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Karl Lagerfeld : Torturé par sa mère !

Publié le 18 septembre 2018

Élevé à la dure par une femme cruelle, le créateur n’a pas eu une enfance facile. Insultes, brimades et humiliations, le petit Karl Lagerfeld a enduré un vrai calvaire.

Insaisissable Karl.

Que sait-on finalement du génial créateur ?

Devenu l’objet d’un véritable culte, le pape du style s’est toujours amusé à brouiller les pistes, répondant aux journalistes trop curieux par des pirouettes dont il a le secret.

Mais ces derniers temps, le Kaiser (l’Empereur !) se raconte plus volontiers.


À 84 ans, c’est même avec un certain sens du romanesque qu’il s’amuse à narrer son enfance.

Né à Hambourg, il passe ses toutes premières années à Blankenese, un quartier très privilégié du port allemand, pris d’assaut par les riches marchands au XIXe siècle pour y construire de vastes résidences de villégiature.

C’est dans une de ces demeures au charme suranné qu’il va grandir par intermittence.

Dans les années 1940, les Lagerfeld délaissent en effet un temps Hambourg pour le domaine de Bissenmoor, près de la station balnéaire de Bad Bramstedt, où ils s’installent dans une vaste propriété entourée de forêt.

Vacherie sur vacherie

S’il qualifie son père d’« adorable », Karl n’en parle que très peu.

Otto est un homme d’affaires prospère d’origine suédoise, qui a fait fortune dans le lait concentré.

Il est d’ailleurs rarement présent, trop occupé à sillonner l’Europe du Nord en train afin de décrocher de juteux contrats.

Grand chasseur, parlant neuf langues, il a pas mal bourlingué et se vante d’avoir vu San Francisco ravagé par le terrible tremblement de terre de 1906. 

Veuf d’une première épouse morte en donnant naissance à une petite fille, Théa, il laisse à sa deuxième femme, Elisabeth, la charge de l’éducation des enfants (ils auront Christiane et Karl ensemble).

Cette Prussienne divorcée, au caractère bien trempé, de dix-sept ans la cadette de son mari déjà sexagénaire, est une très belle femme, ancienne vendeuse de lingerie à Berlin.

Elle s’habille en haute couture, fume et, après la naissance de Karl, elle expédie les filles de la famille en pension, à l’étranger. 

La voici donc seule avec son fils, qu’elle va élever sans pitié.

Rien ne va être épargné au petit garçon.

Très méchante, Elisabeth a le chic pour appuyer là où ça fait mal, lui assénant avec cruauté vacherie sur vacherie. 

Dans Le Monde, le créateur revient sur toutes les humiliations qu’elle lui a infligées.

« Elle me disait toujours que j’avais de trop grosses narines et qu’on devrait téléphoner à un tapissier pour qu’il y installe des rideaux », se souvient-il.

« Et à propos de mes cheveux, qui étaient de couleur marron acajou, elle affirmait : “Tu ressembles à une vieille commode.” »

S’il en a sans doute souffert sur le coup, le Kaiser n’y voit aujourd’hui que de l’ironie, la preuve qu’elle ne manquait pas d’esprit. 

Obéissant, poli, rigoureux, Karl s’applique à être parfait et doit sans cesse lutter pour se faire apprécier de cette maman castratrice qu’il admire tant.

Quand, à 5 ans, il lui demande de lui raconter une histoire, elle lui répond qu’il n’a qu’à apprendre à lire, ce qu’il fait jusqu’à devenir boulimique de lecture (sa bibliothèque actuelle compte près de 300 000 ouvrages !).

L’enfant s’oblige aussi à apprendre une page du dictionnaire par jour pour être à la hauteur de cette érudite.

Quand il lui parle, la tortionnaire l’incite à aller plus vite, excédée par ses hésitations.

« Tu as 6 ans, pas moi. Fais un effort pour parler comme une grande personne. » 

Toujours dans le but de lui plaire, il parfait en secret sa diction et s’oblige à avoir un débit plus rapide, d’où ce phrasé saccadé qu’on lui connaît aujourd’hui.

Très vite, il apprend l’espagnol, le français et l’anglais, trois langues qu’Elisabeth parle couramment.

Dominatrice mais aussi perfectionniste, elle ne supporte pas le laisser-aller.

Même pour aller à l’école, Karl, qui n’y a d’ailleurs que peu d’amis, est toujours cravaté et habillé sur mesure.

Sans pitié

À 8 ans, le futur créateur dévore les magazines de mode et développe un goût immodéré pour les vêtements.

Il lui arrive même de changer de tenue plusieurs fois par jour pour impressionner cette maman si élégante qui le fascine tant.

Mais là encore, il a tout faux.

« J’adorais les chapeaux tyroliens, mais elle m’assénait : “Tu as l’air d’une vieille lesbienne.” » 

Cultivée, Elisabeth joue aussi de la musique.

« C’était une violoniste très douée qui aurait pu faire carrière dans un orchestre symphonique », assure Karl, admiratif.

Pendant qu’elle travaille ses morceaux, il doit tourner les pages de ses partitions.

Mais parfois, il ne va pas assez vite.

Alors pour le punir, elle lui assène des coups d’archet, sans la moindre pitié !

Dans ces moments-là, il s’en veut de ne pas avoir été à la hauteur, mais ne désespère pas pour autant d’impressionner sa mère.

L’idée lui vient de devenir pianiste.

Mais au bout d’un an de cours, sa génitrice lui referme un jour le couvercle du piano sur les doigts en lui disant : « Dessine, ça fera moins de bruit. »

« Elle avait raison », affirme maintenant, avec le recul, le génie de la mode qui, à la suite de cette remarque s’est mis à produire des croquis avec frénésie.

Loin de lui en vouloir, il estime au contraire que sa mère, avec son tempérament exécrable, a façonné son caractère.

« Je ne serais pas qui je suis si je n’avais pas eu quelqu’un comme elle », insiste-t-il. 

Le styliste se poudre désormais les cheveux pour retrouver le blanc neigeux de ceux de sa maman vieillissante.

Elisabeth s’est éteinte, en 1978, sans jamais avoir assisté à un de ses défilés.

« De toute façon, à la fin de sa vie, elle n’aimait que Sonia Rykiel », assure Karl.

Vache, jusqu’au bout… 

Sophie MARION

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