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Jonathan Dassin : "Mon nom m'a plus porté que pesé !"

Publié le 2 mars 2021

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À l'occasion de la sortie d'un très bel album hommage à l'idole disparue il y a quarante ans, son fils aîné, Jonathan Dassin, âgé aujourd'hui de 42 ans, se confie…

A fin d'honorer leur célèbre père disparu le 20 août 1980, ses fils, Jonathan, 42 ans, et Julien, 40 ans, ont invité la jeune génération à reprendre avec eux ses plus grands tubes, tous réunis sur un magnifique album sorti à l'automne dernier et sobrement intitulé de l'un de ses très nombreux succès, À toi. De Patrick Fiori aux Kids United, en passant par Axelle Red, Ycare, Camélia Jordana, Jérémy Frérot, Madame Monsieur, Les Frangines et d'autres encore, les deux frères perpétuent ainsi de la plus belle des manières l'incroyable héritage laissé par l'inoubliable interprète de Champs-Élysées, Et si tu n'existais pas et L'Été indien. Pour France Dimanche, l'aîné de la fratrie a accepté de se confier sur cette chouette aventure, mais aussi sur ses enfants, ses projets et ce papa qui, même s'il l'a à peine connu, a laissé un grand vide dans son cœur.


France Dimanche : Vous êtes-vous demandé ce que votre père aurait pensé du bel hommage que vous lui rendez aujourd'hui ?

Jonathan Dassin : Bien sûr, dès que j'imagine ou fais des choses le concernant, je me pose cette question. Mais, au sujet de ce projet, je crois qu'il aurait été bienveillant et assez fier aussi car, que ce soit les artistes qui y participent ou les arrangements, tout est d'une grande qualité. Quel bonheur qu'ils aient tous répondu « présent » et de voir cette émulation autour de cette belle célébration. C'est dans ces moments-là qu'on se rend compte de l'empreinte qu'il a laissé et qui continue de traverser les générations avec la même ferveur. À un titre plus personnel, il y avait bien longtemps que je ne m'étais penché autant sur le sujet, et je suis ravi de voir à quel point il fait partie de l'histoire de la musique française et aussi de notre vie.

FD : À quel moment vous êtes-vous rendu compte de l'immense artiste qu'il était ?

JD : Je pense en avoir toujours eu conscience. On avait des cassettes de ses émissions, on croisait des gens qui l'aimaient beaucoup, notre famille et en particulier notre mère nous en parlait énormément… J'ai donc compris très jeune le grand artiste qu'il était.

FD : Petit, était-il compliqué d'être le fils de Joe Dassin ?

JD : Non, pour ma part je l'ai vécu de manière très naturelle. De plus, tous les gens qui l'adoraient faisaient preuve de beaucoup de bienveillance à notre égard ; quant à ceux qui ne l'aimaient pas, il ne devait pas y en avoir beaucoup car je n'en ai aucun souvenir. Je n'ai pas le sentiment d'avoir souffert d'une quelconque forme de rejet, jalousie ou méchanceté. Je dirais d'ailleurs que mon nom m'a bien plus porté que pesé ! Mais même s'il a pu nous ouvrir quelques portes, il n'a jamais été un laissez-passer ou un passe-droit. Derrière, il fallait être à la hauteur, et peut-être plus encore parce que nous étions ses fils. Nous nous devions d'honorer ce patronyme qui est celui de mon père et aussi de mon grand-père.

FD : N'avez-vous jamais voulu faire autre chose que de la musique ?

JD : Si bien sûr, et je ne m'interdis rien. Mais disons qu'à chaque fois, elle me rattrape. C'est elle qui me passionne le plus. À une époque, comme j'adore la cuisine, je voulais devenir cuisinier, mais, inlassablement, je reviens à la musique. D'ailleurs, aujourd'hui, je travaille à fond sur mon deuxième album. C'est ce qui me porte !

FD : Avez-vous des enfants ?

JD : Oui, j'en ai deux. Jana, 11 ans et Jalil, 5 ans. Comme vous pouvez le voir, nous avons perpétué la tradition familiale des prénoms commençant par la lettre J [Jules, Joe, Jonathan, Julien, Jana, Jalil, ndlr]. Depuis qu'ils sont tout petits, ils savent qui est leur grand-père et je suis très touché lorsqu'ils m'en parlent. De temps en temps, ils aiment bien écouter ses chansons ou le regarder lorsqu'une vieille émission repasse à la télé. Ils me font rire, car ils reconnaissent sa voix immédiatement. Mais je ne vous cache pas que lorsque je suis devenu papa, j'ai été envahi par ce sentiment très fort qui m'a fait me dire que je voulais être là pour eux le plus longtemps possible. Je veux les voir grandir, connaître mes petits-enfants…

FD : En quoi ressemblez-vous à votre papa ?

JD : Même si je n'ai pas eu la chance de le connaître, d'après ce que les gens me disent, j'ai bien conscience de lui ressembler physiquement, et ce même du point de vue de la voix. Dans ma jeunesse, je ne voulais tellement pas avoir le même timbre que lui que je chantais très haut perché, ce qui n'était pas terrible. Alors, j'ai vite stoppé tout ça et me suis autorisé à lui ressembler.

FD : Que gardez-vous de lui ?

JD : Ce qu'il a finalement laissé à tout le monde, à savoir sa musique et son histoire, ce qui est le plus précieux. Ensuite, il nous reste des costumes de scène, des disques d'or, des maquettes… même si énormément de choses, d'archives, de photos sont parties en fumée dans l'incendie de notre maison de Feucherolles, en 1986. Fort heureusement, il nous reste l'essentiel.

FD : Qui vous l'a le mieux conté ?

JD : Notre mère bien sûr, mais aussi beaucoup notre grand-père. On ne le voyait que trois ou quatre fois par an car il vivait à Athènes, en Grèce, mais à chaque occasion c'était intense. Il était passionnant, avec toujours quelque chose à raconter sur sa vie ou celle de notre père. Il avait aussi beaucoup d'intérêt pour nous et surveillait de près notre éducation. Il a vraiment été cette figure paternelle dont nous manquions.

FD : Que ressentez-vous quand certains imitent Joe Dassin ?

JD : Toujours beaucoup de fierté ! Quand je vois qu'aujourd'hui encore, on parle de lui, on écoute ses chansons, on l'imite, et même on le parodie… Je prends ça comme un vrai cadeau ! Ça prouve qu'il est toujours dans le cœur des gens. Très aimé et pas vraiment démodé, je me rends compte. Si ses chansons sortaient aujourd'hui, je suis sûr qu'elles cartonneraient. Moi, j'adore Les Champs-Élysées, c'est ma préférée, mais aussi des moins connues comme Marie-Jeanne, Salut les amoureux, Mon village au bout du monde… Il y en a tellement.

FD : Êtes-vous blessé par des choses négatives qui ont pu être racontées sur votre papa ?

JD : Blessé, non ; plutôt touché. Il y a eu beaucoup de fantasmes autour de mon père. C'était simplement un homme, avec ses qualités et ses défauts. J'ai préféré me construire une image de lui sans les ragots.

FD : Où vivez-vous aujourd'hui ?

JD : Après Tahiti, la Belgique, je suis revenu m'installer dans les Yvelines, pas très loin de notre ancienne maison. Tahiti est l'endroit où mon père est mort, et je ne sais pas pourquoi, à 18 ans, quand je me suis lancé dans la musique, j'ai ressenti le besoin de partir là-bas. C'était pour moi un rêve !

FD : Qu'aimeriez-vous dire à votre père si c'était possible ?

JD : Que j'aurais tant aimé qu'il soit là et vive aussi longtemps que son père, jusqu'à 90 ans ! Malheureusement, on ne refait pas l'histoire…

Caroline BERGER

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