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Joël Robuchon : Au séminaire, à 15 ans, il succombe au péché… de gourmandise !

Publié le 21 août 2018

il avait élevé notre gastronomie au sommet avec sa passion des bons produits et du travail bien fait. Et dire qu’au départ, Joël Robuchon, ce chef aux 32 étoiles, voulait devenir prêtre !

Le monde de la gastronomie est en deuil.

Sept mois et demi après le décès du « pape » de la cuisine française Paul Bocuse, c’est au tour d’un autre maestro du piano, Joël Robuchon, de rendre son tablier, à l’âge de 73 ans.


Le lundi 6 août, à 11 heures, le chef le plus étoilé de l’Hexagone a rendu son dernier soupir à Genève, en Suisse.

C’est dans le plus grand secret que cet homme discret luttait, depuis un an, contre un cancer du pancréas…

Conscient que la mort s’approchait, le chef multiétoilé s’était résolu à vendre ses établissements il y a plus d’un an.

Et en cinquante-huit ans de carrière, le septuagénaire pouvait se vanter d’avoir bâti un véritable empire.

Depuis l’ouverture de son premier établissement, Jamin, en 1981, ce grand cuisinier avait fait connaître son savoir-faire dans le monde entier, en s’implantant à Londres, à Monaco, aux États-Unis, à Montréal ou encore en Asie, à Tokyo, Hong Kong, Taipei et Macao.

Cette renommée internationale lui a permis de recueillir trente-deux étoiles, établissant ainsi un record mondial.

Rien ne l’y avait pourtant prédestiné.

Fils d’un maçon et d’une femme de ménage, il rêvait plutôt de mener une vie pieuse.

Très jeune, il intègre d’ailleurs le petit séminaire de Mauléon, avec la ferme intention de dédier sa vie à Dieu, en devenant prêtre.

Mais contre toute attente, une autre passion va naître de cette formation…

« Entre les études et les prières, je trouvais un moment de détente auprès des religieuses, quand je les aidais à préparer les repas. C’est là que j’ai décidé non pas de me consacrer à la prêtrise, mais à la cuisine », confiait-il dans son roman autobiographique Comment je suis devenu chef, paru aux éditions Globe.

Récompenses

Après un tour de France dans différents établissements où il ravit les papilles des plus grands, Georges Pompidou à l’auberge du Vert-Galant, Maria Callas, Salvador Dalí et André Malraux au Berkeley à Paris, le compagnon du devoir se coiffe de sa première toque de chef à l’hôtel Concorde Lafayette, à Paris, à seulement 28 ans.

Au bout de deux années de dur labeur, il décroche le fameux col bleu blanc rouge, signe distinctif des Meilleurs ouvriers de France.

Ses plats savoureux, gourmands et adaptés aux saisons séduisent.

Ils lui valent même de recevoir une avalanche de récompenses. 

Les années 80 voient sa consécration, il obtient ses trois premières étoiles au Guide Michelin en trois ans, un record !

Et il est sacré « cuisinier du siècle » par le très prestigieux guide gastronomique français Gault & Millau.

Le secret de son succès ?

Il réside en partie dans un légume trop longtemps dénigré par les grands chefs, la pomme de terre qu’il remet au goût du jour.

« Ma mère en servait souvent le dimanche. […] Quand je me suis installé en 1981, la pomme de terre était bannie des plus grands restaurants. J’ai fait une tête de cochon […] et j’ai voulu l’accompagner d’une bonne purée. C’était à l’époque où plus personne n’en faisait. […] Et les habitués de la gastronomie ont redécouvert la purée de leur grand-mère, le New York Times s’est emparé du phénomène et j’ai proposé la même recette partout dans le monde », racontait-il à La Nouvelle République, en 2012.

Son désir de démocratiser la cuisine française se retrouve dans tous ses choix.

Car en plus d’avoir vendu ses plats gastronomiques en supermarché et d’avoir collaboré avec la SNCF, Joël Robuchon a su mettre la grande cuisine à la portée de tous les foyers français, en multipliant les émissions culinaires à la télévision comme la célèbre Bon appétit bien sûr, sur France 3.

Un titre devenu, avec le temps, sa phrase fétiche.

Partage

Depuis, de nombreux chefs – tel Gordon Ramsay dont Joël Robuchon a été le formateur – ont suivi cette voie, animés par l’envie de partager leur passion sur le petit écran, avec des programmes comme Top chef sur M6, dont la dernière saison a d’ailleurs été marquée par la dernière apparition télévisuelle de Joël Robuchon.

Invité d’honneur, il avait accueilli les candidats dans son établissement de Monaco.

Bien qu’il ait pris goût à la médiatisation, cet artiste a toujours refusé de s’exprimer sur sa vie privée.

De sa femme, le chef étoilé disait seulement : « Leur maman ne voulait pas trop que Sophie et son frère viennent avec moi. […] Elle avait bien trop peur qu’ils fassent eux aussi de la cuisine leur gagne-pain tellement elle trouvait, à raison, que c’était particulièrement prenant. »

Force est de constater que ses enfants n’auront pas écouté leur mère.

Sophie a choisi la médiatisation en coanimant avec son père l’émission Planète gourmande sur France 3, diffusée en 2012, et son plus jeune fils, Louis, a décidé d’ouvrir un bar à vin à Bordeaux.

Eh oui !

En plus d’avoir communiqué sa passion dans le monde entier, Joël Robuchon l’a transmise à sa progéniture…

Julia NEUVILLE

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