France Dimanche > Actualités > Judy Garland : Étoile fuyante

Actualités

Judy Garland : Étoile fuyante

Publié le 17 juillet 2022

.photos:bestimage
© BESTIMAGE -

Propulsée dans les étoiles à 17 ans avec son rôle dans “Le Magicien d'Oz”, cette icône aux gènes de star, trop tôt déchue, aurait 100 ans.

Judy Garland naît Frances Ethel Gumm le 10 juin 1922, à Grand Rapids, dans le Minnesota. Elle n'est pas désirée (ses parents ont déjà deux filles), mais avec ses yeux comme des billes, ses bonnes joues et son regard rieur, elle devient vite la princesse de son papa ! Dès leur plus jeune âge, ses sœurs chantent et dansent sur la scène du cinéma familial, et, à la fin de 1924, Judy les rejoint. À l'été 1926, la famille part pour la Californie. Les producteurs du 7e  art cherchent la perle rare : des acteurs qui dansent et chantent. Une aubaine pour les sœurs Gumm, poussées par leur mère !

À Hollywood, c'est l'âge d'or des studios : on y fabrique certes du rêve, mais c'est aussi une machine impitoyable qui broie les comédiens et les enfants stars. En 1935, alors que Judy n'a que 13 ans, Louis B. Mayer, patron de la MGM, lui offre son premier contrat. La même année, la fillette perd son père. Le cœur ankylosé et l'âme en pointillé, elle rejoint les bancs de classe de Hollywood aux côtés d'autres enfants stars, dont Mickey Rooney, son frère de cœur, avec qui elle va tourner huit films. Peu à peu, la gamine grandit… et grossit. Trop enrobée pour les canons de l'époque, elle est la cible de quolibets. On lui prescrit alors des amphétamines, une drogue qui peut servir de coupe-faim. Le succès, en 1937, de Blanche Neige et les Sept Nains, de Walt Disney, pousse les studios à développer des films pour enfants. Les dons de Judy n'ont pas échappé à Louis B. Mayer qui lui confie le premier rôle du Magicien d'Oz.

En chair et en Oz

À 17 ans, Judy devient donc la jeune Dorothy, avec ses couettes et sa robe à carreaux, qui rêve à un paradis par-delà l'arc-en-ciel. Le tournage est un cauchemar. Les réalisateurs se succèdent, le scénario est modifié des dizaines de fois, elle est même agressée sexuellement, mais elle tient bon… et impressionne. À sa sortie, en 1939, le film renverse tout, et sa chanson, Over the Rainbow, devient un classique. « Judy Garland est la meilleure actrice de tous les temps parce qu'elle n'interprète pas les chansons, elle les vit », déclare Mickey Rooney en lui remettant un Oscar spécial de la meilleure jeune comédienne.

La star en herbe captive Hollywood et devient une cash machine qui tourne à un rythme effréné : près de dix films en deux ans. Mais elle s'épuise, se consume et ne tient souvent qu'à grand renfort d'amphétamines. La jeune femme, à la recherche de protection depuis la mort de son père, se pelotonne aussi auprès des hommes. Elle leur donne ce qu'ils attendent de sa jeunesse et prend ce dont ses nuits débordent, sans poésie ni tendresse. En quelques mois, elle se marie avec un chanteur, puis tombe enceinte d'un acteur… Louis B. Mayer ordonne son avortement. Elle en ressort meurtrie. La vraie vie abîme ses chimères.

Sur scène, elle semble habitée et immortelle. Mais elle chante pour ne pas tomber…

Le Magicien d'Oz (1939).

En 1944, sur le tournage du Chant du Missouri, elle tombe amoureuse du réalisateur Vincente Minnelli, qu'elle épouse l'année suivante. Ce dernier sait la rendre belle et lui redonne confiance, lui permettant de livrer ses prestations les plus abouties En 1946, c'est la naissance de leur fille, Liza. Mais si Minnelli comprend l'actrice, il passe à côté de la femme. Dépressive et accro aux médicaments, l'étoile perd de son éclat. Elle est hospitalisée et doit abandonner plusieurs rôles : après Parade de printemps, en 1948, elle laisse ainsi sa place aux côtés de Fred Astaire à Ginger Rogers.

“Lost in Hollywood”

En 1950, la MGM, intraitable, met un terme au contrat de la jeune femme de 28 ans. Le coup de grâce survient quelques mois plus tard lorsqu'elle surprend Vincente Minnelli au lit avec son chauffeur. La blessure de trop. Elle tombe. On la croit finie. Pourtant, elle rebondit en se consacrant à la chanson, devenant rapidement un double féminin de Sinatra. Sur scène, elle semble habitée et immortelle. Mais elle chante pour ne pas tomber, pour rester droite. Ses prestations acclamées lui permettent de signer son retour au cinéma. En 1954, elle crève l'écran dans Une étoile est née, et obtient le Golden Globe de la meilleure actrice. Pourtant favorite, elle rate l'Oscar qui revient à Grace Kelly. Un autre coup dur.

Chant du cygne

Ruinée par un nouveau mari, gavée aux comprimés de toutes sortes, Judy a mal à la vie. « On m'insulte, on m'humilie. Je ne suis qu'une vulgaire chose qu'on appelle pour chanter ses classiques sur scène, puis qu'on remet au placard », dit-elle. Pourtant, elle se relève encore. En avril 1961, elle éblouit le monde au Carnegie Hall, à New York, et devient la première femme sacrée d'un Grammy du meilleur album de l'année ! Un dernier soubresaut comme un doigt d'honneur à ceux qui l'ont déjà enterrée mille fois. Mais on ne vit pas impunément sur un fil. Ses démons l'emportent pour de bon : le 22 juin 1969, à 47 ans, celle qui disait « Je crois beaucoup en cette idée d'arc-en-ciel, j'ai d'ailleurs passé ma vie à essayer d'aller au-delà » meurt d'une overdose médicamenteuse.

Elle a été mariée cinq fois !

En 1941, elle s'unit avec le compositeur David Rose, dont elle divorce après trois ans. Elle rencontre alors Vincente Minnelli, qu'elle épouse en 1945 et dont elle a une fille, Liza, en 1946. Mais entre addictions et homosexualité, ils se séparent en 1951. Dans la foulée, elle convole avec l'homme d'affaires Sidney Luft avec qui elle a deux enfants, mais divorce en 1965. Suit une brève union avec l'acteur Mark Herron, puis un dernier mariage avec le musicien Mickey Deans en 1969, trois mois avant sa mort.

Dominique PARRAVANO

À découvrir