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Julie Bataille : “Lorsque je voyais Claude François, il m’offrait des fleurs !”

Publié le 20 mai 2019

C’est sans amertume que Julie Bataille revient, quarante ans après, sur ses glorieux débuts en tant que chanteuse.

Des combats, elle en a gagné au cours de sa vie ! À 60 ans aujourd’hui, celle qui s’est fait connaître grâce à son tube Pas besoin d’éducation sexuelle, écoulé à 950 000 exemplaires lors de sa sortie, revient sur son parcours, mais aussi sur le devant de la scène. Avec une compilation, La petite minette, qui retrace son itinéraire musical et une autobiographie Y en a qu’une, c’est la brune ! (aux Éditions du Net). L’occasion de se plonger à corps perdu dans cette époque dorée qui a, comme elle, bien connu Claude François, Jacques Martin, Sheila, François Valéry ou Karen Cheryl !

France Dimanche  : C’est Claude François qui vous a découverte grâce au concours Miss Podium en 1973.
Julie Bataille : Lors de notre première rencontre, Claude était en peignoir ! Il sortait de scène et était furieux contre un musicien. Et il l’a renvoyé alors que j’étais là. C’était un homme d’affaires. Il était du genre à congédier puis à réembaucher quelques semaines plus tard. À l’époque, je n’avais que 12 ans. Je n’ai pas très bien compris ce qui se passait. Après cet épisode, il m’a invitée au restaurant. Par la suite, on s’est vus souvent. Je crois qu’il s’était pris d’affection pour moi. Si à chacun de nos rendez-vous, il m’apportait des fleurs, il s’est toujours montré très correct avec moi. Jamais il n’a été question de sexe.

FD  : Vous lui aviez fait la promesse de ne jamais vous arrêter de chanter…
JB : Oui, et je l’ai tenue. J’avais 19 ans à sa mort. Ç’a été très dur. Les souvenirs que j’ai de lui sont ceux d’une enfant. La semaine dernière, je suis allée voir Michel Drucker, qui, lui aussi, a été très présent au cours de ma carrière. Et, comme toujours, nous avons parlé de lui.

FD  : Vous étiez considérée comme la nouvelle Sheila. Comment avez-vous vécu cette situation ?
JB : Philippe Carrère, mon producteur, me voyait comme son héritière [de Sheila, ndlr]. J’ai eu de la chance de l’avoir, même s’il s’est sûrement un peu servi de moi. Il était pourtant évident que Sheila poursuivrait son extraordinaire carrière. À l’époque, cependant, je pensais que ça durerait toujours. Mais je n’ai fait que trois disques ! [Pas besoin d’éducation sexuelle (1975), La petite minette (1975), Tu es la plus belle (1976), ndlr.]

FD  : Comment ça se passait avec elle ?
JB : C’était un peu compliqué. Les médias y allaient fort. On pouvait lire dans les journaux : « Claude Carrère vient de découvrir la nouvelle Sheila », « Sur les traces de Sheila ». Encore une fois, je n’étais qu’une gamine. Alors je rasais les murs de la maison de disques quand elle était là. Récemment, on s’est vues lors d’une convention de la chaîne Melody, où je travaille aujourd’hui. On a pris une photo. Le temps aplanit les choses.

FD  : Vous n’aviez que 16 ans à l’époque. Comment avez-vous vécu cette célébrité ?
JB : J’ai été projetée dans un monde qui me dépassait. Quand j’étais en promotion, j’avais un planning de dingue ! On enchaînait les plateaux de télévision belge, suisse, luxembourgeois, etc. On était toujours sur les routes. Quand je rentrais à Tremblay-en-France chez mes parents, j’étais dans un petit pavillon de banlieue avec des gens modestes. Il n’était pas question de faire la vedette ! Autour de moi, ça ne parlait pas ! Alors je préférais être discrète, dans mon monde. Mes fringues de scène, par exemple, je les dissimulais pour ne pas faire de peine à mes parents.

FD  : Dans votre livre, vous confiez que votre relation avec François Valéry était montée de toutes pièces.
JB : Un après-midi, on a fait des photos ensemble au parc Monceau mais il n’y a jamais rien eu entre nous ! À l’époque, le schéma de base, c’était : coup de foudre, problème, rupture… C’était facile de prendre deux artistes de la même maison de disques et de leur inventer une histoire pour les fans.

FD  : Et Karen Cheryl vous aurait volé une chanson ?
JB : Karen n’y est pour rien ! J’ai eu un souci avec Didier Barbelivien. J’ai servi de choriste pour la maquette de Twister ma peine. Finalement, c’est Karen qui a enregistré la voix. Mais bon, ils ont pris celle qui marchait le mieux. C’est le jeu, ça fait partie du métier. Au fond, on était deux jeunes filles qui faisaient presque la même chose. Je pense que Karen a eu de la chance de travailler avec Mémé [le producteur Humbert Ibach, ndlr]. Carrère s’est bien occupé de moi, mais il était très pris par Sheila. Karen a souhaité mettre un terme à sa carrière. Si j’avais été avec Mémé, j’aurais continué !

FD  : Aujourd’hui vous êtes imitatrice et faites des voix off pour de nombreuses chaînes. A-t-il été difficile d’abandonner vos rêves d’une carrière de chanteuse ?
JB : Ç’a été dur à un certain moment. J’ai pris mon envol assez tôt. Il faut dire que mes parents n’étaient pas très présents pour moi. Quand j’ai eu besoin de payer mon loyer, j’ai commencé à faire des imitations de Sheila, de Karen Cheryl, etc. Quand tu sais que l’original marche fort et que tu fais la même chose, ça t’apprend l’humilité. Et deuxièmement, tu dois travailler super vite ! Faire des voix, c’était pour moi une manière de rester dans le métier.

FD  : Vous avez ensuite travaillé avec Jacques Martin. Comment était-il ?
JB : C’est un grand professionnel, mais il était colérique. Il fallait travailler vite, mais tu apprenais beaucoup avec lui. Tous les gens talentueux ont des travers. Alors oui, il était particulier, mais il a donné leur chance à de nombreux artistes. Parfois, pourtant, il pouvait se montrer jaloux. Par exemple, il n’avait pas apprécié que je participe à une émission de Patrick Sébastien sur une autre chaîne. J’avais pourtant l’accord de la direction, mais Jacques était furieux !

FD  : Quand vous travailliez à Dimanche Martin, il vous a d’ailleurs remplacée sans vous prévenir…
JB : Il m’a même fait le coup deux fois. S’il m’en avait informée avant, j’aurais pu rebondir ! Mais il y a beaucoup de déni dans ce métier. Ça ne servait à rien de lui en parler.

Julia NEUVILLE

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