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Laurent Voulzy : L’homme au cœur grenadine

Publié le 29 avril 2019

Le chanteur de 70 ans Laurent Voulzy a surmonté bien des épreuves et traversé des années difficiles.

Il est à la musique ce qu’est la caresse d’une plume sur la peau. Sensuel et addictif ! Difficile de se lasser des mélodies tendres et des rythmes chaloupés de Laurent Voulzy, qui nous embarque dans un univers bien à lui pour de beaux et sereins voyages, pour des errances méditatives.

Depuis Le cœur grenadine, aux paroles autobiographiques, sorti en 1979, l’artiste aux petites lunettes et à la voix faussement fragile a cultivé une certaine discrétion, ne nous offrant un album que tous les cinq ou six ans. Mais le musicien n’a cependant jamais cessé d’être présent depuis ses débuts professionnels en 1967, où il remportait un concours local avec sa toute première chanson : Timide ! Un titre qui lui allait alors comme un gant…

Il faut dire que ses débuts dans la vie ne lui ont pas vraiment appris à se défendre contre la cruauté des autres enfants ou, plus tard, à imposer sa loi. Installée en métropole après avoir quitté la Guadeloupe, Louise Voulzy, la maman du petit Lucien (son vrai prénom) tenta durant des années de se lancer dans une carrière de chanteuse et danseuse. Le garçonnet fut donc confié à une nourrice durant toute sa prime enfance. Mais, n’ayant sans doute pas réussi à percer, la jeune mère finit par s’occuper à nouveau de son fils, alors âgé de 8 ans. Elle avait tiré un trait sur ses beaux projets et s’était remariée !

Cet abandon hantera, l’on s’en doute, longtemps le compère d’Alain Souchon. Enfant très réservé, le gamin encaisse sans mot dire les attaques racistes, incapable de réagir face à la violence des propos et à la xénophobie ordinaire :  « À l’école, par exemple, les enfants m’appelaient “Boule de suif”, vient-il de confier au Point. Comme j’étais timide, quand je prenais le bus, je n’osais pas m’asseoir de peur que les gens me disent que je prenais la place d’un mec normal, d’un Blanc. J’en ai gardé des séquelles : je n’aime pas qu’on me remarque. »

Difficile pourtant de trouver un métier plus exposé que celui de chanteur, non ? Certes, mais comme souvent chez les artistes, ce sont les plus introvertis qui se montrent le plus ! Prêt à se cacher dans un trou de souris, craignant plus que tout au monde remarques et quolibets, le compositeur d’Allô maman bobo a pourtant choisi de vivre sous les feux des projecteurs : « J’étais très complexé par ma couleur, a encore expliqué Laurent Voulzy à nos confrères. La scène m’a fait du bien. »

Il a 10 ans quand sa mère, bien inspirée, lui offre un château fort miniature. Tout autre gosse que lui n’aurait joué que quelques mois avec cet édifice en s’inventant des histoires de chevaliers, avant de s’en lasser. Lui passera de longues heures devant les créneaux et le pont-levis, et cette passion pour le Moyen Âge ne le quittera plus jamais. Plus tard, il écoutera des chants médiévaux en lisant, entre autres, les textes mystiques du philosophe et théologien Maître Eckhart. Fasciné par les cathédrales, Voulzy a même écrit une comédie musicale inspirée par la vie de Jeanne d’Arc, et reste persuadé que cette obsession ne lui est pas tombée dessus par hasard…

« Le Moyen Âge, je n’exclus pas que ça me vienne d’une vie antérieure », a-t-il en effet expliqué. Et le chanteur de 70 ans d’ajouter : « Je pense tout le temps à la mort, mais depuis longtemps et pas d’une façon morbide, plutôt dans un questionnement sur la vie après la mort. J’y pense tout le temps parce que je veux déchirer le voile et comprendre pourquoi on est ici. »

Après quarante ans de carrière et neuf albums, dont le dernier, Belem, est sorti en 2017, son public fidèle est loin de se le demander ! Que ce soit avec son complice, Alain Souchon, rencontré en 1974, ou en solo, l’artiste continue de nous faire vibrer au son de ses guitares mélodieuses. Jusqu’au 26 mai prochain, il sera d’ailleurs en tournée dans des églises de France et de Belgique, dans une ambiance très intimiste, uniquement accompagné d’une harpiste et d’un pianiste. Pour ceux qui auront la chance d’assister à ces tours de chants donnés dans ces édifices sacrés, sachez qu’il n’y aura peut-être ni Rumba dans l’air ni Rockcollection !

« L’idée a germé pendant la tournée de Lys et Love [en 2013, ndlr], un album inspiré par mes fantasmes de légendes médiévales. J’avais des dates à la basilique Saint-Denis, à Saint-Eustache, à Paris, et dans une église près de Westminster, à Londres. C’était tellement fort, je rêvais de recommencer. » Celui qui avoue savourer la musique de Henry Purcell en faisant l’amour a bel et bien réalisé son rêve et nous invite aujourd’hui dans ce nouveau voyage méditatif et mystique dans ces lieux magiques.

Père de quatre garçons, dont deux, Julien et Nicolas, marchent sur les traces de leur illustre père, Laurent Voulzy reste le plus modeste des artistes, se voyant dans la peau d’un simple artisan : « Comme c’est le rôle du boulanger de faire du pain, assure-t-il enfin, c’est peut-être mon rôle dans la vie de faire des chansons qui ont donné quelques instants de bonheur aux gens. »

Clara MARGAUX

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