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Juliette Gréco : elle a dit adieu à Philippe, son grand amour

Publié le 26 mars 2004

Le jeune premier des années 50 s'est jeté sous une rame de métro, le 15 mars dernier. Juliette Gréco était sa première femmeLe jeune premier des années 50 s'est jeté sous une rame de métro, le 15 mars dernier. Juliette Gréco était sa première femme

Dans les années cinquante, toutes les petites Françaises se pâmaient devant ce jeune premier, s'enflammaient pour lui, le héros des films de cape et d'épée. Pourtant, ce mardi 23 mars, lors de l'enterrement de Philippe Lemaire à l'église Saint-Roch, à Paris, peu de femmes se pressaient devant son cercueil... Cependant les deux grandes amours de sa vie étaient bien là, fidèles : Claude Monbason, sa dernière compagne, et Juliette Gréco, sa première épouse.

Car ce Don Juan avait réussi un véritable tour de force en accrochant la muse de Saint Germain-des-Prés dans ses filets. Juliette avait même accepté, et contre toutes ses convictions, de se marier. C'est en janvier 1953 qu'elle avait dit «oui» à Philippe, devant monsieur le maire.

Dans leur immense appartement de la rue de Berri, le couple s'était alors construit un petit nid d'amour, pour y accueillir leur fille, Laurence. Pourtant, les tourtereaux étaient tous deux bien trop épris de liberté pour ne pas, un jour, voler de nouveau de leurs propres ailes. Et malgré son succès, Philippe ne se débarrassait pas de son mal de vivre.

Car au départ, le play-boy n'aspirait qu'à une chose : prendre la mer, comme ses dix-huit oncles et cousins. Mais dès l'enfance, Philippe affronte des drames en cascade. À 4 ans, il perd son père. Cinq ans plus tard, c'est sa mère qui disparaît.

Le petit est alors confié à une vieille tante. Depuis, un seul et lancinant désir hante Philippe : fuir loin de ce monde étouffant. Comme il ne peut devenir marin, il tente alors de s'échapper sur d'autres planches. À 19 ans, il suit ses premiers cours d'art dramatique. Et, grâce à son physique, se fait aussitôt remarquer.

Ainsi, pendant plus de quinze ans, Philippe étreint, à la scène comme à la ville, les plus belles femmes du pays. Certains même de murmurer qu'avec Jeanne Moreau, la réalité aurait rejoint la fiction.

Or, Philippe déteste être prisonnier de son image de «gravure de mode». Alors même qu'il atteint le sommet de sa gloire, le désespoir le ronge déjà. Pis, dans les années soixante, avec la Nouvelle Vague, le cinéma de Philippe est banni de l'écran. C'est le début d'une longue traversée du désert. Plus de scénarios, plus de cachets, rien. À part quelques seconds rôles sans envergure, personne n'a plus besoin de lui.

Séducteur

C'est ainsi qu'en 1966, le comédien fait sa première tentative de suicide. Lorsqu'il refait surface, il donne une terrible interview : «J'ai toujours su que je me suiciderais. Pendant des années, je me réveillais en sursaut. Je faisais toujours le même rêve : celui de mon suicide. Machinalement, j'en mettais au point tous les détails.» Heureusement, une femme, Claude, le tire du gouffre. Un amour aussi salvateur que la naissance de leur fils, Éric.

Pourtant, le démon de la solitude a finalement repris le dessus. Même Claude n'a pu le sauver de son mal de vivre. Et, le 15 mars dernier, le séducteur s'est jeté sous une rame de métro.

Une sortie théâtrale, comme Philippe l'avait toujours prédit. Il avait 77 ans et personne ne se retournait plus sur lui.

Gérard Chagnon

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