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Lambert Wilson : “J’ai accompagné Marie Trintignant jusqu’à la fin”

Publié le 22 mai 2017

L’acteur Lambert Wilson, qui était à Vilnius au moment du drame, a fait 
une bouleversante 
 révélation  
sur les derniers instants de la comédienne 
Marie Trintignant frappée à mort…

«J’ai accompagné Marie dans la mort. » C’est ce que vient de révéler le comédien sur le Divan de Marc-Olivier Fogiel, mardi 2 mai. Lambert Wilson, qui donnait la réplique à Marie Trintignant dans le téléfilm Colette, une femme libre, était venu rejoindre l’équipe du tournage, à Vilnius. Arrivé en Lituanie depuis plusieurs semaines, il jouait le deuxième mari de la célèbre romancière, incarnée par Marie.

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Au cœur d’un été caniculaire, il y a près de quatorze ans, la vie de l’actrice de 41 ans basculait définitivement dans l’horreur. Le soir du 26 juillet 2003, dans la chambre 35 de l’hôtel Domina Plaza, Marie va subir les coups mortels de son compagnon, Bertrand Cantat. La jalousie, qui a empoisonné leur amour, va tuer cette mère de quatre enfants. Le 1er août, elle décède des suites d’un œdème cérébral à l’hôpital américain de Neuilly-sur-Seine.

Passage

Marie et Lambert avaient travaillé ensemble à trois reprises, et se connaissaient depuis de longues années. Ce comédien a vécu et partagé ces terribles événements auprès de la famille de la défunte. Lui qui avait pu constater, durant le tournage, que le couple qu’elle formait avec Bertrand était très uni, est à la fois terrassé et stupéfait par la nouvelle.

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Dans l’émission de France 3, c’est Marie Vieillecroze-Devort, scénariste du film Hiver 54, l’abbé Pierre, qui revient sur la tragique disparition de Marie, et sur la réaction qu’a eu ce jour-là celui qui incarna le célèbre fondateur d’Emmaüs. « Son moyen de secourir tout le monde, c’était de s’asseoir dans la chambre, à côté de Marie, et de chanter », a-t-elle raconté à Marc-Olivier.

Lambert Wilson jouait dans le téléfilm
Lambert Wilson jouait dans le téléfilm "Colette, une femme libre" où Marie Trintignant incarnait la célèbre femme de lettres.

Des propos que confirme l’artiste, le regard perdu dans le vague : « J’ai chanté deux fois auprès de Marie. J’ai passé une nuit à chanter à l’hôpital de Vilnius, elle était dans le coma, et j’ai dû chanter plusieurs heures. Et comme Nadine Trintignant savait que cela avait eu lieu, quand le dernier moment s’annonçait, elle m’a demandé de revenir à la clinique à Paris et m’a dit : “Elle aimait tellement quand tu chantais et c’était tellement important que tu le fasses à Vilnius : viens et chante.” »

Alors que tout le monde était dans un état épouvantable, et que la mère de la comédienne était désespérée, Lambert est resté au chevet de son amie. « Curieusement, a-t-il ajouté, alors qu’elle partait, l’oxygénation remontait. Les chirurgiens disaient : “Oui, on sait qu’on ne sait rien.” J’ai chanté à peu près pendant sept heures d’affilée, et me suis évanoui pendant quelques heures. Après, j’ai rechanté pendant une heure, alors qu’elle était pratiquement partie. J’ai chanté tout ce que j’avais dans la tête. Ça allait de Bach à Mozart, en passant par des jingles publicitaires. J’ai chanté la moindre note de musique que j’avais en moi. »

Où trouve-t-on la force de donner de la voix, sans s’effondrer en larmes, dans de pareilles circonstances ? S’il ne répond pas à cette question, Lambert poursuit, avec beaucoup de pudeur : « J’ai compris ce qu’était le passage, qui ne me fait pas peur du tout, j’ai accompagné des gens dans la mort. Et j’ai vraiment accompagné Marie dans la mort. Dans le sens religieux, le cantor a une fonction d’accompagner par le chant, par la musique. On est là pour transporter, donner une vibration. C’est un moment inouï que j’ai presque oublié parce que je l’ai enfoui en moi. Ces choses-là me sont faciles. Je n’ai pas peur de ces situations parce que je ne crois pas du tout que tout s’arrête. Je suis extrêmement connecté à mes morts. Je leur parle tout le temps. »

Instinct

Sachant qu’il était très proche de Nicole, sa maman, décédée en janvier 2009, Marc-Olivier lui demande : « Vous parlez à votre mère ? » « Ah oui, bien sûr, répond-il en esquissant un sourire. Et pas seulement à elle ! » Il explique alors avoir eu l’occasion de ressentir la présence protectrice d’une femme disparue récemment, qu’il avait très peu connue. En étudiant ces étranges vibrations, le comédien a compris qu’elles relevaient de l’instinct.

Charmeur et élégant, l’artiste semble aussi marqué par la spiritualité. En fin d’émission, Lambert Wilson confie avoir été moine dans une autre vie : « J’ai dû l’être avec l’abbé [Pierre, ndlr], on a sans doute été compagnons de monastère. » « Frère Lambert » a en tout cas eu la générosité d’accompagner son amie Marie Trintignant jusqu’à son dernier souffle.

Nina Collombe

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