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Lambert Wilson : “Avoir 60 ans ? C’est stimulant !”

Publié le 7 novembre 2018

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Face aux grands chamboulements que vit la planète, Lambert Wilson, d’abord fataliste, a décidé de se retrousser les manches.

À partir du 18 octobre, la chaîne Voyage diffuse la nouvelle saison de Trésors vus du ciel, une série documentaire en six épisodes proposés le jeudi en prime time. Globe-trotter et grand défenseur de l’environnement, Lambert Wilson a accepté de prêter sa voix veloutée pour nous emmener, notamment, au Pays de Galles, en Irlande et au Canada.

France Dimanche : Vous semblez prendre votre carrière de narrateur autant à cœur que celle d’acteur…
Lambert Wilson : Oui, car l’exercice me plaît. J’aime m’enfermer dans un studio avec un casque et passer une journée dans le noir à poser ma voix sur des images, sans avoir à me soucier de la mienne. Et me concentrer sur la diction me plonge dans un travail d’acteur. C’est formidable ! 

FD : Pourquoi avoir accepté de participer à cette série de documentaires ?
LW : Ça me paraissait tout à fait cohérent. J’ai mis ma voix au service de beaucoup de documentaires, pas mal de séries sur les animaux aussi, et même sur le film L’empereur. Parallèlement, je me suis souvent investi dans des projets liés à la nature et à l’écologie ainsi qu’à la vie des bêtes. Pour cette série, l’idée était certainement d’associer au documentaire une personnalité liée aux pays anglo-saxons. Mon arrière-grand-père était irlandais, et j’ai une grande affection pour cette nation.

FD : En ce moment, on vous entend quotidiennement sur France Inter et France Bleu avec un spot encourageant les dons au profit de Greenpeace. D’où vient votre engagement ?
LW : Je ne me suis réveillé que récemment [il soutient cependant Greenpeace depuis 2000, ndlr]. Pour être honnête, j’avais un peu baissé les bras. Ayant été élevé à la campagne, j’étais pourtant très sensible à la biodiversité et à la nature en général. Mais j’étais devenu pessimiste. J’en étais même venu à penser que c’était foutu ! Me disant que j’allais quitter dans vingt, vingt-cinq ans, un monde qui s’abîme, mais que ce n’était plus mon problème. Et finalement, j’ai eu un déclic en faisant la promotion du film L’odyssée, qui retraçait le parcours du commandant Cousteau. J’ai alors croisé beaucoup de jeunes, très motivés, qui étaient sur le terrain et qui se battaient au quotidien. Ça m’a beaucoup touché ! Ils m’ont complètement remotivé. Je me suis dit que je n’avais pas le droit de laisser tomber. Le fait d’incarner Cousteau a aussi été déterminant. Il a été un véritable lanceur d’alerte. Si l’Antarctique n’appartient aujourd’hui à personne, c’est vraiment grâce à lui ! Même s’il faut avouer que ce n’est pas très bien parti. Je pense que la notoriété doit servir à réveiller les consciences. La plupart du temps, être célèbre est pénible, mais là, c’est utile à quelque chose.

FD : On imagine que vous adorez voyager…
LW : La seule mission que l’on a dans la vie, en dehors de s’aimer les uns et les autres, c’est de découvrir la planète ! On n’emporte rien avec soi, si ce n’est les paysages qu’on a vus et les gens qu’on a rencontrés. J’ai la chance que les tournages m’emmènent souvent dans des endroits très inattendus. Ne serait-ce que pour L’odyssée, par exemple, je suis allé en Croatie, en Afrique du Sud et, bien sûr, en Antarctique. Donc, je n’organise que très rarement des voyages, je me contente d’attendre que mon métier le réalise pour moi. En revanche, il y a certains lieux qui me font rêver. Je suis obsédé par l’Amérique du Sud ! Je connais l’Argentine, un peu le Brésil, mais j’ai très envie d’aller au Pérou, au Chili, en Colombie…

FD : Vous avez souvent dit aimer particulièrement les bêtes…
LW : [Il coupe] Je suis complètement toqué des animaux ! Si je le pouvais, j’en aurais énormément. Le problème, c’est que ma vie de saltimbanque m’en empêche. J’ai eu le privilège d’être élevé dès l’âge de 12 ans dans la forêt de Rambouillet et, à ce moment-là, on a pu avoir des chevaux, vivre avec et s’en occuper. Ça a vraiment été très important pour moi. Moi qui monte depuis tout petit, j’aimerais aujourd’hui en posséder, mais aussi des chiens, et même une basse-cour ! [Rires] Je ne désespère pas de vivre une retraite animalière un jour.


FD : Quel regard portez-vous sur la récente démission de Nicolas Hulot ?
LW : J’ai tout à fait compris, presque dans ma chair, pourquoi il avait claqué la porte. Pour moi c’était tout sauf un aveu de faiblesse. Confronté à l’indéfendable, je pense que sa démission était ce qu’il y avait de plus efficace à faire pour que son message soit vraiment entendu.

FD : Vous avez eu 60 ans cette année. Cela vous touche-t-il ?
LW : [Agacé] Je fais tout pour ne pas y penser, et là c’est vous qui m’y ramenez… Forcément, ce n’est pas rien. Disons que ça donne encore plus envie de ne pas perdre son temps et de ne pas gâcher son énergie. Ce n’est donc pas effrayant. Finalement, c’est même stimulant.

FD : Êtes-vous plutôt ascète ou adepte du carpe diem ?
LW : Les deux à la fois ! Je fais beaucoup de sport et aussi très attention à ce que je mange… mais je fume et je bois. Je dirais même que je fais encore plus de sport pour pouvoir boire encore plus de vin ! [Rires]

FD : Nourrissez-vous des regrets ?
LW : Je regrette de ne plus travailler en anglais car j’aime vraiment ça, mais il faudrait passer par Los Angeles et je ne supporte plus les États-Unis. Alors oui, j’ai un peu cette frustration. Surtout que je suis le seul acteur français complètement bilingue. Devenir le nouveau Robert Redford était un rêve d’enfant. J’ai beaucoup étudié mon métier en Angleterre, et je me dis juste que c’est dommage qu’il n’y ait pas quelque chose qui se passe de ce côté-là.

Florian ANSELME

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