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Joe Dassin : Déjà quarante étés indiens sans lui !

Publié le 3 septembre 2020

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De l’Amérique aux Champs-Elysées, Joe Dassin a traversé les rivages de l’Atlantique et enchanté les années 70. Ses rengaines populaires égayent toujours nos soirées dansantes, toutes générations confondues !

Lagon turquoise et sable blanc, le cadre est idyllique. Joe Dassin semblait heureux, la fleur aux dents, comme dans sa chanson. Ce 20 août 1980, il déjeune au restaurant Chez Michel et Éliane à Papeete. Autour de lui, il y a ses deux fils, Jonathan (1 an et demi) et Julien (5 mois), sa mère, sa nouvelle compagne Nathalie et son parolier Claude Lemesle. Ce déjeuner à Tahiti annonce enfin un moment de détente après une tournée d’été éprouvante. Ses proches sont rassurés : Joe se remet de son accident cardiaque survenu un mois plus tôt, l’ayant obligé à interrompre sa tournée. Il semble serein. Tahiti est son havre de paix. En 1973, il avait acheté un terrain sur l’île de Tahaa pour faire construire un fare, une maison typique. Il n’avait qu’un seul but : s’occuper de ses enfants. Le plus Français des chanteurs américains n’en aura pas eu le temps. À 12 h 30, quelques jours avant l’été indien, il s’écroule…


C’est à New York, le 5 novembre 1938, que naît Joseph Ira Dassin. Son père, Jules, d’origine juive russe, tente de se faire un nom comme comédien. Sa mère Béatrice Launer, d’origine hongroise, est violoniste dans un orchestre. Installé à Los Angeles, son père devient un des réalisateurs les plus talentueux de Hollywood en ayant révolutionné le film noir américain – mort en 2008, il a été l’assistant d’Hitchcock, puis l’auteur de vingtcinq films et a formé avec l’actrice et femme politique grecque Melina Mercouri, épousée en 1966, l’un des couples mythiques du cinéma. Joe mène une enfance heureuse avec ses deux sœurs Richelle et Julie, sous le soleil de Californie. Engagé politiquement, son père est fiché sur les listes noires des personnalités communistes de la période maccarthyste dès la fin de la guerre. La famille quitte les États-Unis, voyage à travers le monde avant de s’installer à Paris en 1950. Le père de Joe y débarque avec un CV calibré, où le film Les Démons de la liberté avec Burt Lancaster lui ouvre les portes. Le petit Joseph, lui, est envoyé dans des pensionnats huppés en Suisse et en Italie. Il n’est scolarisé en France qu’en 1954. Après avoir obtenu son bac en 1956, il repart aux États-Unis où il poursuit des études d’ethnologie qu’il finance en multipliant les petits boulots et en interprétant, avec sa guitare, des chansons de Georges Brassens dans les cafés et sur le campus.

Il revient en France en 1963, doctorat en poche. Cette année-là, il rencontre Maryse Grimaldi qui sera sa compagne durant treize ans. Une amie de celle-ci travaillant chez CBS est séduite par les compositions du jeune Joe. S’il ne goûte pas particulièrement le cinéma, il accepte toutefois de composer des chansons pour la bande-son de certains films de son père. Il devient même son assistant sur le film Topkapi. Il quitte la férule paternelle en devenant journaliste à Playboy et animateur à Radio Luxembourg (future RTL).

Si son premier disque Je change un peu de vent n’embrasse pas un souffle d’enthousiasme, il permet à Joe Dassin de rencontrer le parolier Jean-Michel Rivat avec qui il va beaucoup collaborer. En mai 1965, il enregistre un 4-titres de standards américains et mord une fois de plus la poussière. Les deux acolytes persévèrent avec la reprise de Guantanamera couplée à Bip Bip. Bingo ! Ce tube rutilant lui permet de percer. L’année suivante, il se marie avec Maryse. Les reprises étant à la mode, il part à Londres enregistrer Ça m’avance à quoi. Son album studio À New York sort en 1966. Ayant accouché d’une ritournelle amusante intitulée Les Daltons, il veut en faire l’offrande au fantaisiste Henri Salvador mais sa maison de disques le persuade de la conserver pour lui. Le morceau est un raz de marée.

Toutefois, la fin des années 60 annonce le crépuscule des reprises et des adaptations. Les yé-yés voient pâlir leur étoile mais celle de Joe Dassin brille toujours plus : Marie-Jeanne, Tout bébé a besoin d’une maman, La Bande à Bonnot, Siffler sur la colline, Ma Bonne Étoile, Le petit pain au chocolat sont autant de tubes aux refrains fédérateurs. En mars 1969, il retourne à Londres enregistrer sa chanson passeport vers le Graal qui va traverser les frontières : Les Champs-Élysées, à l’origine une face B de 45-tours, adaptation du hit Waterloo Road d’un certain Jason Crest et présent sur son troisième album Le Chemin de papa. À l’orée des années 70, les tubes se ramassent à la pelle : L’Amérique (Yellow River du trio Christie) et Cécilia assortis d’un album avec d’autres succès, La Fleur aux dents et L’Équipe à Jojo.

Après un petit passage à vide et un album passé inaperçu Elle était oh…, il fait son retour sur scène en 1971. Taka Takata lui permet de renouer avec le succès, avant d’autres tubes scintillants : La complainte de l’heure de pointe (À vélo dans Paris), Le Moustique et Salut les amoureux. En 1973, une ombre vient ternir ce chemin de lumière : sa femme donne naissance à un fils, Joshua, qui meurt quelques jours après l’accouchement. Anéanti, Joe Dassin sombre et son nouvel album bizarrement intitulé Treize Chansons Nouvelles connaît un échec cuisant, tout comme l’album Le Costume blanc, sorti en 1975.

L’adversité le dope et il mouche ces intellectuels qui lui reprochent la simplicité de ses compositions. « Il n’y a rien de plus pénible pour moi, dirat-il, que de faire des chansons. Je suis capable de passer des heures à en polir une, à répéter une mélodie. Une chanson ne doit avoir qu’un but : distraire. J’ai une pudeur et un sens du ridicule qui font que je tente de distraire avec de la qualité. » Il est conscient de devoir se relancer. Son directeur artistique Jacques Plait le sait également. Il entend un disque italien, mi-parlé, mi-chanté en anglais sous le titre d’Africa. Il le veut pour Joe Dassin mais apprend que son compositeur Toto Cutugno souhaite qu’il soit adapté par Claude François. Une panne d’oreiller de Cloclo lui permet de repartir avec le disque. Séduit, Joe Dassin fait appel, pour les paroles, à ses auteurs de prédilection, Pierre Delanoë et Claude Lemesle. Sorti en juin 1975, L’Été indien est une lame de fond : 800 000 exemplaires vendus en France et deux millions de singles s’écoulent dans vingt-cinq pays. En 1976, Ça va pas changer le monde, Et si tu n’existais pas et Le Jardin du Luxembourg font des étincelles.

Le 14 janvier 1978, il se marie en Provence, à Cotignac où il possède une maison, avec Christine Delvaux, rencontrée deux ans plus tôt, En 1979, il fait l’Olympia. Le dernier. Ne voulant pas se faire dépasser par la génération montante, il sort son treizième album Blue Country. En décembre, une alerte cardiaque doublée d’une opération due à un ulcère à l’estomac l’affaiblit. Il annule ses tournées. En mars 1980 naît un deuxième enfant, Julien. Mais, le couple divorce quelques semaines plus tard. Puis Joe Dassin est victime de deux accidents cardiaques. Jamais 2 sans 3. Le troisième, à Tahiti, sera fatal. Le chanteur est inhumé au Hollywood Forever Cementary, cimetière juif de Hollywood, à Los Angeles.

Dominique PARRAVANO

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