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Johnny : Frappé par la mort alors qu’il venait de fêter ses 71 ans !

Publié le 20 juin 2014

Quelques jours avant de célébrer la fête des Pères et son anniversaire en famille, sur les hauteurs de Santa Monica, le rocker a appris une terrible nouvelle qui lui a porté un � coup fatal�…

C’est un coup terrible ; le poignard que l’on n’a pas vu venir frappe soudain ; la lame qui pénètre les chairs atteint directement le cœur, et celui qui est frappé sait que rien ne pourra jamais plus être comme avant. Car la mort vient de le marquer de son sceau indélébile. C’est le drame atroce qu’a vécu Johnny Hallyday la semaine dernière, alors qu’il s’apprêtait à fêter un double événement : son 71e anniversaire, lequel tombait cette année le même jour que la fête des Pères.

Le fondateur du Golf Drouot, Henri Leproux, avec les pionniers de ce temple du rock, Johnny Hallyday et Eddy Mitchell.
Le fondateur du Golf Drouot, Henri Leproux, avec les pionniers de ce temple du rock, Johnny Hallyday et Eddy Mitchell.

Or c’est bien une sorte de père que, soixante-douze heures plus tôt, la mort venait de lui ravir. Un homme qui, s’il ne l’a pas réellement engendré, l’a tout de même, d’une certaine façon, mis au monde. En métamorphosant un gamin nommé Jean-Philippe Smet en une idole flamboyante connue sous le nom de Johnny Hallyday. Cet homme s’appelait Henri Leproux, il avait 86 ans.

Souvenez-vous, l’année dernière, à cette même époque, à l’occasion des 70 ans de Johnny, Hugues Vassal et moi vous proposions une série d’articles évoquant l’enfance et la jeunesse du rocker, son irruption sur la scène française qu’il ne devait plus quitter, ses frasques, ses amours… Tout cela dans le bain de jouvence bouillonnant du début des années 60.

Eh bien, rien de tout cela ne se serait produit si Henri Leproux n’avait pas été là au bon moment, et Johnny serait peut-être resté à jamais Jean-Philippe sans le coup de baguette magique de cet homme extraordinaire !

Que faut-il faire, vers 1955, pour transformer une sorte de salon de thé peu fréquenté en une discothèque incontournable et mythique quand on vient d’y être engagé comme barman ? Âgé de 27 ans, Henri, dans un éclair de génie, trouve la solution miracle : il y fait installer un des tout premiers juke-box disponibles en France et garnit celui-ci de disques de rock américain, afin d’attirer la jeunesse, avide de nouveauté et de rythme. Ça y est, le Golf Drouot est lancé !

Adieu Henri Leproux !
Adieu Henri Leproux !

On ne va pas répéter l’histoire, que chacun connaît désormais : la bande du square de la Trinité qui, rapidement, va faire de l’endroit son quartier général, avant de lui donner toutes ses lettres de noblesse, des « garnements » de 15 ou 16 ans qui bientôt deviendront Eddy Mitchell, Long Chris, Jacques Dutronc et… Johnny Hallyday, bien sûr ! Tout le monde sait bien que c’est là, au Golf Drouot, que la fantastique épopée des yé-yé a vu le jour.

Ce qu’on sait peut-être moins, c’est à quel point Henri Leproux fut un rouage essentiel, indispensable, dans cette marche vers la gloire des uns et des autres, et principalement de Johnny. « J’ai connu Johnny en 58, racontera-t-il plus tard. Il n’habitait pas loin du Golf, puisqu’il demeurait au 13, rue de la Tour-des-Dames. Il venait avec d’autres jeunes du quartier… »

Henri sera même le témoin privilégié de l’une des premières histoires d’amour de la future idole avec une petite lycéenne prénommée Claude : « Cette jeune fille, malheureusement, n’aimait pas beaucoup qu’il chante du rock’n’roll. Elle lui disait toujours qu’il ferait mieux de trouver un travail plus sérieux. Et Johnny, qui est un sentimental, était très ennuyé qu’elle n’aime pas cette musique qui était sa seule raison de vivre. »

Johnny 4Déclic

Raison de vivre : c’est bien l’expression qui convient. Le premier enregistrement du futur Johnny date de 1959 : il est fait sur un coin de table, en utilisant le micro d’un Dictaphone « emprunté » par l’un de ses copains à son père. Autant dire que la qualité sonore de ces premières et très émouvantes traces laisse franchement à désirer ! Pourtant, cela suffit à Henri Leproux pour s’apercevoir que ce jeune Jean-Philippe a un vrai talent. De ce jour, il va tout mettre en œuvre pour le propulser sur le devant de la scène.

Il va devenir celui par qui le papillon que personne n’a encore deviné sort finalement de sa chrysalide. Pour commencer, il met la salle dont il a la charge à la disposition de son jeune poulain. Premier déclic essentiel : « Le Golf a été très important pour moi, dira Johnny plus tard, car c’est là que j’ai osé pour la première fois, en dehors de ma chambre, chanter devant un véritable public français de connaisseurs. »

Pourtant, ce premier pas aurait pu n’être suivi d’aucun autre, dans la mesure où, en dehors des adolescents mordus de rock, personne ne venait au Golf Drouot. C’est encore Henri Leproux qui va pousser Johnny à faire du forcing auprès des professionnels du show-business de l’époque. Il lui indique les bonnes portes et lui enseigne le moyen de les faire s’ouvrir. « Un jour, je lui ai fait passer une audition devant la secrétaire de Félix Vitry, le directeur de Bobino. Cette jeune fille était ravie et s’est rendu compte du talent de Johnny. »

Johnny 3Chagrin

C’est encore grâce aux connaissances, à l’enthousiasme et à l’énergie de Leproux, à son « abattage », que Johnny peut enfin monter sur une vraie scène, celle du Marcadet-Palace, le 30 décembre 1959. C’est son premier vrai succès, celui qui va déclencher tout le reste.

Mais, pour Henri, gagner sur scène ne suffit pas : avec un acharnement que rien ne rebute, il fait lui-même le siège de tous les éditeurs de musique et maisons de disques de Paris, afin de placer son protégé, en lequel il croit plus que jamais. Et il a bien du mérite, car on ne veut de Johnny nulle part ! Ainsi, chez Barclay, on lui fait cette prophétie : « C’est peut-être valable en Amérique ou au Golf Drouot, mais en France ça ne marchera jamais ! »

Henri Leproux finit pourtant par pousser la bonne porte, qui ouvre sur le paradis. En l’occurrence, celle des disques Vogue où, le 14 mars 1960, Johnny sort son premier 45 tours avec quatre chansons, dont T’aimer follement, qui va devenir son premier tube. La planète Johnny est sur orbite. Henri va créer gratuitement le fan-club de Jojo. Il sera son « banquier » et sa « boîte aux lettres » pendant plus de dix ans…

Jamais la star n’oubliera ce qu’elle doit au Golf Drouot et encore moins à l’homme extraordinaire qui en fut l’âme. Et, cinquante-six ans plus tard, quand il a appris la mort de ce « père spirituel » que le destin avait placé sur son chemin, il a tout de suite diffusé un tweet pour exprimer son profond chagrin face à cette disparition.

À ce moment-là, plus que Johnny Hallyday, c’était certainement Jean-Philippe Smet qui exprimait sa douleur…

Pierre-Marie Elstir

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