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La famille Addams : Avec eux, la mort,
 c’est merveilleux !

Publié le 27 septembre 2017

Ce clan morbide et déjanté de La famille Addams 
se reforme dans une comédie musicale au théâtre du Palace.

Un manoir victorien délabré en plein cœur de Central Park, flanqué de tombes branlantes, une chaise avec le squelette d’un bras humain en guise d’accoudoir : vous êtes les bienvenus dans l’humble demeure de La famille Addams, reconstituée sur la scène du théâtre du Palace, à Paris.

Nous sommes à la veille de la première (qui a eu lieu le 15 septembre) d’une comédie musicale retraçant une tranche de vie de ce clan de gothiques flamboyants, et tous s’affairent pour régler les derniers détails avant d’être confrontés au public. Les voix des choristes s’élèvent depuis les coulisses, les éclairagistes ajustent la mire et se demandent où placer leur cercle de lumière sur le dais noir servant de toile de fond au décor, un technicien balance une corde depuis la fenêtre du premier étage de cette drôle de maison.

Le tout sous le regard aiguisé de Ned Grujic, metteur en scène de l’adaptation française de ce musical, donné pour la première fois à Broadway en 2009, et qui promet d’être l’un des événements de la rentrée.

Le PalaceSoudain un grand costaud, chauve, les yeux soulignés de khôl et tout de noir vêtu (c’est le dress code obligatoire de cette étrange tribu) s’assied à côté de moi. Pour avoir vu la série télévisée des années 60 ainsi que les films de Barry Sonnenfeld, sortis en 1992 et en 1993, je reconnais en lui l’oncle Fétide.

Et, sous une épaisse couche de maquillage rendant son visage plus blanc qu’un linge, se cache Laurent Conoir, un vétéran des spectacles musicaux : « J’ai déjà joué dans une parodie de Cinquante nuances de Grey, mise en scène par Ned. Et cela fait vingt-cinq ans que je forme avec un vieux complice le duo Les demi-frères. On reprend des chansons de Boris Vian et Claude Nougaro dans un show humoristique. »

Laurent ne cache pas son bonheur de faire partie des 16 élus parmi les 2 000 appelés du casting : « Fétide est le personnage le plus fou et le plus décalé chez les Addams. Il vit au grenier pour se rapprocher de la Lune, sur laquelle il rêve de marcher un jour. »

Excentriques

Quelques jours auparavant, tous sont allés faire un tour dans le château de Bran, près de Brasov, en Roumanie, qui inspira à Bram Stoker un personnage sanguinaire aux dents longues : Dracula. Après avoir visité la salle des tortures de ce lieu où l’on croit parfois entendre encore les cris des suppliciés, les comédiens ont interprété un showcase devant un parterre de spectateurs choisis et conquis.

Une expérience qui laisse d’excellents souvenirs à Laurent : «C’était un clin d’œil humoristique, et une façon de confirmer la cohésion du groupe. Car on forme une vraie troupe, une vraie famille.»
Et le chef de cette famille, Gomez, est joué par Guillaume Bouchède. Habitué du théâtre classique, entre autres sous la direction de Jean-Luc Moreau, il se présente comme « un comédien qui chante et danse de temps en temps ».

Les interprètes de La famille Addams
Les interprètes de La famille Addams

En quelques mots, il résume ses relations avec son épouse adorée, Morticia : « Il est fou de désir et ne peut pas s’empêcher de la tripoter. » Et il a un point de vue tranché sur son clan : « Au-delà de leurs côtés macabres et excentriques, les Addams forment une famille hyper normale avec des problèmes hyper normaux. »

Le fait est que l’intrigue de cette comédie tous publics (à partir de 7 ans) lui donne raison. La jeune fille de la maison, Mercredi, dont la principale activité était jusqu’alors de torturer son frère Pugsley, tombe amoureuse d’un garçon élevé dans une famille « normale ». Le moins que l’on puisse dire est que la nouvelle ne réjouit pas ses parents, qui finissent tout de même par inviter à dîner ceux du jeune homme.

Il faudra alors toute l’énergie de Fétide, qui sortira de leur caveau les ancêtres en leur faisant promettre de n’y retourner que lorsque les fiancés auront obtenu gain de cause pour que l’amour triomphe.

Et tout au long de la soirée, l’on constatera que la famille de dingues n’est pas celle que l’on croyait. « Les Addams sont comme des enfants, explique Laurent Conoir, toujours à l’écoute de leurs émotions. Ils sont en quête de tolérance et de droit à la différence. »

Antimodèles

Une interprétation fidèle au créateur de cette lignée pas comme les autres, qui leur donna la vie dans ses dessins publiés par la revue New Yorker, dans les années 30. Avec ces personnages auxquels il donna son propre nom, Charles Addams voulait critiquer les valeurs de la famille traditionnelle américaine, avec ses hypocrisies et ses faux-semblants.

Barry Sonnenfeld avait consacré deux films à cette tribu, en 1992 et 1993
Barry Sonnenfeld avait consacré deux films à cette tribu, en 1992 et 1993

Morticia, la vamp gothique, dont le maquillage est le chef-d’œuvre de Michèle, qui s’occupe d’ordinaire du visage de Jean-Pierre Foucault, ne dira pas le contraire. Son incarnation, Lucie Riedinger, pour qui se retrouver dans une comédie musicale était au départ un « accident de parcours », ne boude pas son plaisir de se mettre dans la peau d’une « femme au foyer qui tricote au look décalé, qui ne peut s’empêcher de se peloter comme des adolescents avec son mari, même à l’église ».

Un peu sorcière, elle défend sa famille : « Les Addams sont des antimodèles, pas morbides mais drôles. Pour eux, la mort, c’est merveilleux, c’est le bonheur absolu ! » Pour Charlotte Hervieux, alias Mercredi, être là, sur scène, suffit à la réjouir. En cette rentrée des classes, la jeune femme de 27 ans aurait pu être face à une horde d’enfants.

« J’ai eu mon diplôme de professeure des écoles, et là je me suis dit : “Eh tiens, si je chantais.” Quelques années plus tard, me voilà. » Charlotte n’est pas près d’oublier le jour où on lui a annoncé qu’elle était retenue pour le rôle : « Je ne m’y attendais pas du tout. J’ai cru qu’on me faisait une mauvaise blague et j’ai envoyé paître celui qui m’a annoncé la nouvelle. Quand j’ai compris que c’était vrai, j’ai pleuré ! »

Mais, c’est promis, vous ne verserez pas de larmes en allant rendre visite à La famille  Addams, puisque, comme le proclame l’oncle Fétide : « L’amour triomphe toujours ! »

Claude Leblanc

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