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Kirk Douglas : Le dernier géant d’Hollywood !

Publié le 25 février 2020

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© BESTIMAGE Kirk Douglas

Dans un message bouleversant, le mercredi 5 février, c’est son fils, Michael, qui a annoncé la disparition de son illustre père, Kirk Douglas, à l’âge de 103 ans…

Il était l’incarnation du « rêve américain », un homme parti de rien et parvenu, à force de volonté, de courage et de persévérance, au faîte de la gloire… Loin d’avoir abusé de son statut de star d’Hollywood, dont il était sans doute le dernier symbole de l’âge d’or, ce monstre sacré du cinéma a consacré sa vie et sa fortune à aider les plus faibles de ses concitoyens.

Le mercredi 5 février, l’ultime seigneur du 7e Art a tiré sa révérence, une triste nouvelle annoncée avec beaucoup d’émotion sur Instagram par Michael, son fils aîné : « Nous avons, mes frères et moi-même, l’immense tristesse de vous informer que Kirk Douglas nous a quittés aujourd’hui à l’âge de 103 ans. Pour le monde, il était une légende […], un humaniste qui a lutté contre les injustices et s’est battu pour des causes en lesquelles il croyait de toute son âme. Mais pour nous, ses enfants, il était simplement papa. Pour Catherine [Zeta-Jones, son épouse, ndlr], un beau-père extraordinaire, pour ses petits-enfants et arrière-petits-enfants, un grand-père et un arrière-grand-père aimant, et un merveilleux mari pour sa femme, Anne. […] Lors de son dernier anniversaire, je lui ai dit : “Papa, je t’aime tellement, je suis si fier d’être ton fils”. Fier de cela, je le serai toujours… »


De cet homme séduisant en diable qui a tourné une centaine de films depuis les années 40, bien des femmes retiendront l’image du puissant meneur d’une révolte d’esclaves de l’antiquité contre le pouvoir romain, dans Spartacus, somptueux péplum réalisé par Stanley Kubrick et sorti en 1961. Nombre d’entre nous se souviennent, émus, de sa beauté racée, de sa stature de rêve, qu’il n’a pas manqué d’exposer à nos yeux ravis tout au long de sa filmographie, et de sa célèbre fossette au menton, une marque littéralement irrésistible qu’il a d’ailleurs transmise à son fils Michael…

Mais Issur Danielovitch Demsky – de son vrai nom –, né le 9 décembre 1916 à Amsterdam, dans l’état de New York, était issu d’un milieu très modeste, des origines qu’il n’a jamais reniées. Fils de chiffonniers, Herschel et Bryna, émigrés juifs qui avaient fui la Russie où ils subissaient la pauvreté et l’antisémitisme, il portait en lui, chevillé au corps, le désir indomptable de fouler les planches et de vivre sous le feu des projecteurs… « J’ai voulu être acteur depuis ma plus tendre enfance, avait en effet écrit Kirk Douglas. Lorsque j’étais à l’école primaire, j’ai joué dans une pièce de théâtre. J’incarnais un cordonnier et ma mère m’avait confectionné un joli tablier noir. Après la représentation, mon père m’a remis mon premier Oscar : un cône glacé ! »

Il faut croire que l’Amérique n’était pas l’eldorado que ses parents s’étaient imaginé puisque le jeune homme sera, lui aussi, victime d’exclusion durant ses études à l’université. Déjà doté d’un caractère fort et combatif, le futur comédien imposera malgré tout le respect à ses harceleurs en pratiquant la lutte !

En 1939, il n’a que 23 ans lorsqu’il décide de quitter la petite ville d’Amsterdam pour la grosse pomme où il veut se former au métier de comédien. Il en profite alors pour prendre le pseudonyme de Kirk Douglas, un nom de scène qu’il fera finalement inscrire à l’état civil, juste avant qu’il ne s’engage dans la marine, en 1942… Adieu donc « Izzy », et bonjour Kirk ! Le jeune garçon a alors déjà joué dans plusieurs pièces de théâtre, et rencontré sa première femme, Diana Dill, qu’il épousera durant la guerre. Mais au printemps 1943, Kirk est réformé en raison d’une dysenterie chronique et revient au bercail pour reprendre sa carrière là où il l’avait laissée. Malgré plusieurs rôles dans des films à succès, tels L’Emprise du crime (1947) avec Barbara Stanwyck, ou La Griffe du passé (1947), aux côtés de Robert Mitchum, ce n’est qu’en 1949 qu’il connaît enfin la gloire, avec la sortie du Champion, de Mark Robson, un « petit » film qu’il choisit de tourner au lieu de la superproduction qui lui était proposée. Un choix judicieux puisque cette histoire centrée sur le personnage d’un boxeur acharné lui vaut une nomination à l’Oscar du meilleur acteur en 1950.

Il va alors faire une rencontre providentielle : l’actrice Lauren Bacall. Fascinée par l’attraction animale du comédien, la belle brune en pince pour lui et le présente à tous les producteurs d’Hollywood. Il devient son « protégé » et la comédienne, superstar, lui ouvre la porte de tous les plus prestigieux studios. Sa carrière est lancée, il signe un contrat avec la Warner, enchaîne les films. L’artiste est à l’aise dans tous les genres : westerns (La Captive aux yeux clairs, 1952), films d’action (20 000 lieues sous les mers, 1954), de guerre (Les Sentiers de la gloire, 1957), historiques (Les Vikings, 1958). Sur les tournages, il révèle son caractère bien trempé et fait trembler plus d’un réalisateur. Il accumule les longs-métrages à succès, mais aussi, en irrésistible séducteur, les conquêtes féminines : Rita Hayworth ou Gene Tierney, parmi d’autres, ne résisteront pas à son charisme qui agit comme un aimant… Des aventures à répétition qui signent la fin de son mariage avec Diana avec qui il a déjà deux fils, le célèbre Michael et Joel, devenu producteur de cinéma.

Si ce grand séducteur ne se lasse pas de papillonner dans les bras de jolies starlettes et de créatures sublimes du grand écran, il ne va pas tarder à calmer son appétit dévorant et rencontrer l’âme sœur ! C’est au cours d’un contrat de trois films qui l’amènent en Europe que l’acteur tombe amoureux fou de la Belge Anne Buydens, qu’il va croiser lors d’un voyage en France. Elle sera la femme de sa vie, épousera ses engagements, sera présente jusqu’au bout. Il l’épouse le 29 mai 1954 et aura avec elle deux autres fils, Peter Vincent, né le 23 novembre 1955, et Eric, né le 21 juin 1958 et mort d’une overdose le 6 juillet 2004. Un drame terrible dont il ne se remettra jamais et qu’il évoquera pour la première fois dans la quatrième partie de son autobiographie, Let’s Face It : 90 Years of Living, Loving et Learning (Voyons les choses en face : vivre, aimer et apprendre, ndlr), sortie en 2007. Personnalité libre et engagée, Kirk Douglas fera preuve tout au long de sa longue carrière d’un courage hors du commun. En 1959, il décide de produire et de jouer dans Spartacus, réalisé par Stanley Kubrick, et en confie le scénario à Dalton Trumbo, qui était dans les années 50 sur la liste noire du maccarthysme – le tristement célèbre sénateur américain McCarthy avait à cette époque mené une chasse aux sorcières anticommuniste. Pour cacher la participation au film du scénariste stigmatisé, ce dernier percevait sa rémunération sous un pseudonyme. Mais au final, la star inscrira son vrai nom au générique du film et n’hésitera pas par la suite à faire appel à lui.

Farouche démocrate et ouvertement opposé à Donald Trump, l’acteur, déjà âgé de 100 ans, ne mâchait pas ses mots face à celui dont il déplorait les prises de position réactionnaires. Durant la dernière campagne présidentielle, Douglas avait publié une lettre ouverte dans laquelle il rappelait son passé de fils de migrants qui avaient fui l’antisémitisme : « Ce ne sont pas les valeurs pour lesquelles nous avons combattu lors de la Seconde Guerre mondiale, avait-il déploré. Jusqu’à ce jour, je croyais avoir tout vu sous le soleil. Mais je n’avais jamais été témoin de cette stratégie de la peur de la part d’un candidat majeur à la présidentielle américaine de toute ma vie. » Avant d’ajouter : « J’ai toujours été profondément fier d’être un Américain. Pour les jours qui me restent à venir, je prie pour que cela ne change jamais. »

Courage encore, lorsqu’en 1996, il avait été frappé par un AVC. Très affaiblie, la moitié du visage paralysée, la star avait tenu à venir, en personne, chercher son Oscar d’honneur « pour cinquante ans de force créative et morale dans la communauté cinématographique », et malgré ses difficultés d’élocution, il avait pris la peine de faire un discours devant le public des célébrités du moment totalement ébloui…

Véritable phénix, il avait d’ailleurs plusieurs fois échappé à la mort : en 1991, il était le seul survivant d’un accident d’hélicoptère, et après son accident cérébral en 1996, il avait subi une attaque cardiaque en 2001 ! Tout comme ses empreintes prises pour l’éternité dans l’asphalte du Walk of Fame à Los Angeles, le souvenir de l’exceptionnel être humain qu’était Kirk Douglas restera à tout jamais gravé dans nos mémoires…

Clara MARGAUX

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