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Juliette Gréco : "Je trouve que je devrais mourir"

Publié le 10 avril 2009

«Il y a deux choses contre lesquelles on ne peut rien : l'amour et la mort », avait confié Juliette Gréco au magazine Point de vue.

Le premier, Juliette Gréco l'a vécu autant qu'elle l'a chanté. Quant à la seconde, elle l'a frôlée, et depuis, trouve qu'elle tarde à venir.

À 82 ans, l'inoubliable interprète de grandes chansons comme Jolie môme et Déshabillez-moi vient, en effet, de livrer dans les colonnes de Gala la plus bouleversante des confessions. « Depuis toute petite, je sais que je vais mourir, raconte-t-elle. Enfant, j'avais seulement peur d'être aveugle, alors je m'entraînais à vivre les yeux fermés et les bras tendus. Je n'ai toujours pas peur de mourir. Je trouve même que cela tarde un peu ...» Avant d'ajouter : « Sincèrement, je trouve que je devrais mourir. »

Déclaration

Une déclaration des plus inattendues, surtout quand on sait que cette grande dame de la chanson française fête cette année ses soixante ans de carrière. Carrière durant laquelle elle a côtoyé les plus grands (Jacques Brel, Serge Gainsbourg, Léo Ferré, Miles Davis...).

->Voir aussi - Juliette Gréco : Elle a dit adieu à Philippe, son grand amour

Juliette Gréco s'apprête à sortir, le 20 avril, un tout nouvel album intitulé Je me souviens de tout (Polydor). Un magnifique opus pour lequel la grande artiste a réuni autour d'elle de talentueux chanteurs tels qu'Olivia Ruiz, Miossec, Maxime Le Forestier, ou encore Abd Al Malik.

Et ce n'est pas tout. La grande interprète enflammera la scène du Théâtre des Champs-Élysées, à Paris, durant plusieurs jours, du 4 au 10 juin. Alors, comment peut-on exprimer un tel désir de voir la fin venir, quand on a encore tant de beaux projets qui continuent de vous faire vibrer ?

Parce que, même si Juliette se laisse toujours transporter par cette merveilleuse passion qu'elle a pour la chanson française et la scène, elle n'en reste pas moins consciente qu'avec le temps qui passe, certaines choses déclinent, se détériorent. « Depuis trois ans, c'est plus difficile, est-elle forcée de reconnaître. Ma santé est fragile. »

Déficience

L'artiste à la mèche blanche souffre, en effet, depuis de nombreuses années, d'une très grave déficience du cœur dont les conséquences sont de plus en plus difficiles à vivre. On se souvient d'ailleurs du 17 novembre 2003, alors qu'elle était invitée sur le plateau d'une émission présentée par Rachid Arhab et Sarah Lelouch. Elle avait été victime d'une crise d'une telle violence, qu'il avait fallu appeler le Samu et la faire hospitaliser d'urgence.

Son cœur avait pourtant subi une première alerte, quelques jours auparavant, avec une crise d'arythmie. « L'autre jour, à 5 heures du matin, avait-elle alors confié au Monde, je dormais seule à l'hôtel Lutetia, quand mon cœur s'est mis à donner des coups de pieds, comme un enfant dans le ventre d'une femme enceinte. »

Ces terribles malaises rappellent régulièrement à Juliette le danger encouru chaque fois qu'elle chante, et qu'elle offre à son public le meilleur d'elle-même.

D'autres, à sa place, auraient arrêté la scène, pour s'économiser. Pas Juliette... Seulement voilà, trois ans plus tard, le tragique scénario allait se répéter. Le 27 avril 2006, celle qui restera pour tous la muse de Saint-Germain-des-Prés était à nouveau victime d'un accident cardiaque. Et, cette fois-ci, Juliette avait véritablement frôlé de la mort. À l'époque seule une opération effectuée de toute urgence avait pu la sauver in extremis.

Et pas plus tard que l'été dernier, la « grande faucheuse » est venue une nouvelle fois frapper à la porte de l'artiste, sans l'emporter.

« Mon coeur s'est mis à battre comme un fou, confiet-elle aujourd'hui. Je suis partie dans une ambulance chaotique, qui m'a fait penser à ce que devaient être les diligences. Je suis arrivée dans un l'hôpital, ils m'ont regardée et ont dit : "Elle est vide." Ils voulaient dire que j'étais complètement déshydratée. Alors, ils m'ont réhydratée, et je me suis mise à enfler comme un énorme ballon de football. Couchée, intubée, énorme, les yeux ouverts, j'attendais que ça passe ou que ça finisse. »

Dingue

Mais, cette fois encore, si la mort est venue rôder, elle n'a pas voulu d'elle. « Dingue ! ajoute-t-elle d'ailleurs, non sans humour. J'ai été très étonnée de m'en sortir et de retourner travailler. Quand mon médecin me voit, il rit. Monter sur scène à mon âge, franchement, je n'en reviens pas moi-même. »

Mais celle pour qui « le bonheur va de soi, c'est un don ...» a également la grande chance de posséder le don de la chanson, qui continue de la faire vivre et de nous faire vibrer. Car, Juliette Gréco de conclure : « Tant que je peux chanter, alors je suis d'accord. » Et nous, alors !

Laura Valmont

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