait pas assez légitime pour parler de cet homme dont tout le monde, justement, lui parlait. Pourquoi ? Parce que Joana n’a jamais connu son père, Daniel Balavoine. Elle est née cinq mois après sa mort tragique, survenue le 14 janvier 1986, dans un accident d’hélicoptère lors du Paris-Dakar. Il y a tout juste trente-trois ans. Un drame qui l’a privée à jamais de la présence paternelle. Dès lors, comment aurait-elle pu s’imaginer répondre à toutes les interrogations que lui apportaient ceux qui la rencontraient, et qui voulaient tellement en savoir plus sur cet homme qui a marqué son époque, cet artiste si admiré, si engagé, dans lequel on l’obligeait, d’une certaine façon, à se reconnaître ? Voilà pourquoi, des années durant, Joana a préféré se tenir à l’écart.

Mais aujourd’hui, à 32 ans – un an de moins que son père, quand il a disparu – et alors que l’on commémore le triste anniversaire de sa mort, Joana sait qu’elle peut enfin parler, après des années d’un silence réparateur. Parler d’elle, et de lui, de cet homme si présent pour les autres, mais tellement absent pour sa propre fille.


Si l’on peut difficilement s’imaginer à quel point elle a dû souffrir de ce manque, il ne faudrait pas oublier qu’ils étaient deux pour la concevoir. Corinne, la compagne du chanteur, celle pour qui il avait écrit, entre autres, la superbe chanson L’Aziza, « celle que l’on chérit » en arabe, a su élever ses deux enfants, Jérémie, l’aîné né en 1984, et Joana, en 1986, en trouvant les mots pour leur parler de Daniel. Ainsi, au fil du temps, chacun a pu trouver sa voie pour arriver à lui faire une place dans son cœur.

Mais pour Joana, le chemin a été long et ardu. Ne serait-ce que d’un point de vue symbolique. En effet, quand elle vient au monde, ses parents ne sont pas mariés. Et le tragique décès de son père avant sa naissance, fait qu’elle est déclarée sous le nom de sa mère ! Or, Corinne tient absolument à ce que son enfant s’appelle Balavoine. Une volonté qui marque l’attachement qu’elle avait pour son homme, et qui a sûrement contribué au bien-être futur de sa fille.

Mais donner le patronyme de son père à Joana a été un vrai parcours du combattant. La maman a dû prendre un avocat et engager une procédure judiciaire afin de la faire reconnaître, post mortem, par son père.

Joana l’avait raconté dans Paris Match : « Il a fallu faire des démarches administratives un peu fastidieuses, qui ont finalement abouti. En effet, juste avant sa disparition, papa avait plusieurs fois annoncé à des médias que maman était enceinte. C’est donc grâce aux journaux que je porte mon nom. Et, effectivement, sur mon acte de naissance, il y a le nom de jeune fille de ma mère qui est barré, et Balavoine inscrit juste à côté. C’est une jolie histoire », avait-elle expliqué. Et cette très belle histoire, Joana se l’est appropriée. Car elle aurait pu avoir envie, une fois adulte, de changer ce patronyme parfois lourd à porter. Elle ne compte en effet pas le nombre de fois où, en apprenant qu’elle était la fille de Balavoine, les gens changeaient radicalement de comportement avec elle, comme si elle venait de la planète Mars…

Elle se souvient de ce jour où, en consultant son passeport avant qu’elle prenne l’avion, un homme, bouleversé en lisant son nom, est resté muet durant plusieurs minutes, avant de lui expliquer que son père l’avait « structuré intellectuellement et émotionnellement ».

Mais non, pour elle, pas question de s’alléger de ce nom dans lequel aujourd’hui elle se retrouve. « À force d’entendre les gens me dire que je lui ressemble, que j’ai parfois un comportement similaire, que je m’emporte avec la même fougue, j’ai accepté de ressembler à ce mec, tout en ne sachant pas réellement qui il était », a-t-elle encore expliqué.

Ainsi, à force d’écouter ses chansons, de lire ses textes, ses interviews, même si cela pouvait faire mal parfois, Joana a réussi à forger sa propre identité. Elle a longtemps lutté pour ne pas faire de musique, mais la musique l’a rattrapée. On ne peut renier ses origines… Aujourd’hui, la musique est sa vie. Formant le groupe Gentle Republic avec Alexandre Mazarguil, la chanteuse sortait en mars 2015 un premier album de cinq morceaux suivi du clip de Better Run. Elle travaille désormais en solo sur de nouvelles chansons. Et pour rien au monde elle ne voudrait changer son histoire, pourtant compliquée à bien des égards.

Balavoine, son père, sa bataille, fait partie de sa vie. Même si Joana ne l’a pas connu, aujourd’hui, c’est comme si elle l’avait reconnu, comme étant à la fois son géniteur et celui qui l’inspire. Son patronyme, elle le porte comme d’autres lèvent le poing, ainsi que la jeune femme l’avait dit : « Dans ce nom, Balavoine, il y a l’idée de se battre. Et il y a la voix. Si on va plus loin, on peut même y lire qu’il va falloir avoiner… Pourquoi je changerais un tel étendard ? Ça donne des ailes. »

Laurence PARIS

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