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John Wayne : Le géant au cœur tendre

Publié le 22 juillet 2019

Le 11 juin 1979, s’éteignait celui qui a incarné le visage triomphant de l’Amérique. Mais, derrière le justicier légendaire se cachait un grand timide plein de sensibilité.

Sur sa tombe, restée longtemps anonyme, sa dernière épouse, Pilar, a fait graver cette épitaphe : « Ici repose un mauvais garçon très respecté ». Il y a quarante ans, le 11 juin 1979, disparaissait celui qui, en près de 180 films, a incarné un certain visage de l’Amérique. Un héros qui serait à la fois cow-boy, shérif et Davy Crockett…

De sa carrière, on a tout dit, ou presque. Lui-même la résumait ainsi : « Quel que soit le personnage, j’ai joué John Wayne dans tous mes films et ça m’a plutôt pas mal réussi. » Il lui aura tout de même fallu treize ans, durant lesquels il a été ouvreur, menuiser, tapissier, et acteur de série B, avant de percer !

La consécration arrive en 1939 avec La chevauchée fantastique, de John Ford l’homme qui fut son mentor, ami et père Fouettard, avec lequel il a tourné près de vingt films. Wayne devient alors une star. Pour beaucoup il restera, comme dans le dernier long-métrage qu’il a tourné sous la houlette de Don Siegel, Le dernier des géants

Justicier chevaleresque et macho sur grand écran, l’acteur était dans l’intimité beaucoup plus nuancé : timide, sensible, jaloux, en quête éperdue d’amour…

Quand il voit le jour, le 26 mai 1907, à Winterset dans l’Iowa, sa mère, qui ne lui pardonnera jamais d’être un garçon, l’affuble du prénom de Marion. Comme en témoignera des années plus tard sa fille Aissa : « Je pense qu’il n’a pas eu tout l’amour et l’attention qu’il aurait dû recevoir d’elle. » Il est heureusement très complice avec son père, Clyde.

En 1914, ce dernier, atteint d’une maladie pulmonaire, achète une ferme en Californie où le climat est plus sec. Vingt-quatre mois de misère durant lesquels Marion apprend à monter à cheval – un animal qu’il n’a jamais aimé ! – et à se servir d’un fusil – alors qu’il déteste les armes –, pour aider son paternel. Il a 12 ans quand la famille, à bout de ressources, décide de jouer son va-tout à Los Angeles, où Clyde trouve un emploi dans une pharmacie, son premier métier.

Au collège, on se moque de son prénom, railleries qu’il fait taire à coups de poings. C’est un autre mauvais camarade qui l’affuble du surnom de son chien, Duke, qu’il gardera toute sa vie.

Élève brillant, l’adolescent sait depuis longtemps ce qu’il fera plus tard : avocat. Pour réparer les nombreuses injustices qu’à son jeune âge il a déjà connues ? À la faculté de droit, il croise les yeux noirs de Joséphine Saenz, dont il tombe fou amoureux. Timide et sans le sou, il n’ose pas lui déclarer sa flamme. Il cumule les petits boulots et décroche une bourse sportive grâce à ses talents sur les terrains de football où il se fait remarquer par la star du western, Tom Mix, qui lui offre un poste d’accessoiriste.

En 1930, en le voyant décharger un camion, le réalisateur Raoul Walsh, qui cherche le héros de son film La piste des géants, lui propose de faire un bout d’essai, à l’issue duquel il l’engage. Du jour au lendemain, sans même avoir été consulté, Marion Morrison devient John Wayne, plus glamour pour Hollywood. Le film est un échec, mais lui permet de décrocher de nombreux rôles dans des westerns de séries B.

Gagnant correctement sa vie, le Duke se résout enfin à révéler ses sentiments à celle qui occupe son cœur et ses pensées depuis huit ans. De leur mariage, en 1933, naissent quatre enfants, Michael, Patrick, Mary et Melinda. S’il adore ses gosses, la vie conjugale avec Josie lui pèse. Il préfère s’enivrer avec John Ford, rencontré en 1926, que passer des soirées auprès de cette fervente catholique, que selon ses propres mots : « [il] ne pouvai[t] pas embrasser sans l’autorisation d’un prêtre » ! En 1945, leur divorce est prononcé.

Un an plus tard, John épouse Esperanza Baur, qu’il a rencontrée en 1941. Cette dernière, qui ne peut pas avoir d’enfants, ne supporte pas ceux de l’acteur. Les scènes se multiplient, le quotidien devient un enfer. « Nous étions comme deux produits chimiques volatils agités dans un même pot », dira la star, après leur divorce en 1952. 

Le grand amour de sa vie il le connaît avec Pilar qui lui dit « oui » en 1954. Fille d’un diplomate péruvien, totalement étrangère au monde du cinéma, cette adorable brune lui apporte équilibre et sérénité. Elle seule sait à quel point, sous ses allures de séducteur, John est gauche et mal à l’aise avec les femmes, comme elle le confiera après sa disparition : « Il en avait peur, il se plaignait de ne pas les comprendre. Il était d’une grande fidélité, honnête et droit, un aussi bon mari que père ; pour lui, la famille était plus que tout, il aimait étreindre ses enfants, s’amuser avec eux. »

Fruits de leur union, Aissa, John et Marisa ont eux aussi connu ce visage, bien différent de celui que John arborait à l’écran. Dans une interview accordée en 1993, Aissa confiait : « Il voulait sans arrêt qu’on s’intéresse à lui, et lorsque notre attention était ailleurs, ça le rendait jaloux. Toute sa vie, il a ressenti une grande insécurité, il avait toujours peur qu’on ne l’aime pas. Lorsqu’il a reçu son premier prix en 1970 pour ses dons d’acteur, il était revenu à la maison en criant : “ Ils m’aiment, vous voyez, ils m’aiment !” »

Après vingt ans d’un bonheur sans nuages, John et Pilar se séparent. Il veut qu’elle le suive sur chaque tournage, elle choisit d’élever leurs enfants. Ils resteront amoureux jusqu’à ce que le cancer emporte la star.

Trois semaines avant sa mort, le Duke, très affaibli, avait tenu à assister à la cérémonie des oscars pour y remettre celui du meilleur réalisateur. Pâle et tremblant, il était parvenu à prononcer son discours. Personne ne savait qu’il portait une combinaison de plongée sous son smoking pour paraître moins maigre…

Lili CHABLIS

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