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Joëlle Mogensen : Elle était une voix…

Publié le 25 juin 2022

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Cette artiste du groupe Il était une fois reste pour l'éternité l'inoubliable interprète, avec Richard Dewitte, du tube de l'été 75 “J'ai encore rêvé d'elle” qui a fait chalouper la France.

Joëlle Mogensen voit le jour le 3 février 1953 à New York, où son père est haut fonctionnaire à l'Unicef. Lui-même est issu d'une famille aisée de Copenhague au Danemark. La mère de Joëlle est née en Syrie, d'un père officier supérieur de l'armée française. La petite fille fait ses premiers pas à Long Island, dans la propriété d'Oscar Hammerstein II, célèbre parolier et librettiste américain.


Au seuil des années 1960, la famille rentre au Danemark. Joëlle fréquente alors une école religieuse de la capitale où, à la chorale, une sœur dominicaine remarque très tôt sa dilection pour le chant et la musique. Noël 1965, la jeune adolescente reçoit sa première guitare. Ce qui ne l'empêche pas de faire sensation à l'école, par son aisance et par ses talents. Elle parle en effet déjà six langues et s'entraîne avec l'équipe olympique de natation. En 1968, à 15 ans, Joëlle est choriste à la radio nationale danoise.

À la chorale de l'école religieuse de Copenhague, la sœur remarque sa dilection pour le chant.

L'année suivante, elle suit ses parents en rance mais se partage entre Monaco où on père réside, et Port-Grimaud où vit a mère avec ses sœurs. C'est à l'été 1969, sous le soleil de Saint-Tropez, que l'adolescente fait la connaissance, à la terrasse d'un café, de Serge Koolenn, guitariste de Michel Polnareff. Le coup de drague se transforme en coup de foudre. Joëlle le rejoint à Paris. Elle fait la connaissance de Richard Dewitte par l'intermédiaire de Serge. Les deux musiciens de Michel Polnareff partagent, aux côtés du chanteur, l'Olympia en janvier 1970. C'est un triomphe. Toutefois, à l'automne, l'Amiral ne mord plus le bleu du ciel et broie du noir. Serge et Richard se retrouvent alors au chômage, vivent d'expédients, ravaillent dans des bars, montent même n numéro de strip-tease aux Folies igalle avec Joëlle.

Jean-Louis Dronne, Serge Koolenn, Joëlle Mogensen, Lionel Gaillardin et Richard Dewitte forment le célèbre groupe des années 70, Il était une fois.

En novembre 1971, le couple Serge-Joëlle a l'idée du groupe Il était une fois, avec Richard (Dewitte), Lionel Gaillardin, guitariste de Nino Ferrer, Bruno Walker, à la basse, et Christian Burguière, au piano, remplacés par la suite par Jean-Louis Dronne et Daniel Schnitzer. En 1972, Joëlle remporte le concours Futures Vedettes organisé par Salut les copains et Pathé-Marconi. Quelques mois plus tard, le premier titre du groupe, Rien qu'un ciel, tutoie les étoiles. Il était une fois enfile alors les succès. Des mélodies en dentelle, des chansons aussi sucrées qu'acides aux refrains fédérateurs : Say Mama, Les Filles du mercredi, Que fais-tu ce soir après dîner, Viens faire un tour sous la pluie, C'était l'année dernière… Le groupe devient symbole de la pop française, il se produit avec Julien Clerc, Joe Dassin et Johnny Hallyday.

À l'été 1975, c'est l'échappée belle avec tube J'ai encore rêvé d'elle, composé à vitesse de l'éclair par Richard Dewitte. résent dans l'album Ils vécurent heureux, e titre s'inspire de The Rumble, chanson ui figure sur la bande originale du film est Side Story et dans laquelle s'entre-êlent plusieurs voix. En dépit de la réti-les paroles osées (« Je l'ai rêvée si fort que les draps s'en souviennent »), il fait exploser les compteurs de vente à plus d'un million d'exemplaires. À RTL, la programmatrice Monique Le Marcis grimpe aux rideaux et se bouche les oreilles. Pas grave : la chanson, qui s'inscrit illico dans les cortex, creuse son sillon à Europe 1 et RMC. RTL leur emboîte vite le pas et diffuse le titre « écorche-cœur ». Ce triomphe assure un rendez-vous avec l'avenir à la jeune chanteuse longiligne, visage angélique et cheveux blonds au vent. L'ascension du groupe est immédiate. Le titre fait des étincelles, irradie les sens et Joëlle devient une flamme sexuelle. Sex bomb pop, elle impose une séduction ensorcelante avec sa voix de tombeuse. L'étoile n'est pas filante. Photogénique, télégénique, elle aimante les regards, affole les foules et fait les choux gras des gazettes. Mutine, lumineuse, régénérante, elle a l'attraction d'un astre géant qui éclipse sans mal ses acolytes.

Mutine, lumineuse, régénérante, Joëlle a l'attraction d'un astre géant.

Son couple s'effiloche. En 1978, Joëlle et Serge se séparent. Le groupe, qui voit pâlir son étoile, part aux États-Unis pour enregistrer l'album Pomme. La jeune femme racle le fond de son être, fait deux tentatives de suicide aux barbituriques. Le groupe ne survit pas au mal-être de sa chanteuse et se dissout en 1979, après un dernier 45 tours La Clé des cœurs. Le père de Joëlle prend alors en main la carrière de sa fille. Elle fait un passage éclair dans le label d'Eddie Barclay, fin 1979. Puis Pierre Billon lui maintient la tête hors de l'eau, l'aide à achever son album Joëlle tout court. Son premier 45 tours, Tu sonnes, stagne dans les hit-parades. En 1981, le producteur de Véronique Sanson, Bernard Saint-Paul, tente de la prendre sous son aile. Mais son titre Homme impossible ne décolle pas plus. Sa carrière et sa vie sentimentale font pâle figure. Ses tumultes intérieurs et sa rupture avec Serge, dont elle ne se remettra jamais, creusent sa plaie à l'âme.

En 1982, elle songe à produire seule son prochain disque. Elle compose des mélodies, écrit des textes qui portent les traces de son vécu. Le 15 mai 1982, elle tousse trop, s'étouffe dans son sommeil et meurt d'un œdème pulmonaire. Trois jours après son décès sort son dernier 45 tours, Aime-moi

Dominique PARRAVANO

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