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Laurent Cabrol : “Le thermomètre s’affole, mais pas de quoi s’affoler !”

Publié le 21 août 2018

Notre pays vit actuellement une période de canicule exceptionnelle. C’est du moins ce que semblent indiquer tous les chiffres. Mais selon Laurent Cabrol, il n’y a pas lieu de s’inquiéter outre mesure.

Court-on à la catastrophe ?

Voilà la question qui nous brûle tous les lèvres.

Ces derniers jours, les pics de chaleur font en effet les gros titres de la plupart des médias.


Argument racoleur pour augmenter les ventes et les audiences des organes de presse ou réel danger pour l’environnement ? 

Les chiffres auraient de quoi nous faire perdre le nord.

Nous avons battu des records de chaleur dans certaines villes comme à Lille (37,6 °C, le 27 juillet dernier).

Ailleurs dans le monde, un pic a été enregistré dans la banlieue de Los Angeles à 48,9 °C (le 6 juillet).

Plus étonnant encore, il a fait 32,5 °C près du cercle arctique, en Suède.

Records

Ces chiffres anormaux ne sont que des exemples illustrant, a priori, l’ampleur du problème.

Selon Guillaume Séchet, prévisionniste du site Météo-Paris, le mois de juillet qui vient de s’écouler serait l’un des trois plus torrides depuis 1900.

En remontant le temps, on peut voir, par exemple, que le 28 juillet 1947 aura été une journée particulièrement chaude aussi bien à Orléans (40,3 °C), Chartres (40,1 °C) ou Alençon (39 °C).

Le record absolu daterait de 2009 avec un pic à 43 °C, enregistré à Figari, en Corse-du-Sud.

Alors, faut-il vraiment s’en inquiéter ?

Certains en sont convaincus.

Les inondations à répétition, les orages ravageurs, les canicules meurtrières, ou encore la tropicalisation du pays avec la progression alarmante vers le nord d’insectes des régions du sud du continent (dont les moustiques tigres vecteurs notamment du chikungunya) ne présagent rien de bon pour l’avenir de la planète. 

Car, selon certains scientifiques, cela devrait aller de mal en pis.

Les prévisionnistes s’attendent déjà à ce que 2018 soit l’une des années les plus chaudes de l’Histoire.

« Les simulations climatiques indiquent que, dans les années 2050, on subira, une année sur deux en moyenne, un épisode du type de 2003 [qui fut bien plus intense qu’aujourd’hui, ndlr] », déclare le climatologue François-Marie Bréon dans Libération.

Est-ce un point de vue exagéré ou, au contraire, un avertissement à prendre au sérieux ? 

Afin d’y voir un peu plus clair, nous avons interrogé Laurent Cabrol, notre célèbre chroniqueur, amoureux des bêtes et de la nature, mais avant tout présentateur météo depuis 1987, d’abord sur Antenne 2, puis sur RMC, et désormais sur Europe 1.

À notre grande surprise, son discours tend à relativiser toutes les théories catastrophistes…

France Dimanche : La France bat ces dernières semaines des records de température. Qu’est-ce que cela vous inspire ?

Laurent Cabrol : Ce sont certes des records, mais à quoi correspondent-ils ? Il ne faut pas oublier que le thermomètre n’existe que depuis 1750 environ, donc aucune mesure n’a pu être enregistrée auparavant. Le terme « record historique » est donc à prendre avec des pincettes. Les chiffres actuels ne se basent que sur une infime partie de l’histoire de la planète. Il faut prendre un peu plus de hauteur. Pour faire des comparaisons plus justes concernant le climat, je préfère retourner jusqu’à l’époque où l’on construisait les cathédrales, vers l’an 1000. On peut observer dans différents recueils qu’en ce temps-là, et plus précisément entre 1000 et 1300, il faisait déjà extrêmement chaud. Mais comme les thermomètres n’existaient pas, seuls les écrits font foi. On apprend ainsi dans les textes qu’il y a eu des années où les saisons étaient complètement chamboulées. Selon le chanoine de la cathédrale de Saint-Lambert, en 1116, les fraises étaient mûres à Noël et les merles chantaient en hiver. Idem pour les arbres qui étaient en fleur en janvier 1187. En février de cette même année, les poires avaient leur taille de consommation, et certains oiseaux commençaient à couver. Ce sont autant de signes qui prouvent qu’il faisait réellement très chaud. Même chose en 1290, avec des cigognes qui réapparaissent en Alsace dès le début du mois de février. Par la suite, en 1420, les violettes poussaient en janvier. En 1448, selon le Journal d’un bourgeois de Paris, une œuvre anonyme écrite entre 1405 et 1449, la Seine était si basse qu’à la Toussaint, on pouvait la traverser en se mouillant à peine les pieds. Et pour ceux qui douteraient de mes dires, j’ai trouvé tous ces exemples à la Bibliothèque publique d’information du Centre Pompidou, à Paris. Et j’en ai encore plein ma besace !

FD : Que penser alors des situations extrêmes que nous avons traversées plus récemment (canicules de 1976 et de 2003, tempête de 1999, inondations de 2016) ?

LC : Je ne le nie évidemment pas, mais les extrêmes ont toujours existé, notamment au xviiie siècle, qui aurait connu pas moins de 2 315 cas de sécheresses, dont 21 auraient provoqué des centaines de milliers de morts (selon des calculs de l’historien Marcel Lachiver). Ce que l’on vit aujourd’hui n’est donc pas grand-chose à côté de ce que l’on a déjà pu subir il y a plusieurs siècles. La chaleur « extraordinaire » a toujours existé. Il est manifestement de bon ton de semer la panique. Moi, je ne supporte pas qu’on nous fasse peur avec le climat.

FD : L’Organisation météorologique mondiale dit que ces canicules seraient liées aux effets des émissions de gaz à effet de serre. Êtes-vous d’accord ?

LC : Ma théorie est la suivante : le réchauffement climatique existe bel et bien, mais au lieu d’épouser les thèses des scientifiques du Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), j’ai plutôt tendance à croire d’autres spécialistes anglo-saxons, qui ne pensent pas que l’homme en soit responsable à 90 %. Selon moi, nous ne le sommes qu’à 60 %. Le reste est dû à une évolution naturelle de la planète, car la Terre est un organisme vivant. Comment expliquer sinon les catastrophes naturelles à répétition du temps où la pollution de l’air n’était pas la même qu’aujourd’hui ?

FD : Vous semblez donc être assez confiant en l’avenir de la planète…

LC : Deux tiers de la Terre sont constitués d’eau, et les océans restent encore un grand mystère. On a découvert il y a vingt ans des bactéries qui « se régalent » du CO2. Nul ne sait si la nature ne va pas se défendre contre les attaques polluantes de l’homme. Il ne faut pas sous-estimer les pouvoirs de la Terre ! Je n’en reste pas moins outré de voir comment on la traite. Les images des océans souillés par le plastique me désolent. Savoir aussi que nous allons vivre les six prochains mois à crédit puisque nous avons déjà exploité l’équivalent d’une année de ses richesses naturelles, me met hors de moi. Mais, pour sauver la planète, il ne faut pas tout mettre sur le compte de l’effet de serre. Ce n’est qu’un élément parmi d’autres, et pas le plus important.

Philippe CALLEWAERT

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