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Guy Béart : L'enchanteur de ritournelles aurait eu 90 ans !

Publié le 26 juillet 2020

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Disparu il y a bientôt cinq ans, Guy Béart, le troisième “B”, après Brassens et Brel, a laissé des chansons devenues des classiques. Un art qu'il considérait comme majeur.

« Ma petite est comme l'eau, elle est comme l'eau vive / Elle court comme un ruisseau, que les enfants poursuivent / Courez, courez vite si vous le pouvez / Jamais, jamais vous ne l'attraperez ». C'était sa chanson passeport vers le Graal. Le miracle du morceau populaire qui s'installe dans les mémoires, que plusieurs générations chantent dans un même élan. Et, pourtant, Guy Béart reste le chanteur français le plus sous-estimé de tous. Il disait de lui-même : « Je suis un des derniers gisements artistiques inexploités. » Comme s'il avait été dégradé de la position où il était avec Jacques Brel et Georges Brassens. Peut-être le prix à payer à force de vivre reclus, à Garches, où il résidait depuis 1967 dans une sorte de manoir où le temps s'est arrêté à la fin des années 1960. « J'ai toujours voulu être un anonyme et que les œuvres demeurent », aimait à dire cet auteur de près de 400 chansons. Il faut dire qu'il n'avait sorti que deux disques à l'écho assourdi les deux dernières décennies de sa carrière au cours desquelles il a lutté contre le cancer. Pour autant, ses ritournelles sont devenues des classiques avec ce style mélodique léger, cette guitare qui n'avait rien de sèche et cette plume mêlant poésie soyeuse et acidité du polémiste.


ENFANCE BOURLINGUEUSE

Guy Béart est né au Caire le 16 juillet 1930 sous le patronyme de Guy Béhar. Il grandit dans différentes villes d'Europe et au Mexique, son père, expert-comptable et conseiller en création d'entreprise, l'emmenant à chaque long déplacement dans ses bagages. Il passe la guerre au Liban où il obtient son bac « maths élém » au collège international de Beyrouth, avant d'arriver en France à 17 ans. À Paris, il s'inscrit à l'École nationale de musique et est reçu, dans le même temps, à la très sélective École nationale des ponts et chaussées. En 1952, il en sort diplômé. Il est ingénieur dans un cabinet d'études. Mais le soir venu, sa guitare le démange et il fait ses armes dans les cabarets de la Rive gauche. Son cœur balance alors entre les deux cordes à son arc. Ce n'est qu'en 1954 qu'il gratte définitivement les cordes de sa guitare au cabaret la Colombe. En 1956, le directeur de Philips et du cabaret Les Trois Baudets, Jacques Canetti, le repère : « Ses textes étaient éblouissants de recherche, de poésie, de fraîcheur, éclatants de style et d'idées nouvelles, les thèmes musicaux simples, très bien harmonisés, faciles à retenir. » Jacques Canetti lui fait enregistrer en 1957 avec l'aide de Boris Vian son premier disque. Sa chanson Bal chez Avec Zizi nmaire. Temporel lui vaut le Grand Prix du disque de l'académie Charles-Cros. Juliette Gréco, à l'affût de nouveaux talents, incorpore à son disque New Style cinq chansons de Béart, dont Chandernagor, l'une de ses premières pépites polissonnes, qu'il avait proposée à Maurice Chevalier. Patachou et Zizi Jeanmaire sont tout autant séduites par l'élégance du verbe de Béart et sa légèreté rafraîchissante. Un an plus tard, L'Eau vive, composée pour le film du même nom de François Villiers, lui vaut un succès populaire. Il monte alors sur la scène de l'Olympia. Mais malgré son talent de parolier, il voit pâlir son étoile avec la déferlante du rock et des yé-yés. Si on compare la qualité littéraire de ses chansons à celles de Brassens ou de Brel, il n'exerce pas le même ascendant. Sa maison de disques le boude. Jacques Canetti lui suggère alors de monter sa structure d'édition.

En 1963, il fonde l'Auto-production des artistes du micro (Apam) et devient ainsi le pionnier de l'autoproduction en France. Sa maison de disques refuse de lui céder les droits de ses chansons. Quinze ans de procédure seront nécessaires pour qu'il obtienne gain de cause. Une bisbille qui l'oblige à composer de nouvelles mélodies puisqu'il ne dispose plus des droits d'exploitation sur celles d'avant 1963. C'est alors que Vive la rose, en 1966, permet au public de constater qu'il est toujours prolifique.

FACULTÉ CATHODIQUE Rasséréné par le succès de l'album, l'artiste trouve un second souffle à la télévision avec l'émission Bienvenue chez Guy Béart où il reçoit les artistes de l'époque et des stars comme Duke Ellington, Elsa Triolet et Louis Aragon, Arthur Rubinstein ou encore Simon and Garfunkel dans une ambiance feu de camp. Thierry Le Luron lui reproche d'avoir bénéficié de pistons du président Pompidou pour obtenir cette sacro-sainte place dans la lucarne.

En 1968, il sort l'intriguant Béart chante l'espace, dont la couverture est signée par le dessinateur Guy Peellaert, qui réalisera des pochettes pour David Bowie et les Rolling Stones. L'arrêt de son émission en 1970 sonne le glas de sa visibilité médiatique. Toutefois, il continue d'écrire et de composer : La Vérité, La Fenêtre, L'Espérance folle, Futur-Fiction-Fantastique. Des nouvelles chansons sortent entre 1968 et 1978 dans une indifférence relative, sauf pour ses fidèles bien sûr. Seul l'album Les Couleurs du temps obtient un certain succès en 1973. Mais Béart n'a plus vraiment la cote et Thierry Le Luron en profite pour le brocarder en chansonnier ringard comme un bonnet de nuit.

ART MAJEUR OU MINEUR ?

Sa passe d'armes légendaire avec Gainsbourg sur le plateau d'Apos-trophes en 1986 écornera un peu plus son image. En cause, la question de savoir si la chanson est un art majeur ou pas. Béart se fera insulter de quelques noms d'oiseaux mais jamais n'en démordra : « La chanson est l'expression de l'âme la plus pure. Quand les gens sont atteints de la maladie d'Alzheimer, ils se souviennent surtout des chansons. »

Les années 80 et 90 ne sont guère prolifiques. Néanmoins sort le fameux Demain je recommence en écho aux deux cancers qu'il a dû vaincre. Pendant la guerre du Liban, il retourne en juin 1989 à Beyrouth sur les lieux de son

En janvier 2015, il choisit l'Olympia pour ses adieux. « J'ai voulu ça comme un coup de chapeau avant de partir dans l'autre monde », expliquait Guy Béart. Bien lui en a pris. Il a rejoint l'autre monde huit mois plus tard, en s'écroulant en pleine rue. DERNIER COUP DE CHAPEAU

enfance où il découvre un champ de ruines. Il y chante la chanson Liban libre qu'il a composée.

Il reçoit la grande médaille de la chanson française décernée par l'Académie française en 1994. En 1995, son album Il est temps est selon ses termes « fusillé à sa sortie » par sa maison de disques qui « en avait marre des vieux schnocks ». Alors il se met aux abonnés absents quinze ans. Son dernier opus, Le Meilleur des choses, paraît en 2010. Enregistré chez lui, il signe un retour sans fausse note, fidèle à lui-même.

BARBE BLEUE

Côté cœur, il reconnaît que, comme Barbe Bleue, il a eu sept femmes, mais lui savait leur plaire : « Sept femmes ont réellement compté. Mais mes amours profondes n'auront duré que trois ans, voire cinq maximum et ça m'a donné de belles chansons. » Il épouse Cécile de Bonnefoy du Charmel en 1959. De leur union, naît une fille Ève. Le couple divorce. Puis il partage ensuite la vie de l'actrice Geneviève Galéa. Cette dernière donnera naissance à l'actrice Emmanuelle le 14 août 1963…

Dominique PARRAVANO

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