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Juliette Gréco : Ses 10 secrets les mieux cachés

Publié le 22 mars 2020

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Alors qu'elle vient de fêter ses 93 ans le 7 février, vous ne savez peut-être pas tout de "la rose noire". Voici quelques détails du parcours hors du commun de cet être humain, infiniment humain.

SA MÈRE NE L'AIMAIT PAS…

À la naissance, Juliette naît avec un très sérieux handicap : elle n'est pas un petit garçon ! C'est en tout cas comme cela que sa mère voit les choses. « On m'a retournée. Ce n'était que moi », racontera Juliette à Françoise Piazza, biographe, auteur de Juliette Gréco, entrer dans la lumière, paru aux éditions de l'Archipel. Constante dans son non-amour, sa génitrice lui donnera plus tard différentes versions de sa venue au monde : « Tu es l'enfant d'un viol », « Tu es une enfant trouvée », « Je t'ai achetée à des Romanichels ».

LE SOUVENIR D'UNE GIFLE

En 1943, sa mère, membre de la Résistance, est arrêtée. Avec sa sœur aînée Charlotte, Juliette rejoint Paris où les deux jeunes filles sont capturées – l'aînée ayant sur elle des documents compromettants. Juliette a 15 ans et envoie une claque à l'homme qui l'interroge, ce qui lui vaut d'être torturée et emprisonnée à Fresnes. « Mais, bizarrement, aujourd'hui encore, cette gifle fait partie des grands bonheurs de ma vie. J'éprouvais un tel sentiment de colère que je n'avais pas peur », a écrit la chanteuse dans son autobiographie, Jujube, éd. Le Livre de poche. La mère et la sœur reviendront de Ravensbrück en 1945, telles « deux mortes vivantes ».

SAUVÉE PAR SA PROF DE FRANÇAIS

Libérée de la prison de Fresnes, Juliette se retrouve seule dans Paris occupé. C'est son ancienne professeur de français, Hélène Duc – elle deviendra comédienne – qui l'accueille chez elle, dans le VIe arrondissement, et prend soin de la jeune fille. La chanteuse déclarera en 2015 au journal Le Monde qui lui demandait si Hélène avait joué le rôle de « deuxième mère » : « C'est MA mère ! L'autre n'a fait que me mettre au monde une première fois. »

SERGE GAINSBOURG LUI AVAIT OFFERT UN TABLEAU SIGNÉ DE SA MAIN

Il représentait le chanteur et sa sœur, âgés de 3 ou 4 ans, jouant au parc, dans le sable. Serge, qui écrira en 1962 La Javanaise pour Juliette, le lui avait offert quelques mois avant de détruire toutes ses œuvres picturales en 1958, et d'abandonner la peinture pour la chanson. Hélas, la maison de Juliette a été cambriolée en 2015 et le tableau, dérobé.

ELLE EST L'UNE DES PREMIÈRES À ASSUMER SA RHINOPLASTIE

« Voir ma tronche sur un écran n'est pas mon passe-temps favori », disait-elle. Trouvant son nez trop fort et trop long, elle passe plusieurs fois entre les mains d'un chirugien. La première, à la fin des années 40. La deuxième, en 1956, c'est l'acteur Eddie Constantine qui lui offre l'opération. D'autres interventions suivront. Mais toujours, l'artiste a assumé et commenté ses choix esthétiques.

ELLE AVAIT “VU” LA MORT DE LÉO FERRÉ

En janvier 1992, la chanteuse fait la première partie d'un concert de Léo Ferré, qu'elle adore. Après son tour de chant, accompagnée de son amie Françoise Piazza, elle se glisse dans les coulisses pour l'écouter. Mais soudain, son visage est baigné de larmes ! « Je ne peux pas ! Je ne peux pas ! J'ai vu la mort ! », parvient à prononcer Juliette, bouleversée par ce qu'elle ressent. Le poète s'éteindra le 14 juillet de l'année suivante.

MILES DAVIS L'AIMAIT TOUJOURS…

En mai 1949, elle croise dans les coulisses de la salle Pleyel le jazzman noir. « J'étais bouleversée par cette rencontre. Ce profil de dieu égyptien », dira-t-elle. La passion les étreint, ils ne se quittent pas. Un Noir et une Blanche dans les rues, à cette époque, ça fait tache. Et un mois durant, ils s'aiment. Mais Miles, marié, retourne aux États-Unis. Leur vie continue, loin l'un de l'autre. Régulièrement, ils se retrouvent, se laissent des petits mots dans les villes où ils se produisent. Jusqu'aux années 90 où, pourtant avare de sa présence, le trompettiste accepte de venir dans l'émission Sacrée Soirée consacrée à Juliette. « Pourquoi avoir dit oui tout de suite quand on vous a demandé de venir pour Juliette », lui demande Jean-Pierre Foucault. « Parce que je l'aime. Elle est mon premier amour », répond-il.

FRANÇOISE SAGAN LUI A SAUVÉ LA VIE

Comme elle le racontait dans Thé ou Café en 2015, dans les années 60, après un dîner chez Régine, Juliette rentre chez elle, très mal : « J'ai vu comme des rayons X à travers ces gens, et ce que je voyais n'était pas très joli. Je me suis dit : “Ce n'est pas la peine de vivre dans cette vie-là”. » Elle avale des somnifères. À 4 heures du matin, son amie Françoise Sagan la trouve inanimée dans sa salle de bain et appelle les secours.

JEAN-PAUL SARTRE L'A POUSSÉE À CHANTER

« C'est grâce à elle, et pour voir mes mots devenir pierres précieuses que j'ai écrit des chansons », dira le philosophe. Alors qu'elle ne sait pas encore ce qu'elle va faire de sa vie, Juliette, qui pense se tourner vers la comédie, dîne un soir avec Sartre. Il l'invite à venir le voir le lendemain matin, et lui intime l'ordre de devenir chanteuse. Il lui offrira le titre La Rue des Blancs-Manteaux, dont il est l'auteur sur une musique de Joseph Kosma. C'est le début de son extraordinaire carrière.

ELLE VIT ENTOURÉE D'AUTOMATES !

« J'ai la passion des automates, expliquait-elle. Tout ce que j'aime est là : le goût de la perfection, l'approche de l'humain à travers le rêve… J'ai beaucoup vécu avec eux. Je n'aime pas bien qu'on les tripote. C'est un petit peu comme si on tripotait quelqu'un que j'aime. » Parmi ses pièces préférées, « une petite fille qui porte un mouchoir à ses yeux », « un Pierrot qui écrit une lettre d'amour », « un Nubien qui porte une tasse à ses lèvres ». Et son préféré : « un grand Noir qui fume »…

Laurence PARIS

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