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Juliette Gréco : Sauvée du suicide par Françoise Sagan !

Publié le 30 décembre 2011

Juliette Gréco incarnera à tout jamais la liberté de l'après-guerre. Sur cette époque et sur bien d'autres, la muse de Saint-Germain-des-Prés se livre sans fard dans son autobiographie. L'interprète de Déshabillez-moi a choisi de se raconter sans manières, alors que Juliette Gréco aura bientôt 85 ans, dans Je suis faite comme ça, son autobiographie à paraître le 11 janvier prochain chez Flammarion. De l'enfant discrète à la madone de la chanson française, elle n'occulte rien d'un parcours souvent semé d'embûches. France Dimanche vous en livre, en avant-première, trois passages clefs : l'absence d'amour de sa mère, sa fausse couche, à 20 ans, et sa tentative de suicide.Juliette Gréco incarnera à tout jamais la liberté de l'après-guerre.

Un amour à sens unique pour sa mère

« Ma petite enfance n'est ni très heureuse, ni très malheureuse, écrit Juliette. Elle est juste sans amour maternel et sans père. » Ce père, elle a longtemps cru que c'était ce beau policier corse qui avait quitté sa maman peu après sa naissance. Mais un jour, dans un accès de colère, sa génitrice lâche violemment la terrible vérité : « Tu es le fruit d'un viol. »

->Voir aussi - Juliette Gréco : "Je trouve que je devrais mourir"

Cruelle, la mère s'ingénie même à instiller le doute chez sa petite fille, en lui assénant plus tard : « Tu es une enfant trouvée ! » Bien que brutale, cette révélation permet à Juliette d'expliquer bien des choses. Car l'amour qu'elle voue à sa maman sera toujours « à sens unique », explique-t-elle dans Je suis faite comme ça. Sa mère lui a toujours préféré sa grande soeur, Charlotte.

« Le 7 février 1927 vient au monde une seconde fille, celle de trop. Moi, écrit courageusement la chanteuse. Je suis la non désirée, l'inutile dans la descendance, une fille de surcroît. » Telle Folcoche dans Vipère au poing, Mme Gréco fera preuve d'une terrible cruauté envers sa cadette. Quand, à 11 ans, la fillette se perce la veine fémorale lors d'une chute à vélo, la marâtre l'accuse de simuler. Or, sa vie durant, Juliette, cette écorchée vive, ne fera jamais semblant : l'artiste qu'elle deviendra est l'héritière directe de cette enfant sacrifiée.

Anéantie par les ragots, elle absorbe des somnifères

« Si je ressens du dégoût, c'est que je vais très mal », confesse la chanteuse. Ce sentiment extrême, elle ne l'a ressenti que deux fois dans sa vie. La première l'a conduite à gifler un agent de la Gestapo qui la tabassait pendant la guerre. La seconde, c'est contre elle-même que sa violence s'est exercée...

Nous sommes dans les belles années du « Tout-Paris et Saint-Germain réunis ». Après un dîner chez Régine en compagnie, entre autres, de Jacques Chazot, Gréco rentre chez elle, « anéantie » par les « mensonges, ragots, méchancetés » entendus sur les uns et les autres. Elle absorbe alors des somnifères. « Je ne sais pas pourquoi j'ai commis cet acte, se demande-t-elle encore aujourd'hui. La tendance suicidaire ne me ressemble pas. »

À 4 heures du matin, son amie Françoise Sagan la trouve inanimée dans sa salle de bains et appelle les secours. Juliette la battante a mis longtemps à se pardonner ce geste de détresse. « J'ai pensé que j'avais manqué de courage », regrette-t-elle. Quelques années plus tard, pour la consoler, Sagan lui écrira la pièce Bonheur, impair et passe.

Son beau pilote parti à jamais

À la fin des années 40, lors d'un récital à Genève, Juliette s'évanouit en quittant la scène. Transportée d'urgence dans une clinique, elle fait une fausse couche. Si l'on sait qu'elle aura finalement une fille, Laurence-Marie, née en 1954 de son mariage avec l'acteur Philippe Lemaire, on ignorait ce drame intime. Car cet enfant est issu d'une liaison secrète avec un homme marié, de 20 ans son aîné. « Je ne lui ai jamais parlé du fruit de notre amour passionné que j'ai porté deux mois dans mon ventre », révèle Gréco.

Et pour cause : pudiquement désigné sous le pseudo « JPW » dans le livre, ce pilote automobile meurt le 28 janvier 1949 dans un accident sur un circuit argentin. Il ne saura jamais que sa maîtresse attendait un enfant de lui. Soixante-trois ans après, on peut dévoiler que ce « JPW » n'est autre que Jean-Pierre Wimille, célèbre champion de l'époque.

« Je vis avec la douleur de sa disparition bien cachée au fond de moi », confie Juliette Gréco.

Benoît Franquebalme

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